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PoetósferaLa BibliotecaAndré Theuriet

André Theuriet · Modernismo

Sylvine

francés

I. — ADAGIO.

Penchez-vous! Regardez, longues files d’aïeux,

Ce que le temps a fait de vos derniers neveux!...

Sous le plus pauvre toit d’un faubourg populaire,

Le vieux Marc de Paulmy va mourir de misère.

Le vieillard se leva brusquement, puis il prit

Entre ses doigts les mains du jeune homme, et lui dit :

« Mon fils, je sens la mort qui plane sur ma couche;

Avant donc que sa main de marbre ait clos ma bouche.

Écoute-moi. — L’esprit de ce siècle est mauvais,

A son œuvre maudit ne travaille jamais.

Sois fier! Tous tes aïeux furent des gens d’épée,

Fais-toi comme eux une âme austère et bien trempée;

Ne mêle pas ton nom à des trafics d’argent,

Surtout ne sois jamais manœuvre ni marchand.

Reste pauvre et sois fier. Sois fier ! que dans ton âme

Ces mots soient à jamais gravés; qu’en traits de flamme

Ils éclairent la nuit ton rêve, et qu’au matin

Ils résonnent pour toi comme un timbre d’airain !

Sois fier, et s’il fallait vider jusqu’à la lie

Le vase de douleur, s’il fallait à la vie

Dire un suprême adieu pour garder ton honneur,

Lazare, mon enfant, sache mourir sans peur. »

Il s’était soulevé sur son lit, et la fièvre

Illuminait ses yeux et pâlissait sa lèvre ;

Dans son cœur, le vieux sang des ancêtres battait.

Lazare l’entourait de ses bras et sentait

Je ne sais quoi de fort passer dans tout son être...

Mais la voix fit silence. «. Il est mort, » dit le prêtre

En aspergeant le corps avec le buis bénit.

L’ombre envahit Lazare, et la salle s’emplit

D’obscures visions aux mornes attitudes;

Il entendit le vent glacé des solitudes

Pleurer dans la maison, et vit, épouvanté,

Le deuil et l’abandon s’asseoir à son côté.

…………………..

En bas, la cave est nue, et la nuit l’environne;

Mais les premiers rayons d’un pâle jour d’automne

Pénétreront bientôt jusqu’au fond du cellier

Où Roch le tisserand a fait son atelier...

La mort entre avec eux. — Sur sa pauvre couchette,

Une enfant de quatre ans gît fiévreuse et muette;

Encore un mouvement, un dernier spasme encor,

Pareil au doux frisson d’un oiseau qui s’endort,

Puis plus rien... La voilà morte et déjà livide!

Son âme blanche fuit loin de la cave humide

Vers ce ciel des enfans, tout bleu, tout radieux,

Où la douleur jamais ne fait pleurer leurs yeux.

Le petit corps glacé reste sur la couchette ;

Ses traits sont beaux malgré leur pâleur violette,

Car l’enfance est bénie, et son charme est si fort

Qu’il triomphe et persiste au-delà de la mort.

Tout autour du berceau la famille est groupée :

La mère tout en pleurs, immobile et frappée.

Semble dans sa stupeur une autre Niobé ;

Le père, maître Roch, vers l’enfant s’est courbé,-

Comme pour découvrir quelque reste de vie;

La main sur le cadavre, il écoute, il épie,

Anxieux, absorbé. — A ses pieds, un jeune homme.

Un pauvre estropié, blême et chétif, qu’on nomme

Jean Caillou le flûteur, sanglote, et lentement

Entre ses maigres doigts roule un jouet d’enfant.

La pâle sœur aînée, adossée à la porte.

Taille dans une robe un linceul pour la morte.

Elle est grave et pensive, elle est belle, non pas

De la beauté des lis, des roses, des lilas.

Cette beauté splendide et pleinement éclose,

La beauté des heureux, — non, mais tout autre chose.

Un charme intérieur, pénétrant, concentré;

Un maigre et fier visage ardemment éclairé

Par deux yeux bruns profonds où la vie étincelle.

Purs comme l’eau de source et limpides comme elle;

Un front large où l’on sent l’effort victorieux

De l’âpre volonté; de noirs cheveux soyeux

Effleurant un cou blanc : — telle apparaît Sylvine.

Rien qu’aux sobres contours de son sein, l’on devine

Un lumineux esprit répandant son éclat

Dans ce corps transparent, suave et délicat.

Cependant le jour croît dans la cave. Le père

Se lève brusquement, et d’une voix sévère :

« Elle est morte, dit-il, vous pourriez sangloter

Pendant plus de cent ans sans la ressusciter.

Assez pleuré! La mort clémente l’a ravie

A l’heure où l’on ne voit que le beau de la vie ;

Tant mieux! Elle n’aura là-haut ni froid ni faim,

Et ne connaîtra pas l’horreur des jours sans pain.

