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Joseph Quesnel · Romanticismo

Sur un Ruisseau

francés

Ô toi, qui reposais sur ton urne tranquille,

Toi que mille rochers couvraient de leurs remparts,

Ruisseau, pourquoi sortir du fonds de ton asile ?

Ah ! crains le bruit et les regards.

Un soleil imposant, des campagnes riantes,

Des jours étincelants et des nuits plus touchantes,

Tout promet le bonheur, mais tout a des hasards :

Tu t’échappes, tu fuis guidé par l’espérance ;

Mais ce bonheur dont l’apparence

Fait frémir tes flots agités,

Ce bonheur que tu suis n’est qu’une ombre infidèle :

En vain ton murmure l’appelle ;

Il fuira désormais à pas précipités.

Loin de ces amoureux ombrages,

Hélas ! ne crois pas que toujours

Les cieux, d’un rayon pur, éclairent tes rivages ;

Il se lève de noirs orages

Même au milieu des plus beaux jours.

Je parle en vain : tu suis le penchant qui t’entraîne

Vers la rive inconnue où tu dois reposer :

Tu vas chercher la région lointaine,

Qui pourra te désabuser.

En cet instant la nature est parée

Des plus éclatantes couleurs ;

Le soleil plane seul dans la voûte azurée ;

Tout sourit. Amusé de présages trompeurs,

Tu fuis le vallon solitaire ;

Et dans ton cours, ô ruisseau téméraire,

Tu ne prévois que d’aimables erreurs.

Eh bien ! obéis donc à ta pente invincible,

Et quitte de ces bords les constantes douceurs.

Puisse ton onde, en ta course paisible,

Ne voir, n’arroser que des fleurs !

Puissent les Driades charmantes,

Sous un feuillage toujours frais,

Confier à tes eaux errantes

Le doux trésor de leurs attraits !

Que ta source heureuse et sacrée

Frémisse en les touchant d’amour et de plaisir !

Qu’à tes flots caressants la bergère livrée

Trouve dans son âme enivrée,

Le premier sentiment ou le premier désir !

Et si jamais traversant ma patrie,

Tu viens baigner, après quelques détours,

Cette terre, hélas ! si chérie,

Où j’ai vu naître, avec mes premiers jours,

Mes sentiments pour Marie

Ô Ruisseau fortuné ! ralentis un moment

Le cours impatient de ton onde incertaine ;

Va soupirer aux pieds de celle qui m’enchaîne,

Et porte-lui les vœux du plus fidèle amant !

Heureux Ruisseau, quand sur la rive

Elle ira rêver en secret,

Si, sur ton onde fugitive,

Elle jette un regard distrait :

Ah ! qu’une émotion… que son cœur interprète,

Lui dise que tu viens du fonds de ma retraite :

Dans le plus triste de mes jours,

Que mon image retracée

Occupe un moment sa pensée

Du souvenir de mes amours !

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Expediente

Autor
Joseph Quesnel
Título
Sur un Ruisseau
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-sur-un-ruisseau--joseph-quesnel-80273c
Cita recomendada
Joseph Quesnel, «Sur un Ruisseau», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-sur-un-ruisseau--joseph-quesnel-80273c.html

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