Voici les premiers jours de printemps et d’ombrage,
Déjà chantent les doux oiseaux ;
Et la mélancolie habite le feuillage ;
Les vents attiédis soufflent dans le bocage
Et font frissonner les ruisseaux.
Et les concerts légers que le printemps amène
Avec ses rayons et ses fleurs ;
Les troupeaux mugissants, la verdoyante plaine,
Et les blancs papillons qui respirent l’haleine
Des violettes tout en pleurs ;
Et l’air nouveau chargé de parfums et de vie,
L’azur où luit le soleil d’or,
Réveillant de l’hiver la campagne ravie,
C’est toute une prière où le ciel nous convie
A nous sentir jeunes encor.
Entends les mille voix de la nature immense ;
Elles nous parlent tour à tour.
Ma belle, on les comprend souvent sans qu’on y pense :
Le rayon nous dit : « Dieu ! » la nature : « Espérance ! »
La violette dit : « Amour ! »
Le couchant s’éteignait voilé ;
Un air tiède, comme une haleine,
Sous le crépuscule étoilé
Flottait mollement sur la plaine.
L’Arabe amenait ses coursiers
Devant ses tentes entr’ouvertes.
Les platanes et les palmiers
Froissaient leurs longues feuilles vertes.
Son menton bruni dans la main,
Tout amoureusement penchée,
La jeune fille, un peu plus loin,
Sur une natte était couchée.
Ses yeux noirs, chargés de langueur,
De leurs cils ombraient son visage
— Devant elle, le voyageur
Arrêta son cheval sauvage ;
Et, se courbant soudain, il dit :
« Allah ! comme vous êtes belle !
Veux-tu fuir ce désert maudit ?
Je t’aime, et te serai fidèle. »
L’enfant le regarda longtemps ;
Et, se soulevant avec peine :
« Tu n’es pas celui que j’attends,
O voyageur au front d’ébène !
« Un autre a déjà mon amour ;
Et mon amour, c’est tout mon être.
J’attends ici le giaour
Qui reviendra, ce soir, peut-être !
« Mais… ce collier d’ambre, veux-tu ?
Tiens ! prends ! et qu’Allah te conduise !
— La main sombre de l’inconnu
Tourmentait sa dague, indécise. —
« O perle du désert ! dis-moi :
Si le giaour infidèle
Ne s’en revenait plus vers toi ?
— Je te comprends bien, lui dit-elle :
« Mais je m’appelle Zaïra.
Va, mon cœur l’aimerait quand même :
Je suis de la tribu d’Azra ;
Chez nous on meurt lorsque l’on aime ! »