I
L’étoile a reparu brillante au firmament,
Pour nous couvrir des feux de son rayonnement.
Pour oser, au milieu du volcan allumé,
T’élancer, sans pourtant en être consumé ;
Car nos grands besogneurs, penchés sur la fournaise
Où se fondaient les lois, pour que l’œuvre fût mieux,
N’hésitèrent jamais, en ravivant la braise,
D’y jeter tout obstacle et tout ambitieux ?
Puis une joie atroce adressée au bourreau
Qui cogne tous les fronts aux bords du tombereau ;
Puis des petits enfants, cœur serein, tête douce,
Papillons qui s’en vont, où chaque vent les pousse,
Frotter étourdiment leurs cheveux longs et beaux,
Aux corps que les fureurs arrachent par lambeaux.
Puis, sur l’État, vieux tronc que chaque haine ébranche,
L’ouragan des discords roule son avalanche,
Poussant tout, broyant tout avec confusions,
Dans le cercle fatal des révolutions ;
Couvrant de ses débris la foule qu’administre
L’État qui fait entendre un craquement sinistre.
Alors, tout se détache, et la patrie en deuil
Tombe de chute en chute et d’écueil en écueil ;
Alors on voit planer au-dessus de ses dômes,
La nuit, quant le tocsin l’éveille, des fantômes
Sans têtes, sans linceul. ― Puis on voit tout à coup
Dans les villes, la faim, rôder ainsi qu’un loup,
Qui, prunelles en feu, gueule ouverte et sanglante,
Va flairer tous les seuils où rugit l’épouvante ;
Qui va, l’allure sombre et fauve, dévorer
Femmes, enfants, vieillards, qui n’ont pu s’en garer.
Alors l’homme sur l’homme avec fureur se rue ;
On tue en plein soleil, on tue en pleine rue :
Sur les plus humbles toits la mort étend son deuil,
Poussant d’un même coup tout un peuple au cercueil.
II
Qui surent de tout temps à la lance étrangère
Présenter la poitrine et mourir pour leur mère !…
En marche ! en marche ! et tous sont là sur un seul rang,
Sans vêtements, sans pain… Qu’importe, ils ont du sang,
C’est assez pour dompter. ― Ô France ! les orages
Qui désolaient tes murs frapperont d’autres plages ;
La trompette a sonné le foudroyant signal !
Adieu les champs, les fleurs, les airs du sol natal ;
Adieu rêves d’amour, doux oiseaux, vertes herbes ;
Adieu les moissonneurs en sueur sur les gerbes,
Le bel enfant qui rit dans les bras du vieillard ;
Adieu mères ! adieu, bénissez le départ !
À vous nos souvenirs, pauvres femmes en larmes !
Et tous font retentir ce cri terrible : Aux armes !!!
Et le vieux monde alors secouant son marasme,
Se lever devant eux avec enthousiasme ;
Si bien que l’univers, en apprenant ton nom,
Méditant l’avenir, se fit Napoléon !
Pourquoi revenez-vous dans votre capitale,
Mon auguste Empereur ! pourquoi revenez-vous ?
Votre empire est tombé dans l’urne saturnale
Où la fatalité semble nous pousser tous….
Pourquoi revenez-vous ? Lorsque l’antique gloire
S’éloigne de nos murs, votre aigle souverain
Ne s’élèvera plus pour chanter la victoire,
Comme autrefois aux bords tumultueux du Rhin.
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De fauves goëlands se jouant sous les feux
Que l’orage, en grondant, fait ruisseler sur eux…
Mais à Napoléon, il faut l’épais nuage,
De sinistres échos, des cris sur le rivage ;
Le sifflement des airs, les vents tumultueux,
Les soupirs de l’écueil triste et mystérieux ;
La nuit mélancolique et la mer en écumes ;
La lune qui se glisse aux flancs de noires brumes,
Et puis dans le lointain, bondissant sur les eaux,
De pâles naufragés, des débris de vaisseaux,
Emportés, cahotés, roulés de vague en vague…
Quand la France vous rend l’impériale bague
Qu’aux jours de sa grandeur vous lui mîtes au doigt,
Sire ! ce tombeau-là le monde vous le doit.
V
Dans l’immense brasier de l’Europe allumée,
Dort sous les froids glaçons de la Bérésina !…
Mais si dans nos festins, tordant les candélabres,
Il vient traîner l’orgie et s’asseoir en vainqueur,
Sur lui nous tournerons la pointe de nos sabres ;
Puis un pied sur son cou, l’œil cherchera son cœur.
Pourquoi revenez-vous, Sire ? la grande armée,
Salamandre fougueuse, et qui vingt ans trôna
Dans l’immense brasier de l’Europe allumée,
Dort sous les froids glaçons de la Bérésina !…