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PoetósferaLa BibliotecaQ535

Q535 · Modernismo

Vol 17 — Victor Hugo

francés

Je suis haï. Pourquoi ? Parce que je défends

Les faibles, les vaincus, les petits, les enfants.

Je suis calomnié. Pourquoi ? Parce que j’aime

Les bouches sans venin, les cœurs sans stratagème.

Le bonze aux yeux baissés m’abhorre avec ferveur,

Mais qu’est-ce que cela me fait, à moi rêveur ?

Je sens au fond des deux quelqu’un qui voit mon âme ;

Cela suffit. Le flot ne brise pas la rame.

Le vent ne brise pas l’aile. L’adversité

Ne brise pas l’esprit qui va vers la clarté.

Je vois en moi l’erreur tomber et le jour croître.

Rien de fermé. Le ciel ouvert. L’étoile à nu.

L’idole disparait, Dieu vient. C’est l’inconnu,

Mais le certain. Je sens dans mon âme ravie

La dilatation superbe de la vie

Et la sécurité du fond vrai sous mes pas.

L’abri pour le sommeil, le pain pour le repas,

Je les trouve. D’ailleurs, les heures passent vite.

Quelquefois on me suit, quelquefois on m’évite ;

Je vais. Souvent mes doigts sont las, mon cœur jamais.

Le juste, — hélas ! je saigne, où sont ceux que j’aimais ?

Sent qu’il va droit au but quand au hasard il marche.

Je suis, comme jadis l’antique patriarche

Penché sur une énigme où j’aperçois du jour.

Je crie à l’ombre immense : Amour ! Amour ! Amour !

Je dis : Espère et crois, qui que tu sois qui souffres !

Je sens trembler sous moi l’arche du pont des gouffres ;

Pourtant je passerai, j’en suis sûr. Avançons.

Par moments la forêt penche tous ses frissons

Sur ma tête, et la nuit m’attend dans les bois traîtres ;

Je suis proscrit des rois : je suis maudit des prêtres ;

Je ne sais pas un mois d’avance où je serai,

Le mois suivant, l’orage étant démesuré ;

Puis l’azur reparaît, l’azur que rien n’altère ;

Ma route, blanche au ciel, et noire sur la terre ;

Je subis tour à tour tous les vents de l’exil ;

J’ai contre moi quiconque est fort, quiconque est vil ;

Ceux d’en bas, ceux d’en haut pour m’abattre s’unissent ;

Mais qu’importe ! Parfois des berceaux me bénissent,

L’homme en pleurs me sourit, le firmament est bleu,

Et faire son devoir est un droit. Gloire à Dieu !

Je suis haï. Pourquoi ? Parce que je défends

Les faibles, les vaincus, les petits, les enfants.

Je suis calomnié, Pourquoi ? Parce que j’aime

Les bouches sans venin ; les cœurs sans stratagème

Je vois en moi l’erreur tomber et le jour croître,

Rien de fermé. Le ciel ouvert. L’étoile à nu.

L’idole disparaît, Dieu vient. C’est l’inconnu

Mais le certain.

L’abri pour le sommeil, le pain pour le repas,

Je les trouve.

Le juste — hélas, je saigne, où sont ceux que j’aimais ?

Sent qu’il va droit au but quand au hasard il marche.

Je dis : Espère et crois, qui que tu sois qui souffres.

Je sens trembler sous moi l’arche du pont des gouffres ;

Pourtant je passerai, j’en suis sur. Avançons.

Par moments la forêt penche tous ses frissons

Sur ma tête, et la nuit m’attend dans les bois traîtres ;

Le vent qui souffle à travers la montagne

L’a rendu fou.

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Expediente

Autor
Q535
Título
Vol 17 — Victor Hugo
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-vol-17-victor-hugo--q535-bddcb1
Cita recomendada
Q535, «Vol 17 — Victor Hugo», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-vol-17-victor-hugo--q535-bddcb1.html

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