Nous qui lui survivons, songeons à notre tâche,

Perdre son temps en pleurs est inutile et lâche ;

Les pauvres gens n’ont pas le loisir de pleurer.

Entends-tu, Jean Caillou? Cesse de soupirer.

Allons, je ne veux plus voir de regards humides! »

Et Roch, le tisserand aux paroles rigides.

S’assied a son métier; mais, malgré ses efforts,

Sa douleur se révolte et jaillit au dehors.

Il étouffe, son cœur bondit, ses yeux se mouillent,

Et sous ses doigts tremblans les fils croisés se brouillent...

Un moment comprimés, les pleurs coulent à flots,

Et le sombre logis retentit de sanglots.

II. — RECITATIVO.

Que ses deux pieds légers. Elle apporte à sa sœur

Les humbles ornemens des tombes plébéiennes, —

Des fleurs des champs : — asters et grappes de troènes,

Campanules d’automne et pâles serpolets,

Gentianes des bois aux reflets violets,

Scabieuses lilas, bruyères, vipérines...

Comme les deux logis, les tombes sont voisines;

Elle arrive à la place où dort sous le gazon

L’enfant du tisserand auprès du vieux baron.

Lazare, saluant la grave jeune fille :

« La mort a donc aussi frappé votre famille?

Elle emporte à la fois l’enfant et le vieillard.

Elle accourt, et la nuit s’épaissit; elle part,

La lumière et la paix de la maison la suivent.

Et l’horreur de la vie hante ceux qui survivent. »

Il dit, et sur un banc s’assied silencieux.

La fière jeune fille, aux regards sérieux.

Lui répond, en posant ses fleurs dans l’herbe humide :

« N’est-ce pas que c’est triste, un logis qui se vide?

Que c’est navrant, l’adieu d’un ami qui s’en va!

Cette mignonne enfant que la mort enleva

Brusquement, comme un loup qui ravit une proie,

Faisait notre espérance et notre seule joie.

Elle était si vivante et de corps et d’esprit!

C’était une eau qui court, un feu clair qui jaillit;

Rieuse et remuée, active et caressante.

Elle allait et venait dès l’aube blanchissante.

S’agitant tout le jour, lorsqu’approchait le soir,

Sur sa petite chaise elle se laissait choir,

Et l’on voyait fléchir sa tête appesantie

Comme une rose en fleur par l’ondée alourdie...

Sur ses lèvres, un jour le rire s’est éteint,

La fièvre et l’insomnie ont fait pâlir son teint.

Le médecin disait : — Cette cave est lugubre !

Il faudrait à l’enfant un air tiède et salubre... —

Oh! de la pauvreté dures chaînes de fer!

Il fallut la laisser dans la cave sans air...

Elle est morte ! » Sylvine à ces mots s’agenouille.

Sa poitrine se gonfle et son regard se mouille.

Le jeune homme est ému. Cette grave beauté.

Cette noblesse unie à tant de pauvreté,

Font battre doucement son cœur dans sa poitrine...

Après avoir prié sur la fosse, Sylvine

Se relève et s’éloigne, et Lazare pensif

L’admire et suit des yeux, de massif en massif,

Sa marche harmonieuse entre les tombes blanches.

Un autre aussi la suit de loin parmi les branches :

C’est Jean Caillou rêveur... A Lazare en fuyant

Il lance un noir regard, farouche et méfiant...

Cependant le soir tombe et s’étend sur la ville.

Il fait fumer au loin les toitures de tuile,

Et sa vapeur revêt d’un bleuâtre velours

L’ardoise des clochers et l’ogive des tours.

Une étoile blanchit au bord du ciel limpide ;

On dirait un lis pur, à la corolle humide.

Lazare, resté seul dans le funèbre enclos,

Se promène à pas lents sous les frêles bouleaux.

Dans l’azur assombri du firmament sans voile.

Ses yeux plongent sans cesse et contemplent l’étoile,

Et tandis que Vesper éclôt sur la hauteur,

La fraîche fleur d’amour s’ent’rouvre dans son cœur.

III. — CANTABILE.

La mer plaintive et sombre enfle ses flots houleux

Et soulève vers toi son sein tumultueux.

A travers les carreaux d’une pauvre cellule,

Tu pénètres ce soir avec le crépuscule,

O lune ! et ta lueur éclaire le réduit

Où Jean Caillou s’enferme au tomber de la nuit.

Les murs sont froids et nus; au bord de la croisée.

Le seul trésor du maître, une flûte est posée.

Quand le dimanche arrive ou lorsqu’aux environs

On célèbre un joyeux hymen de vignerons,

Jean Caillou prend sa flûte et dirige la danse,

Et tandis qu’il s’essouffle à marquer la cadence.

