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Louise Colet · Romanticismo

Trésor littéraire des jeunes personnes — Colet

francés

Enfant, qui seras femme,

N’ouvre jamais ton âme

Qu’aux modestes vertus ;

Que ta charité sainte

Berce et calme la plainte

Des esprits abattus !

Que ta pure espérance

Relève la souffrance ;

Que ton hymne de foi,

Comme une chaste offrande,

Monte au ciel et répande

La paix autour de toi.

Sois l’ange qui console ;

De ta douce parole

Prodigue le secours ;

Au malheur tends l’oreille,

Près du malade veille,

Et près du pauvre accours.

D’une mère qui t’aime

Dieu voulut te bénir ;

Laisse-la pour toi-même

Disposer l’avenir.

Travaille, prie et chante !

Le travail t’ennoblit,

La foi te rend touchante,

La gaieté t’embellit !

Et si Dieu t’a douée

D’un esprit noble et grand,

Sois humble et dévouée,

Sois belle en l’ignorant.

Laisse à l’homme la gloire,

Les triomphes, le bruit,

Pour nous, aimer et croire

Au bonheur nous conduit.

Coule une vie obscure

Que le devoir remplit ;

L’onde à l’ombre est plus pure,

Rien ne trouble son lit.

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler

À vos jeux… si je sens mon âme se troubler ;

Si soudain sur mon front une ride se creuse,

Si ma pensée empreint sa trace douloureuse

Sur mes traits que l’on voit se couvrir de pâleur,

Ce n’est point jalousie, ô femmes ! c’est douleur !

Du bonheur passager de la nouvelle épouse,

De ses illusions je ne suis pas jalouse.

Quand elle apparaît, j’aime à l’entendre applaudir,

À voir sous l’oranger son front pur resplendir,

Sa parure éblouir la foule qui l’entoure ;

J’aime à la croire heureuse alors qu’elle savoure

Cet encens que le monde aux femmes jette un jour,

Encens de vanité, parfumé par l’amour !…

Mais ce qui me torture et fait fléchir mon âme,

C’est de voir auprès d’elle assise une autre femme,

Jeune de son bonheur dont elle prend sa part,

Fière de ses succès, l’adorant du regard,

Et la nommant tout haut sa fille. Ô peine amère !

Je suis jalouse alors, car je n ’ai plus de mère !

Oh ! que ne puis-je encore habiter sous ton aile

Dans la maison des champs la chambre maternelle,

Près de toi que ne puis-je y dormir chaque nuit

Jusqu’à l’heure où surgit la lumière et le bruit ;

Jusqu’à l’heure où toujours la première levée

Tu venais en riant d’une voix élevée,

M’éveiller et finir ces rêves orageux

Qui, pour moi de l’enfance empoisonnaient les jeux !

« Enfant, me disais-tu, laisse tout penser grave

« À l’âme des vieillards. L’atmosphère est suave,

« Viens voir du jour naissant les secrètes beautés ;

« Que de naïfs plaisirs ton cœur n’a pas goûtés !

« Du luxe et des grandeurs l’âme se rassasie ;

« Mais il est une intime et simple poésie

« Que pour toi Dieu sema dans les champs d’alentour ;

« Viens, tu feras des vers sur le lever du jour,

« Et ton chant virginal, ainsi qu’une prière,

« Montera vers le ciel d’où descend la lumière. »

Et de ma couche alors levant le blanc rideau,

Ma mère, tu semblais soulever le fardeau

Qui pesait sur mon cœur ; et, soudain éveillée,

Puis, par tes douces mains avec soin habillée,

Après avoir prié pour mon père et pour toi

Le ciel où maintenant vous priez Dieu pour moi ;

Après avoir reçu de ta lèvre adorée

Ce baiser du matin dont la mort m’a sevrée,

Plus calme et ranimant mon cœur à ton amour,

Je te suivais au champ pour voir lever le jour.

Et d’abord sous cet orme à l’ombre séculaire,

Qui, sur la grande cour, dresse un toit circulaire

Comme pour abriter avec son vert manteau

Du soleil du midi les murs blancs du château ;

Sous cet orme où l’oiseau pose son lit de mousse,

Où le coq matinal chante, où la poule glousse,

Où le paon fait briller son plumage étoilé,

D’abord tu l’arrêtais en égrenant du blé ;

Et la poule et le coq, à la crête écarlate,

Accouraient en frappant le gazon de leur patte ;

Et le paon, déployant sa queue en tournesol,

Leur disputait le grain qui tombait sur le sol,

Et les oiseaux dans l’air jetaient mille ramages,

Et le soleil jouait dans leurs brillants plumages.

Je rêvais en voyant ta sublime bonté,

Embrasser la nature en son immensité,

Se répandre, depuis les douleurs du génie

Jusqu’à l’agneau bêlant, en tendresse infinie,

Et donner à tout être, hélas ! qu’on foule au pied,

Une part de ton cour, tout amour et pitié .

Je rêvais en voyant tout ce que l’homme blesse,

Misère, probité, génie, amour, faiblesse,

Dans ton âme si grande et si simple à la fois,

Trouver un sentiment, des larmes, une voix.

Cette troupe d’oiseaux à tes pieds accourue,

Peignait la pauvreté, qui, par toi secourue,

Venait à la même heure, au bord de ton chemin,

Recevoir chaque jour l’aumône de ta main.

La mère, qu’accablait le poids de ses entrailles,

Voyait doubler par toile froment des semailles ;

Tu cachais, sous l’épi, dans nos moissons glané,

La layette de lin pour l’enfant nouveau né,

Et tu disais avec un sourire céleste :

« La pauvre femme, assise à son foyer modeste,

« Ce soir en déliant les gerbes du faisceau,

« De ce fils qu’elle attend trouvera le trousseau ;

« Et l’enfant, qui déjà pressentait la misère,

« Tressaillera joyeux dans le sein de sa mère. »

La charité, l’amour, ces divines vertus,

Dont pour nous embellir Dieu nous a revêtus ;

La charité, ce mot du céleste idiome

Qu’un ange, à son berceau, fait bégayer à l’homme,

La charité qui meurt dans ce siècle du mot,

Ô ma mère ! elle était inépuisable en toi ;

Sur les tourments du corps, sur les douleurs de l’âme,

Sur tout ce qui souffrait tu jetais ton dictame.

Oui, l’amour qui console et guérit, tu l’avais…

Voilà pourquoi, marchant près de toi, je rêvais ;

Pourquoi, quand je sondais ma pensée orgueilleuse

Qui mendiait aux arts une gloire douteuse,

Je me sentais rougir de désirer si peu ;

Au lieu de tes vertus, la gloire… Oh ! non, mon Dieu !

La gloire, écho qui meurt, terre un jour éboulée,

Source qui se dessèche, après s’être écoulée ;

La gloire, qui n’a pas un ami près de soi ;

Cette gloire, ô mon Dieu ! détournez-la de moi ;

Et faites-moi chercher la charité féconde

Dont ma mère reçut la couronne en ce monde,

Et qui vint se pencher, riante à son chevet,

Le jour où son exil, ici-bas, s’achevait.

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Autor
Louise Colet
Título
Trésor littéraire des jeunes personnes — Colet
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-tresor-litteraire-des-jeunes-personnes-colet--louise-colet-ae3b73
Cita recomendada
Louise Colet, «Trésor littéraire des jeunes personnes — Colet», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-tresor-litteraire-des-jeunes-personnes-colet--louise-colet-ae3b73.html

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