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PoetósferaLa BibliotecaFrançois de Malherbe

François de Malherbe · Barroco

À la reine, pour sa bienvenue en France

francés

Peuples, qu’on mette sur la teste

Tout ce que la terre a de fleurs ;

Peuples, que cette belle feste

À jamais tarisse nos pleurs ;

Qu’aux deux bouts du monde se voye

Luire le feu de nostre joye ;

Et soient dans les coupes noyez

Les soucis de tous ces orages

Que pour nos rebelles courages

Les dieux nous avoient envoyez.

À ce coup iront en fumée

Les vœux que faisoient nos mutins

En leur ame encor affamée

De massacres et de butins.

Nos doutes seront éclaircies,

Et mentiront les propheties

De tous ces visages pallis

Dont le vain étude s’applique

A chercher l’an climaterique

De l’éternelle fleur de lys.

Aujourd’huy nous est amenée

Cette princesse que la foy

D’Amour ensemble et d’Hymenée

Destine au lit de nostre Roy.

La voicy, la belle Marie,

Belle merveille d’Hetrurie,

Qui fait confesser au soleil,

Quoy que l’âge passé raconte,

Que du ciel, depuis qu’il y monte,

Ne vint jamais rien de pareil.

Telle n’est point la Cytherée,

Quand, d’un nouveau feu s’allumant,

Elle sort pompeuse et parée

Pour la conqueste d’un amant :

Telle ne luit en sa carriere

Des mois l’inégale courriere ;

Et telle dessus l’orizon

L’Aurore au matin ne s’étale,

Quand les yeux mesmes de Cefale

En feroient la comparaison.

Le sceptre que porte sa race,

Où l’heur aux merites est joint,

Luy met le respect en la face,

Mais il ne l’enorgueillit point.

Nulle vanité ne la touche ;

Les Graces parlent par sa bouche ;

Et son front, témoin asseure

Qu’au vice elle est inaccessible,

Ne peut que d’un coeur insensible

Estre veu sans estre adoré.

Quantes fois, lorsque sur les ondes

Ce nouveau miracle flottoit,

Neptune,

en ses caves profondes,

Plaignìt-il le feu qu’il sentait ?

Et quantes fois, en sa pensée,

De vives atteintes blessée,

Sans l’honneur

de la royauté

Qui luy fit celer son martyre,

Eust-il voulu de son empire

Faire échange à cette beauté !

Dix jours, ne pouvant se distraire

Du plaisir de la regarder,

Il a par un effort contraire

Essayé de la retarder.

Mais, à la fin, soit que l’audace

Au meilleur advis ait fait place,

Soit qu’un autre demon plus fort

Aux vents ait imposé silence,

Elle est hors de sa violence,

Et la voicy dans nostre port.

La voicy, peuples, qui nous montre

Tout ce que la gloire a de pris ;

Les fleurs naissent à sa rencontre

Dans les coeurs et dans les esprits ;

Et la presence des merveilles

Qu’en oyoient dire nos oreilles,

Accuse la temerité

De ceux qui nous l’avoient décrite

D’avoir figuré son merite

Moindre que n’est la verité.

O toute parfaite princesse,

L’étonnement de l’univers,

Astre par qui vont avoir cesse

Nos tenebres et nos hivers ;

Exemple sans autres exemples,

Future image de nos temples,

Quoy que nostre foible pouvoir

En vostre accueil ose entreprendre,

Peut-il esperer de vous rendre

Ce que nous vous allons devoir ?

Ce sera vous qui de nos villes

Ferez la beauté refleurir,

Vous qui de nos haines civiles

Ferez la racine mourir ;

Et par vous la paix asseurée

N’aura pas la courte durée

Qu’esperent infidellement,

Non lassez de nostre souffrance,

Ces François qui n’ont de la France

Que la langue et l’habillement.

Par vous un Dauphin nous va naistre,

Que vous-mesme verrez un jour

De la terre entiere le maistre,

Ou par armes ou par amour ;

Et ne tarderont ses conquestes,

Dans les oracles déja prestes,

Qu’autant que le premier coton

Qui de jeunesse est le message

Tardera d’estre en son visage

Et de faire ombre à son menton.

O ! combien lors aura de veuves

La gent qui porte le turban !

Que de sang rougira les fleuves

Qui lavent les pieds du Liban !

Que le Bosphore, en ses deux rives,

Aura de sultanes captives !

Et que de meres, à Memphis,

En pleurant diront la vaillance

De son courage et de sa lance

Aux funerailles de leur fils !

