Il me semble, sous des feuillages,
Les voir, au bord d’un beau chemin,
Toutes deux tenant des images,
Toutes deux se tenant la main.
C’est elles, au bord de la vie,
Qui mirent tant de merveilleux
Et toutes ces imageries
Qui nous restèrent dans les yeux ;
C’est elles qui, dans un mensonge,
Enveloppaient tout l’avenir ;
Elles nous ont appris le songe…
Comment ne pas s’en souvenir ?
Comment effacer une branche
De ces grands bois miraculeux
Où parlait une chatte blanche ?
Où discourait un oiseau bleu ?
Quelle forêt est plus dorée
Que cette forêt de l’amour,
Où la princesse Désirée
Redevenait biche le jour ?
Quelle valse, dans l’existence,
Peut voir un si petit soulier
Que ceux de Cendrillon qui danse ?…
Et peut-on jamais oublier
La charmante philosophie
De cet univers plein de fleurs
Où l’incorrigible Sophie
Souriait sur tant de malheurs, —
Et cet âne, couvert de gloire
Qui, sous le nom de « Cadichon »,
Prétendit laisser des Mémoires
Comme le Duc de Saint-Simon !
⁂
Quelle auréole littéraire
Peut valoir leur geste émouvant :
Je les ai reçus de ma mère
Pour les donner à mes enfants…
Et je crois qu’à travers la vie
Ils nous accompagnent toujours
Dans les maisons, dans les prairies,
Dans les saisons, dans les amours…
C’est encore un peu de lumière,
C’est un peu du passé tremblant
Qui ne veut pas se laisser faire…
Et je crois éternellement
Que le monde de la pensée
Se divise en deux grands états :
Ceux qui croient aux Contes de Fées,
Et tous les fous qui n’y croient pas !
C’est toi, triste et funeste envie,
Qui causes les maux des humains,
Et qui, de la plus belle vie,
Troubles les jours les plus sereins.
C’est toi qui, contre Gracieuse,
De l’indigne Grognon animas le courroux ;
C’est toi qui conduisis les coups
Qui la rendirent malheureuse.
Hélas ! quel eût été son sort
Si de son Percinet la constance amoureuse
Ne l’avait tant de fois dérobée à la mort !
Il méritait la récompense
Que reçut enfin son ardeur.
Lorsque l’on aime avec constance,
Tôt ou tard on se voit dans un parfait bonheur.
Si par hasard un malheureux
Te demande ton assistance,
Ne lui refuse point un secours généreux :
Un bienfait tôt ou tard reçoit sa récompense.
Quand Avenant, avec tant de bonté,
Servait carpe et corbeau ; quand jusqu’au hibou même,
Sans être rebuté de sa laideur extrême,
Il conservait la liberté ;
Aurait-on pu jamais le croire
Que ces animaux quelque jour
Le conduiraient au comble de la gloire,
Lorsqu’il voudrait du roi servir le tendre amour ?
Malgré tous les attraits d’une beauté charmante,
Qui commençait pour lui de sentir des désirs,
Il conserve à son maître, étouffant ses soupirs,
Une fidélité constante.
Toutefois, sans raison, il se voit accusé :
Mais quand à son bonheur il paraît plus d’obstacle,
Le ciel lui devait un miracle,
Qu’à la vertu jamais le ciel n’a refusé.
Qu’est devenu cet heureux tems
Où par le pouvoir d’une fée
L’innocence était délivrée
Des périls les plus évidens ?
Par le secours puissant d’un chapeau, d’une rose,
On voyait arriver mainte métamorphose.
Voyant tout, et sans être vu,
Un mortel parcourait le monde,
Et trouvait dans les airs un chemin inconnu.
Léande possédait une rose féconde,
Qui versait dans ses mains, au gré de ses désirs,
Un métal précieux d’où naissent les plaisirs.
Par le pouvoir d’une seconde,
D’une santé parfaite il goûtait la douceur :
La troisième, à mon sens, était moins désirable ;
D’un objet qu’il aimait il découvrait le cœur,
Il savait s’il brûlait d’une ardeur véritable,
Ou si c’était un feu trompeur.
Hélas ! sur le fait des maîtresses,
Heureux qui peut être ignorant !
Telle vous comble de caresses,
Qui n’a qu’un amour apparent.
Le ciel veille pour nous ; et lorsque l’innocence
Se trouve en un pressant danger,
Il sait embrasser sa défense,
La délivrer et la venger.
À voir la timide Rosette
Ainsi qu’un alcion, dans son petit berceau,
Au gré des vents voguer sur l’eau,
On sent en sa faveur une pitié secrette ;
On craint qu’elle ne trouve une tragique fin
Au milieu des flots abîmée,
Et qu’elle n’aille faire un fort léger festin
À quelque baleine affamée.
Sans le secours du ciel, sans doute elle eût péri.
Frétillon sut jouer son rôle
Contre la morue et la sole,
Et quand il s’agissait aussi
De nourrir sa chère maîtresse.
Il en est bien dans ce tems-ci
Qui voudraient rencontrer des chiens de cette espèce !
Lorsqu’une fée offrait son secours à Brillante,
Qui ne l’était pas trop pour lors,
Elle pouvait d’une beauté charmante
Demander les rares trésors.
C’est une chose bien tentante !
Je n’en veux prendre pour témoins
Que les embarras et les soins
Dont, pour la conserver, le sexe se tourmente.
Mais Brillante n’écouta pas
Le désir séducteur de servir des appas ;
Elle aima mieux avoir l’esprit et l’âme belle.
Les roses et les lys d’un visage charmant,
Comme les autres fleurs, passent en un moment,
Et l’âme demeure immortelle.