Au pied de ses tréteaux, les danseurs, deux à deux,

Tourbillonnent. Il voit leurs regards amoureux,

Il entend leurs baisers et leurs éclats de rire.

Et lui, pauvre bossu, lui dont la flûte inspire

Ce tumulte joyeux dont l’air semble imprégné,

Seul au milieu du bal, est morne et dédaigné.

Il aime aussi pourtant. Comme la perle blonde

Se dérobe aux regards sous la vague profonde,

Ainsi son amour pur, chaste et mystérieux.

Dans le fond de son cœur se cache à tous les yeux.

Il arrive ce soir d’une course lointaine ;

Il est las, il est triste, et sa poitrine est pleine

De sanglots refoulés. Il ouvre le battant

De sa vitre. La pluie a cessé, l’on entend

Des gouttes d’eau rouler sur les feuillages sombres

Et le crapaud plaintif chanter dans les décombres ;

Les rapides métiers des maîtres tisserands

Font résonner au loin leurs accords déchirans.

Jean, qui fixe les yeux sur la cave voisine,

Voit tout à coup briller la lampe de Sylvine.

Alors il prend sa flûte, et dans la calme nuit

Un chant mélancolique et doux s’épanouit.

Cet air touchant, les mots pourraient le reproduire.

Tant il exprime bien ce que le cœur veut dire !

Aux vitres de Lazare ainsi qu’au seuil de Jean,

La lune ce soir-là lance un rayon d’argent.

Et comme le flûteur Lazare à la croisée

Est assis, et Sylvine occupe sa pensée.

Mais s’il l’aime, pourquoi ces rougeurs sur son front,

Et cette inquiétude, et ce trouble profond ?

On croit voir scintiller, comme un éclair qui passe,

Au fond de ses yeux bleus tout l’orgueil de sa race.

Il tressaille ; on dirait que son père mourant

Revient pour lui crier : « Souviens-toi de ton rang ! »

Les croyances qui l’ont bercé dans son enfance,

L’opprobre et la terreur d’une mésalliance.

L’honneur, les droits du sang, toutes ces vieilles lois

S’éveillent en rumeur. — Ainsi l’on voit parfois,

Quand on franchit le seuil d’une tour féodale,

De lourds oiseaux de nuit tournoyer dans la salle

Et s’enfuir en poussant de lugubres clameurs.

Lazare lutte encor. Ses yeux sont gros de pleurs.

Il colle son visage aux vitres des fenêtres,

Ou devant les portraits pâlis de ses ancêtres

Il s’arrête pensif ; le remords et l’amour

Se lèvent dans son cœur et plaident tour à tour.

IV. — MODERATO.

Que les pommes de pin pétillent au milieu ;

Jetez-en plus encore, allumez un grand feu !

Hélas! le feu béni, la parure et la joie

De l’hiver, le brasier rougeâtre qui flamboie

Et nous fait croire encore à la chaude saison.

Plus d’un ne le voit pas luire dans sa maison !

Durant les mois glacés, dans plus d’un âtre vide,

La neige seule vient joncher la pierre humide,

Et parmi ces foyers sans flamme, au premier rang.

Est le foyer désert de Roch le tisserand.

Roch travaille, Sylvine est absente, et la mère

Est malade. La cave est comme une glacière.

L’âpre vent de la nuit, par le châssis mal clos,

Pénètre avec un bruit pareil à des sanglots,

Et Roch, pour réchauffer ses membres qui frissonnent.

S’acharne à son métier, et les leviers résonnent,

Et la navette vole. — Un coup faible et discret

Soudain pousse la porte, et Lazare paraît.

Il s’arrête, il hésite, et, plein d’incertitude,

Se tait. « Que voulez-vous? » dit Roch d’une voix rude.

Et le jeune homme alors, maîtrisant son émoi.

Au maître tisserand répond : «Pardonnez-moi.

Si ma parole tremble et se fait mal entendre,

C’est que d’un mot de vous mon repos va dépendre;

Le bonheur de ma vie est tout entier ici.

Je me nomme Lazare Engilbert de Paulmy;

Mon père est mort, je vis comme vous solitaire,

Et pauvre comme vous. Un jour, au cimetière.

J’ai rencontré Sylvine, et sa fière douleur.

Et sa chaste beauté, m’ont pénétré le cœur...

Les mots qu’elle m’a dits, je les entends encore

Tinter à mon oreille ainsi qu’un chant sonore;

Je les entends partout, dans les soupirs du vent,

Dans la cloche qui sonne au clair soleil levant.

Je l’aime! et si sa main par vous m’est refusée,

Mes jours n’ont plus de but, et ma vie est brisée.

