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André Theuriet · Modernismo

Vignes en fleurs - Amours éternelles (poésies)

francés

VIGNES EN FLEURS.

Nos vignes ont fleuri ce soir, et leur odeur,

Où je ne sais quel philtre amoureux se mélange,

Flotte dans l’air ainsi qu’un souffle avant-coureur

Des ivresses de la vendange.

Étrange affinité ! Le vieux vin du caveau

S’éveille dans les fûts ; il tressaille et pétille

Comme un vieillard pensif, qui songe au renouveau

Lorsque passe une jeune fille…

Et moi-même je cède à cet enivrement ;

Ce parfum virginal me trouble et me pénètre,

Et je le sens en moi fermenter sourdement

Comme la sève au cœur d’un hêtre.

J’ai rempli jusqu’aux bords un verre de cristal

D’un clair vin du pays, plein de paillettes blondes,

Et maintenant, ô fleurs du vignoble natal,

Je bois à vos noces fécondes !

L’âme du vin monte sans bruit

Dans mon verre, en perles d’écume,

Et s’évapore dans la nuit

Que la fleur des vignes parfume ;

Mon rêve à son tour prend l’essor,

Et ses légères bulles d’or

Montent dans mon cerveau qui fume.

O capiteux bouquet du vin,

Haleine des grappes écloses !

Pourquoi ne suis-je au temps divin

Des antiques métamorphoses ?

Je voudrais comme un dieu subtil

Me mêler aux sèves d’avril,

Me fondre dans l’âme des choses !…

Dans mon verre plein de liqueur,

Le ciel étoilé se reflète.

O joyeuse ivresse du cœur,

Claire ivresse, chère au poète,

Prends-moi sur ton aile, et fuyons

Au pays des illusions,

A travers la nuit violette !

Est-ce un rêve des soirs d’été ?

Ou la vigne en fleur, cette fée,

D’un baiser m’a-t-elle enchanté ?…

Son odeur me vient par bouffée,

Et je crois dans l’obscur chemin

Voir la Vendange, serpe en main,

Pieds nus et robe dégrafée.

Les coteaux sont pleins de bruits sourds

Qu’un limpide écho me renvoie ;

Sous la charge des raisins lourds

Le vigneron chancelle et ploie ;

La cuve dans le vendangeoir

Boût, et le vin sort du pressoir

Comme un vermeil ruisseau de joie.

Le pur sang des raisins pourprés

Exhale partout son haleine ;

Les bruns vendangeurs enivrés

S’en vont bondissant par la plaine,

Et l’on entend dans les ravins

Comme un chœur de jeunes sylvains

Dansant autour du vieux Silène…

Mon verre est vide. Au ciel la nuit poursuit son vol,

Et toujours cette odeur pénétrante m’arrive

Avec le chant lointain du dernier rossignol

Et les premiers cris de la grive.

Je m’endors, et tandis que le pâle matin,

Frissonnant, sur le front des collines se lève,

La fleur des pampres verts et le bouquet du vin

Embaument l’azur de mon rêve.

AMOURS ÉTERNELLES.

Quand les soleils tombans du soir

Dardent au faîte du miroir

Un rayon de lumière oblique,

Parmi des flots d’atomes d’or

Le vieux trumeau sourit encor

Au grand salon mélancolique.

Dans un cadre à biseau doré

On voit, à la marge d’un pré,

Le berger près de sa bergère.

Leurs clairs regards sont attendris,

Et sur leurs fronts les saules gris

Font trembler une ombre légère.

Les troupeaux broutent le gazon.

Vers les lointains de l’horizon,

Un fin brouillard bleu s’évapore ;

Le berger d’un air langoureux

Module un soupir amoureux

Sur sa flûte de buis sonore.

Et devant ce couple ingénu

On rêve d’un monde inconnu,

Où les cœurs épris et fidèles

Ignorent les tristes revers

Et tous les lendemains amers

De nos pauvres amours mortelles.

Le beau flûteur n’est jamais las.

Sa bergère ne cesse pas

D’écouter la flûte câline ;

Aux oreilles des curieux,

Les doux accens mélodieux

N’arrivent pas… On les devine.

O mystérieuses chansons,

Volupté magique des sons

Entendus au travers d’un rêve ! ..

Berger, sur ta flûte de buis

Tu répéteras jours et nuits

Cet air qui jamais ne s’achève.

Bergère, ton sourire frais

N’abandonnera plus jamais

Les coins de tes lèvres mignonnes,

Et vous, grands saules frisonnans,

Malgré les hivers survenans,

Vous ne perdrez plus vos couronnes !

A vos pieds, aux jours de printemps,

Tous deux vous avez en cent ans

Vu passer des couples sans nombre ;

Tous deux vous avez écouté

Maint baiser d’amour répété

Par l’écho du salon plein d’ombre ;

Et quand les amans d’aujourd’hui

Dormiront, le front plein d’ennui,

Sous la pierre des sépultures,

Le berger dans son cadre d’or

Saluera de sa flûte encor

Les amans des saisons futures.

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Por su autor
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Autor
André Theuriet
Título
Vignes en fleurs - Amours éternelles (poésies)
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-vignes-en-fleurs-amours-eternelles-poesies--andre-theuriet-3a5b22
Cita recomendada
André Theuriet, «Vignes en fleurs - Amours éternelles (poésies)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-vignes-en-fleurs-amours-eternelles-poesies--andre-theuriet-3a5b22.html

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