Cependant nostre grand Alcide,

Amolli parmi vos appas,

Perdra la fureur qui sans bride

L’emporte à chercher le trépas ;

Et cette valeur indomtée

De qui l’honneur est l’Euristée,

Puis que rien n’a sceu l’obliger

A ne nous donner plus d’alarmes,

Au moins pour épargner vos larmes,

Aura peur de nous affliger.

Si l’espoir qu’aux bouches des hommes

Nos beaux faits seront recitez

Est l’aiguillon par qui nous sommes

Dans les hazards precipitez,

Luy, de qui la gloire semée

Par les voix de la Renommée,

En tant de parts s’est fait ouïr

Que tout le siecle en est un livre,

N’est-il pas indigne de vivre

S’il ne vit pour se réjouir ?

Qu’il luy suffise que l’Espagne,

Reduite par tant de combas

A ne l’oser voir en campagne,

A mis l’ire et les armes bas ;

Qu’il ne provoque point l’envie

Du mauvais sort contre sa vie,

Et puis que, selon son dessein,

Il a rendu nos troubles calmes,

S’il veut d’avantage de palmes,

Qu’il les acquiere en vostre sein.

C’est là qu’il faut qu’à son genie,

Seul arbitre de ses plaisirs,

Quoy qu’il demande, il ne denie

Rien qu’imaginent ses desirs ;

C’est là qu’il faut que les années

Luy coulent comme des journées,

Et qu’il ait dequoy se vanter

Que la douceur qui tout excede

N’est point ce que sert Ganimede

A la table de Jupiter.

Mais d’aller plus à ces batailles

Où tonnent les foudres d’enfer,

Et lutter contre des murailles

D’où pleuvent la flamme et le fer,

Puis qu’il sçait qu’en ses destinées

Les nostres seront terminées,

Et qu’aprés luy nostre discord

N’aura plus qui domte sa rage,

N’est-ce pas nous rendre au naufrage,

Aprés nous avoir mis à bord ?

Cet Achille, de qui la pique

Faisoit aux braves d’Ilion

La terreur que fait en Afrique

Aux troupeaux l’assaut d’un lyon,

Bien que sa mere eust à ses armes

Adjousté la force des charmes,

Quand les destins l’eurent permis,

N’eut-il pas sa trame coupée

De la moins redoutable épée

Qui fust parmy ses ennemis ?

Les Parques d’une mesme soye

Ne devident pas tous nos jours ;

Ny tousjours par semblable voye

Ne font les planettes leurs cours.

Quoy que promette la Fortune,

A la fin, quand on l’importune,

Ce qu’elle avoit fait prosperer

Tombe du feste au precipice ;

Et, pour l’avoir tousjours propice,

Il la faut tousjours reverer.

Je sçay bien que sa Carmagnole,

Devant luy se representant

Telle qu’une plaintive idole,

Va son courroux sollicitant,

Et l’invite à prendre pour elle

Une legitime querelle ;

Mais doit-il vouloir que pour luy

Nous ayons tousjours le teint blesme,

Cependant qu’il tente luy-mesme

Ce qu’il peut faire par autruy.

Si vos yeux sont toute sa braise,

Et vous la fin de tous ses voeux,

Peut-il pas languir à son aise

En la prison de vos cheveux,

Et commettre aux dures corvées

Toutes ces ames relevées

Que, d’un conseil ambitieux,

La faim de gloire persuade

D’aller sur les pas d’Encelade

Porter des échelles aux cieux ?

Apollon n’a point de mystere,

Et sont profanes ses chansons,

Ou, devant que le Sagittaire

Deux fois ramene les glaçons,

Le succez de leurs entreprises,

De qui deux provinces conquises

Ont déja fait preuve à leur dan,

Favorisé de la victoire,

Changera la fable en histoire

De Phaeton en l’Eridan.

Nice, payant avecques honte

Un siege autrefois repoussé,

Cessera de nous mettre en conte

Barberousse, qu’elle a chassé ;

Guise en ses murailles forcées

Remettra les bornes passées

Qu’avoit nostre empire marin ;

Et Soissons, fatal aux superbes,

Fera chercher parmi les herbes

En quelle place fut Turin.

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Autor
François de Malherbe
Título
À la reine, pour sa bienvenue en France
Lengua
francés
Época
Barroco
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-a-la-reine-pour-sa-bienvenue-en-france--francois-de-malherbe-ac25b6
Cita recomendada
François de Malherbe, «À la reine, pour sa bienvenue en France», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-a-la-reine-pour-sa-bienvenue-en-france--francois-de-malherbe-ac25b6.html

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