Maintenant j’ai fini. Maître Roch, voulez-vous

Que je sois votre fils, que je sois son époux? »

Le tisserand se lève et fait d’un pas rapide

Deux ou trois fois le tour de sa demeure humide.

Il regarde Lazare, il est comme ébloui.

Et pendant un moment son front épanoui

Est radieux d’orgueil, de surprise et de joie…

Mais ce n’est qu’un éclair, un rayon qui se noie

Dans la brume. « Oubliez, dit-il, ces rêves fous !…

Vous êtes malheureux et pauvre comme nous ?…

Mais ce n’est pas assez d’une même détresse

Pour que toute barrière entre nous disparaisse.

Jour et nuit, comme nous, travaillez-vous aussi ?

Non ?… Eh bien ! en ce cas, je refuse, merci !

Nous avons comme vous notre orgueil, et nous sommes

Remplis de préjugés comme des gentilshommes.

Mon enfant est sans dot, et vous sans gagne-pain ;

Ce serait marier la soif avec la faim.

Et vous végéteriez hors de la loi commune

En rongeant tristement vos miettes de fortune ;

Puis les enfans viendraient, puis la misère enfin.

Que feriez-vous alors, vous dont la blanche main

À de rudes outils ne s’est jamais blessée ?…

Non, nous serions tous deux un objet de risée !

Au bouvreuil le gerfaut ne s’accouple jamais,

Il plane solitaire au-dessus des forêts.

Oubliez tout cela comme on oublie un rêve

Au lever du soleil… Adieu ! » Comme il achève,

Sylvine, pâle et grave, apparaît sur le seuil.

Son visage, entouré de sa coiffe de deuil.

Est comme un blanc lotus ouvrant sa fleur nocturne

Sur les dormantes eaux de l’étang taciturne.

Le jeune homme tressaille à sa vue, et leurs yeux

Se rencontrent ; — tous deux, tristes, silencieux,

Échangent un regard, — puis, en courbant la tête,

Lazare sort et fuit à travers la tempête.

V. — LARGO.

Dans son sein tourmenté commençaient leurs clameurs.

Il traversa les prés... Il gagna la lisière

D’un grand bois, et tandis qu’au loin, dans la clairière.

Les loups hurlaient la faim, il s’arrêta brisé

Et se laissa tomber au rebord d’un fossé;

Alors il entendit la meute des pensées

Recommencer en lui ses clameurs courroucées.

Les lamentations redoublaient. — Cette fois,

Le front dans ses deux mains, il écouta leurs voix :

« Hélas! qu’est devenu ton amour ? disaient-elles;

Hier, comme un doux nid de jeunes tourterelles

Qui gazouillent au haut d’un chêne verdissant.

Il chantait, et voilà que l’orage puissant

A renversé dans l’herbe et le nid et le chêne...

Et ton orgueil? Du fond de ton âme hautaine

Il jaillissait bruyant, superbe, impétueux.

Comme au printemps bouillonne à flots tumultueux

Une blanche cascade aux flancs des monts alpestres ;

A la voir, on croirait que les sources terrestres

N’auraient pu l’enfanter, et qu’elle vient des cieux;

Elle tombe, elle écume, et son cours furieux

Sur les rochers émus rebondit et s’élance...

Mais les vents de l’été la forcent au silence,

Et les rocs sur lesquels le flot s’est épanché

Se rendorment rêveurs dans le lit desséché. —

Ah ! comme ce vieillard marchait avec rudesse

Sur ton espoir, sur ta fierté, sur ta tendresse !

Sous ses raisonnemens se brisaient tes erreurs

Comme les épis mûrs sous les coups des batteurs.

Tu croyais qu’au seul bruit de ton nom de famille

Ce père dans tes bras allait jeter sa fille;

O honte! il te refuse et t’estime trop bas :

Tu n’es pas de son rang, — tu ne travailles pas!

Le travail!... Comprends-tu maintenant les mystères,

Les vertus de ce mot aux syllabes austères ?

Comprends-tu qu’il n’est rien de plus grand qu’un devoir,

Et que l’oisiveté seule nous fait déchoir?

Tes pères ont gagné leur nom avec l’épée;

La terre avait besoin alors d’être trempée

D’une sueur de sang, et c’était travailler

Dans cet âge de fer que de bien batailler.

Leur épée aujourd’hui par la rouille est ternie.

Prends un outil! — Pour vaincre au combat de la vie,

L’homme n’est plus forcé de répandre le sang,

Et le plus humble outil vaut l’épée à présent.

Travaille ! c’est le cri que la mère nature

Redit sans se lasser à toute créature,

Et dans tout l’univers il n’est pas d’élément

Que le travail fécond n’agite incessamment.

L’action guérira ton cœur blessé qui pleure.

