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PoetósferaLa BibliotecaMarie-Catherine d'Aulnoy

Marie-Catherine d'Aulnoy · Ilustración

Comtesse d’Aulnoy et Comtesse de Ségur

francés

Il me semble, sous des feuillages,

Les voir, au bord d’un beau chemin,

Toutes deux tenant des images,

Toutes deux se tenant la main.

C’est elles, au bord de la vie,

Qui mirent tant de merveilleux

Et toutes ces imageries

Qui nous restèrent dans les yeux ;

C’est elles qui, dans un mensonge,

Enveloppaient tout l’avenir ;

Elles nous ont appris le songe…

Comment ne pas s’en souvenir ?

Comment effacer une branche

De ces grands bois miraculeux

Où parlait une chatte blanche ?

Où discourait un oiseau bleu ?

Quelle forêt est plus dorée

Que cette forêt de l’amour,

Où la princesse Désirée

Redevenait biche le jour ?

Quelle valse, dans l’existence,

Peut voir un si petit soulier

Que ceux de Cendrillon qui danse ?…

Et peut-on jamais oublier

La charmante philosophie

De cet univers plein de fleurs

Où l’incorrigible Sophie

Souriait sur tant de malheurs, —

Et cet âne, couvert de gloire

Qui, sous le nom de « Cadichon »,

Prétendit laisser des Mémoires

Comme le Duc de Saint-Simon !

Quelle auréole littéraire

Peut valoir leur geste émouvant :

Je les ai reçus de ma mère

Pour les donner à mes enfants…

Et je crois qu’à travers la vie

Ils nous accompagnent toujours

Dans les maisons, dans les prairies,

Dans les saisons, dans les amours…

C’est encore un peu de lumière,

C’est un peu du passé tremblant

Qui ne veut pas se laisser faire…

Et je crois éternellement

Que le monde de la pensée

Se divise en deux grands états :

Ceux qui croient aux Contes de Fées,

Et tous les fous qui n’y croient pas !

C’est toi, triste et funeste envie,

Qui causes les maux des humains,

Et qui, de la plus belle vie,

Troubles les jours les plus sereins.

C’est toi qui, contre Gracieuse,

De l’indigne Grognon animas le courroux ;

C’est toi qui conduisis les coups

Qui la rendirent malheureuse.

Hélas ! quel eût été son sort

Si de son Percinet la constance amoureuse

Ne l’avait tant de fois dérobée à la mort !

Il méritait la récompense

Que reçut enfin son ardeur.

Lorsque l’on aime avec constance,

Tôt ou tard on se voit dans un parfait bonheur.

Si par hasard un malheureux

Te demande ton assistance,

Ne lui refuse point un secours généreux :

Un bienfait tôt ou tard reçoit sa récompense.

Quand Avenant, avec tant de bonté,

Servait carpe et corbeau ; quand jusqu’au hibou même,

Sans être rebuté de sa laideur extrême,

Il conservait la liberté ;

Aurait-on pu jamais le croire

Que ces animaux quelque jour

Le conduiraient au comble de la gloire,

Lorsqu’il voudrait du roi servir le tendre amour ?

Malgré tous les attraits d’une beauté charmante,

Qui commençait pour lui de sentir des désirs,

Il conserve à son maître, étouffant ses soupirs,

Une fidélité constante.

Toutefois, sans raison, il se voit accusé :

Mais quand à son bonheur il paraît plus d’obstacle,

Le ciel lui devait un miracle,

Qu’à la vertu jamais le ciel n’a refusé.

Qu’est devenu cet heureux tems

Où par le pouvoir d’une fée

L’innocence était délivrée

Des périls les plus évidens ?

Par le secours puissant d’un chapeau, d’une rose,

On voyait arriver mainte métamorphose.

Voyant tout, et sans être vu,

Un mortel parcourait le monde,

Et trouvait dans les airs un chemin inconnu.

Léande possédait une rose féconde,

Qui versait dans ses mains, au gré de ses désirs,

Un métal précieux d’où naissent les plaisirs.

Par le pouvoir d’une seconde,

D’une santé parfaite il goûtait la douceur :

La troisième, à mon sens, était moins désirable ;

D’un objet qu’il aimait il découvrait le cœur,

Il savait s’il brûlait d’une ardeur véritable,

Ou si c’était un feu trompeur.

Hélas ! sur le fait des maîtresses,

Heureux qui peut être ignorant !

Telle vous comble de caresses,

Qui n’a qu’un amour apparent.

Le ciel veille pour nous ; et lorsque l’innocence

Se trouve en un pressant danger,

Il sait embrasser sa défense,

La délivrer et la venger.

À voir la timide Rosette

Ainsi qu’un alcion, dans son petit berceau,

Au gré des vents voguer sur l’eau,

On sent en sa faveur une pitié secrette ;

On craint qu’elle ne trouve une tragique fin

Au milieu des flots abîmée,

Et qu’elle n’aille faire un fort léger festin

À quelque baleine affamée.

Sans le secours du ciel, sans doute elle eût péri.

Frétillon sut jouer son rôle

Contre la morue et la sole,

Et quand il s’agissait aussi

De nourrir sa chère maîtresse.

Il en est bien dans ce tems-ci

Qui voudraient rencontrer des chiens de cette espèce !

Lorsqu’une fée offrait son secours à Brillante,

Qui ne l’était pas trop pour lors,

Elle pouvait d’une beauté charmante

Demander les rares trésors.

C’est une chose bien tentante !

Je n’en veux prendre pour témoins

Que les embarras et les soins

Dont, pour la conserver, le sexe se tourmente.

Mais Brillante n’écouta pas

Le désir séducteur de servir des appas ;

Elle aima mieux avoir l’esprit et l’âme belle.

Les roses et les lys d’un visage charmant,

Comme les autres fleurs, passent en un moment,

Et l’âme demeure immortelle.

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Autor
Marie-Catherine d'Aulnoy
Título
Comtesse d’Aulnoy et Comtesse de Ségur
Lengua
francés
Época
Ilustración
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-comtesse-daulnoy-et-comtesse-de-segur--marie-catherine-d-aulnoy-a846f0
Cita recomendada
Marie-Catherine d'Aulnoy, «Comtesse d’Aulnoy et Comtesse de Ségur», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-comtesse-daulnoy-et-comtesse-de-segur--marie-catherine-d-aulnoy-a846f0.html

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