Debout! prends un outil!... Tu n’étais tout à l’heure

Qu’un fragile roseau par les vents agité;

A partir d’aujourd’hui, sois une volonté. »

Assis au pied d’un hêtre, ainsi pendant des heures

Il écouta monter ces voix intérieures.

Tout un temple d’erreurs dans son esprit croula.

Il lui sembla qu’un monde inconnu jusque-là

Ouvrait devant ses yeux de longues perspectives.

— La nuit se dissipait, les ombres fugitives

S’envolèrent, et l’aube à l’orient blanchit.

Dans un clocher lointain l’Angélus retentit.

O clairs sons, précurseurs de l’aurore vermeille,

A vos chants argentins la terre se réveille.

Aube du jour, tu rends les chansons à l’oiseau.

Le sourire à l’enfant couché dans son berceau ;

Salut, aube du jour! ta clarté, comme un phare,

Vers un monde nouveau va diriger Lazare.

Comme il s’en revenait, il entendit des voix

Chanter dans le chemin qui conduit au grand bois.

C’étaient des bûcherons qui partaient. A leur tête

Marchait Jean le flûteur, et leur fier chant de fête,

Soutenu par la flûte aux notes de cristal,

S’envolait emporté par le vent matinal.

« Voici les bûcherons, les francs coupeurs de chênes!

Par la neige ou la pluie ils font leur dur métier;

Dès que le jour commence, en route! Le gibier

Ne rôde pas plus qu’eux dans les forêts lointaines;

Leurs jarrets sont de fer, leurs muscles sont d’acier.

Voici les bûcherons, les francs coupeurs de chênes!

« L’arbre, dans le taillis comme un géant campé,

Au-dessus du chemin dressait sa grande taille ;

Son tronc large et noueux semblait une muraille...

Dans l’herbe le voilà gisant... Qui l’a frappé?

Ce sont les bûcherons, ils ont comme une paille

Brisé l’arbre géant dans le taillis campé.

« Qui nourrit de charbon la fournaise béante,

Où l’on coule la fonte, où l’on forge le fer?

Qui fournit leurs grands mâts aux vaisseaux de la mer ?

Qui donne à la maison sa porte et sa charpente ?

Qui fait luire dans l’âtre un soleil en hiver

Et nourrit de charbon la fournaise béante !

« Ce sont les bûcherons. — Leur bras n’est jamais las.

Parfois, quand la forêt, de brouillards imprégnée,

Fait silence l’hiver, le bruit d’une cognée

Ou d’un chêne qui roule et tombe avec fracas

Retentit dans le fond d’une combe éloignée...

Ce sont les bûcherons, leur bras n’est jamais las.

« Honneur aux bûcherons, aux francs coupeurs de chênes!

Ils n’ont pas sitôt mis le pied hors du taillis.

Qu’ils se sentent le cœur pris du mal du pays.

Au bois est leur patrie, au bois sont leurs domaines;

Leurs fils y grandiront près des pères vieillis,

Les fils des bûcherons, des francs coupeurs de chênes! »

« Où vous en allez-vous? dit Lazare aux chanteurs.

Où vous en allez-vous, ô joyeux travailleurs?

— Au grand bois, répondit le plus vieux de la troupe.

Nous allons étrenner une nouvelle coupe,

Une vieille futaie aux arbres forts et droits :

Charmes, chênes, fayards, c’est du pain pour six mois,

C’est une mine d’or ! — Écoutez, dit Lazare,

J’ai toute ma vigueur et n’en suis point avare;

Voulez-vous m’accepter pour votre compagnon

Ou pour votre apprenti du moins ? — Et pourquoi non ?

Si vous savez planter la hache au cœur d’un hêtre,

Vous serez bien reçu. Venez parler au maître.

Ce soir, vers la nuit close, à la Vente-du-Roi.

— Eh bien! s’écria-t-il, ce soir comptez sur moi! »

…………………..

Le soir vint. Du départ l’horloge marqua l’heure.

Lazare en soupirant jeta sur sa demeure

Un suprême regard, et, saluant des yeux

Les vieux meubles fanés, les portraits des aïeux,

Il partit. Sur l’épaule il portait sa cognée,

Et sa main fièrement en pressait la poignée.

La rue était déjà ténébreuse, et le bruit

Des métiers haletans résonnait dans la nuit.

Il gagna le chemin de la Samaritaine ;

Là, sous des marronniers, jaillit une fontaine :

Les femmes du faubourg vont emplir vers le soir

Leurs seilles de sapin dans le clair réservoir.

Au-dessus de la source à grand bruit épanchée,

Il vit dans la pénombre une forme penchée,

Et reconnut Sylvine. Il s’approcha soudain :

« Je bénis Dieu, dit-il, je bénis ce chemin

Où je puis vous parler à cette heure suprême.

Sylvine, je pars ce soir et je vous aime !

Je vous aime ardemment, — comme le prisonnier

Aime l’air pur et libre et le vent printanier,

Et comme le proscrit adore la patrie ; —

Je vous aime, et je vais recommencer ma vie.

Car ce fervent amour, en entrant dans mon cœur.

L’a rempli de lumière et l’a rendu meilleur.

Me voici bûcheron, regardez ma cognée!

Je ne veux revenir qu’avec ma dot gagnée,

Et loin de vous, bien loin, pour longtemps je m’en vais. »

Sylvine lui tendit la main : «Je le savais ;

Ce que vous avez fait montre un noble courage,

Et mon cœur vous en aime encore davantage... »

Puis, comme cet aveu, trop fort pour sa fierté,

De sa bouche avait fui contre sa volonté.

Elle voulut quitter la source au chant sonore ;

Mais Lazare : «Oh ! restez, parlez, parlez encore !

Les seuls biens que j’emporte avec moi sont les mots,

Les chastes mots d’amour sur vos lèvres éclos !... »

Sans la nuit, on eût vu sur le front de Sylvine

La rougeur se répandre, on eût vu sa poitrine

Palpiter sous les plis de son corsage noir.

Alors, comme l’eau pure au bord du réservoir.

Tout l’amour de son cœur vint sur sa bouche émue

S’épancher : « Oui, dit-elle, oui, vous m’avez vaincue.

Je vous aime, Lazare, et l’avoue aujourd’hui;

Mais ce muet amour en mon âme enfoui

Y serait resté clos jusqu’à ma dernière heure,

Si vous n’aviez quitté votre oisive demeure

Pour vivre et pour agir en homme. Maintenant

Vous êtes deux fois noble : — et de cœur et de sang.

Je vous aime, et je suis fière de ma tendresse.

Allez, et vaillamment luttez, luttez sans cesse !

Moi, je vous attendrai. » Le calme de la nuit

À ces mots succéda, puis un faible et doux bruit...

Étaient-ce les soupirs de l’onde aux flots limpides,

Ou le susurrement de deux baisers rapides?...

Sylvine s’enfonça dans l’ombre lentement.

O charme de l’amour, ô pur enivrement !

Comme Lazare alors vers les bois prit sa course !

Il marchait d’un pas ferme, et la voix de la source

Semblait l’accompagner de son chant clair et frais.

Bien que la nuit fut noire et le brouillard épais,

Il croyait voir au ciel des étoiles sans nombre

Lui sourire à travers la forêt haute et sombre.

pur enivrement, ô charme de l’amour !...

Et la nuit s’avançait, et dans le carrefour

De la Vente-du-Roi de grands feux de bruyères

Projetaient leurs clartés rouges sur les clairières.

Les bûcherons, assis en rond près du brasier.

Pour le nouveau-venu chantaient à plein gosier

Ce refrain qui vibrait dans les combes lointaines :

« Voici les bûcherons, les francs coupeurs de chênes! »

VI. — PRESTO.

C’est notre mer à nous, Lorrains et Bourguignons,

Gens des pays de l’est et du nord. — Les Bretons

Ont l’Océan terrible, immense, aux eaux fécondes;

Nous avons les forêts sonores et profondes.

Quand loin du sol natal nous errons vers le soir.

Souvent à l’horizon nous croyons les revoir.

La nuit, dans l’ouragan qui siffle et se lamente.

Nous croyons distinguer votre voix mugissante,

O bois de nos pays ! — Ainsi qu’au fond des mers,

Parmi les profondeurs de vos abîmes verts,

Une vie incessante éclôt; des milliers d’êtres,

Un monde merveilleux sous la voûte des hêtres

Pullule, et ses amours, ses chants, ses floraisons,

Tour à tour prennent place au cercle des saisons.

En mars, quand le soleil lance ses jeunes flèches,

Tout un peuple de fleurs perce les feuilles sèches :

Dans l’onde des ruisseaux tremblent les boutons-d’or,

Les narcisses rêveurs se penchent sur le bord,

Et les taillis sont pleins de jaunes primevères.

Avril, avril commence! Un bruit d’ailes légères

Frémit dans les rameaux des arbres reverdis.

Voici les doux chanteurs des bois, voici les nids!

Et muguets de fleurir à côté des pervenches.

Et concerts printaniers d’éclater dans les branches.

Gué! gué! soyons joyeux! dit le merle. — Aimons-nous!

Chante le rossignol. — Hâtez-vous! hâtez-vous! »

Répète le coucou d’un ton mélancolique...

Le printemps fuit, et juin, comme un roi magnifique

Vêtu de pourpre et d’or, apparaît dans les champs.

Les herbes des fourrés jaunissent, et les chants

S’apaisent; dans le fond des combes retirées,

Au clair de lune, on voit les biches altérées

Venir avec leurs faons tondre les jeunes brins

Imbibés de rosée. — Aux marges des chemins

Les fraises ont rougi, les framboises sont mûres;

Parmi les merisiers aux mobiles ramures.

Les loriots gourmands sifflent à plein gosier;

Leur cri mélodieux clôt le chœur printanier.

La fleur fait place au fruit, l’été place à l’automne.

Salut, maturité, saison puissante et bonne!

Saison où la forêt tient ce qu’elle a promis,

Et fait pleuvoir du haut de ses rameaux jaunis

Des trésors à foison ! — Les noisettes sont pleines,

Les fruits des cornouillers sont vermeils, et les faînes

Tombent comme une grêle, et le long des sentiers

Roulent les glands dorés. On voit les alisiers

Ployer. Les mousserons, sous les chênes antiques.

Tracent dans le gazon leurs cercles fantastiques.

Mais le taillis s’effeuille, et parmi les buissons

Le rouge-gorge errant dit ses courtes chansons.

Voici l’hiver venu. La neige sur les branches

En silence répand ses touffes de fleurs blanches;

D’un sommeil éternel les bois semblent dormir.

Mais les germes féconds des printemps à venir

Fermentent sourdement sous l’épais lit de neige,

Lazare vit deux fois le rapide cortège

Des changeantes saisons défiler dans les bois.

Il poursuivait sa tâche, et les jours et les mois

S’enfuyaient... Au courant de cette vie active,

Comme une terre aride au contact d’une eau vive,

L’héritier des Paulmy se métamorphosait.

Ce n’était plus l’enfant timide qui n’osait

Sortir de sa misère et de sa somnolence.

Le cœur qu’un préjugé de caste et de naissance

Retenait indécis : — c’était un esprit fier,

Énergique et vaillant; sa volonté de fer

Ceignait son cœur ainsi qu’une cotte de mailles,

Et comme ses aïeux au milieu des batailles,

Pour devise il avait ce noble mot : « Vouloir! »

Il n’avait pas revu Sylvine; mais le soir

Ses rêves amoureux s’envolaient vers la ville,

Et l’absence doublait sa tendresse virile,

Comme la nuit accroît le parfum d’une fleur.

Parfois dans le sentier venait Jean le flûteur.

Et tous les bûcherons le fêtaient au passage.

Car sa flûte semblait leur donner du courage;

Mais Jean, triste et muet, se tenant à l’écart.

Sur Lazare sans cesse attachait son regard.

Et lorsque ce dernier l’interrogeait, sa bouche

Restait close; en silence il s’éloignait, farouche.

Les jours, les mois fuyaient... Lazare d’un chantier

Était devenu maître, et denier par denier

Son trésor amassé s’arrondissait dans l’ombre.

Or un doux soir de mai, dans la clairière sombre,

Les bûcherons en cercle achevaient leur repas,

Lorsque dans le taillis un léger bruit de pas

Résonna tout à coup. Les feuillages frémirent...

« Qui va là? demanda Lazare. » Ils entendirent

Une tremblante voix répondre : « Jean Caillou ! »

Et Jean vers le jeune homme accourut comme un fou.

« Là-bas, dans le faubourg, dit-il, on vous appelle...

— Sylvine? s’écria Lazare. — Oui, c’est elle;

Ne perdons pas de temps, reprit Jean, hâtons-nous!

Venez vite, et prenez votre bourse avec vous.

— Partons ! » Et dans la nuit, à travers les cépées,

Les taillis frissonnans, les gorges escarpées,

Les longs chemins couverts, les douteux carrefours.

Ils gagnèrent la plaine et les sombres faubourgs.

VII. — AGITATO.

Le vieux Roch entre tous!... Épiez-le ce soir,

Près de sa femme en pleurs vous le verrez s’asseoir

Sombre et découragé, mais fier et digne encore.

Le jour tombe. — Ils sont seuls. — Jean Caillou dès l’aurore

D’un air mystérieux a quitté la maison;

Sylvine est à la ville et cherche du coton

De fabrique en fabrique. — Ils sont seuls. — Leurs visages,

Où les privations ont laissé leurs sillages,

S’empourprent aux rayons d’un clair soleil couchant.

Et Roch, à la lueur de l’astre déclinant,

Contemple tristement sa compagne de peine ;

Voilà vingt ans qu’ensemble ils supportent la chaîne

Des misères sans fins et des labeurs ingrats,

Et tandis que les ans affaiblissent leurs bras.

Cette chaîne toujours plus dure et plus pesante

Charge plus rudement leur vieillesse croissante...

Pour la première fois, Roch tremble et sent la peur

Tomber comme une nuit lugubre sur son cœur.

Sylvine cependant rentre pensive et triste.

Dans chacun de ses yeux, aux reflets d’améthyste,

Une larme limpide étincelle, et ces mots

Jaillissent de sa bouche au milieu des sanglots :

« Point d’ouvrage ! Partout des refus ! nul remède !

Et Dieu seul maintenant peut nous venir en aide. »

Le vieux Roch atterré jette un navrant regard

Sur son métier qui dort inutile, à l’écart;

Amère est sa douleur, elle éclate; il s’écrie :

« Bienheureux sont les morts! leur souffrance est finie.

La nuit du cimetière est plus douce à leurs corps

Que le jour des vivans. Bienheureux sont les morts! »

Et la mère au milieu de ses larmes murmure :

« Pourtant si l’on osait!... Au monde, j’en suis sûre,

Il est des cœurs humains que nos maux toucheraient ;

Si nous parlions, il est des mains qui s’ouvriraient... »

L’austère tisserand tressaille et se relève :

« Mendier? Ah ! dit-il, ce dernier coup m’achève.

Mendier! Pourquoi pas voler?... Mieux vaut mourir!

Puisque notre métier ne peut plus nous nourrir,

Nous n’avons rien à faire ici-bas... L’araignée,

Quand son fil est à bout, tombe et meurt résignée.

Mourons! » Mais en voyant leurs larmes redoubler :

« Ah ! mes pauvres enfans, je vous ai fait pleurer;

Je suis impitoyable, et mon orgueil m’égare!... »

Soudain la porte s’ouvre, et voici que Lazare,

Avec Jean le flûteur, s’avance lentement.

Roch s’arrête, il hésite, et plein d’étonnement :

« Que voulez-vous ? » dit-il d’une voix accablée.

Et le jeune homme alors lui tend sa main hâlée :

« Voyez, ô Roch, ma main n’est plus blanche à présent ;

Le travail dans les bois, la froidure et le vent

L’ont brunie. Aujourd’hui qu’elle est rude et calleuse,

La refuserez-vous encore, âme orgueilleuse ? »

Un silence profond se fait après ces mots.

Tout à coup maître Roch, éclatant en sanglots,

Attire dans ses bras et Lazare et Sylvine,

Et, les tenant tous deux pressés sur sa poitrine,

Les couvre de baisers…

Dans l’ombre, le flûteur,

Le front dans ses deux mains, contemple leur bonheur…

VIII. — ALLEGRO.

Les discours commencés qu’un soupir interrompt

Et les tendres aveux alternent sur leurs lèvres :

Lazare dit ses nuits d’insomnie et de fièvres,

Ses courses dans les bois, et Sylvine à son tour.

Comment son cœur si fier s’est ouvert à l’amour.

Aux regards éblouis du jeune homme elle étale

Chaque feuille suave et chaque blanc pétale

De la pudique fleur de son âme... Et parfois,

Confuse, elle s’arrête et demeure sans voix.

— Ainsi, pendant les nuits de mai tièdes et pures,

Lorsque le rossignol chante dans les ramures,

Si quelque jeune pâtre en suivant son chemin

S’approche du buisson, l’oiseau se tait soudain;

Puis, les pas s’éloignant, la chanson recommence. —

Mais dans leurs entretiens, comme dans leur silence,

On sent vibrer l’amour, car l’amour renaissant

Anime tout ce soir de son souffle puissant.

Il est dans l’air, il est dans le sol, il imprègne

Les masses de verdure et les grands blés que baigne

La lune de ses flots calmes et lumineux.

On dirait que le ciel, de la terre amoureux.

Près de sa fiancée au voile diaphane

Va descendre joyeux, comme autrefois Diane

Vers son Endymion se glissait à la nuit.

C’est l’heure de l’amour. Tout tressaille et tout luit,

Et la terre, déjà prête pour l’hyménée,

Attend silencieuse, émue, illuminée...

L’herbe des prés mûris ondule, et son odeur

Au parfum des tilleuls et des vignes en fleur

S’unit... Mais dans la nuit azurée et sereine.

Du sein des pampres verts, une plainte soudaine

S’exhale, un long sanglot déchirant... Et c’est toi.

Malheureux Jean Caillou! — Pauvre flûteur, pourquoi

En secret cette nuit as-tu suivi Sylvine?

Maintenant les sanglots déchirent ta poitrine,

Et l’âpre jalousie, ainsi qu’un fier vautour.

Te dévore, ô martyr de l’impossible amour!

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Por su autor
André Theuriet · 30 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

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Expediente

Autor
André Theuriet
Título
Sylvine
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-sylvine--andre-theuriet-471a30
Cita recomendada
André Theuriet, «Sylvine», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-sylvine--andre-theuriet-471a30.html

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