J’ai cueilli ces fleurs de Mystère :
Venez voir, esprits curieux :
Ce sont les pleurs, le sang des dieux
Figés en gemmes sur la terre.
L’indiscret savoir doit se taire :
Les origines sont aux Cieux :
Docte du mythe ingénieux.
Je suis l’ignorant volontaire.
Tombez rubis et diamants
Sang et larmes des dieux aimants !
Je vous sertirai dans mes rimes ;
L’homme heureux qui vous y verra
Loin de mes vers jamais n’ira
Vous chercher au creux des abîmes
Belleau, qui des divinités séchulaire
Rajeunis les noms séculaires,
Pour avoir été populaires
Ont-ils valu d’être chantés ?
Montre nous les fécondités
Des unions moléculaires
Dans les embrasements stellaires
Des firmaments inhabités :
Chante nous l’antique fournaise
Où le fer et le manganèse
Teintaient l’onyx et le cristal ;
Où, si la gemme naît de l’onde,
La fermentation profonde
Où la paix de son flot natal !
Ainsi le savant au poète,
Ainsi le poète au savant
Parlait, cependant que le vent
Embouchait son clairon prophète…
On voyait de la base au faîte
Palpiter le décor mouvant
Du mythe impur et décevant,
Comme au souffle d’une tempête ;
Il se déchirait… la Raison,
Que les astres de l’horizon
Couronnaient de gemmes sublimes.
Entrait, disant : a C’est trop mentir ;
L’esprit humain meurt de sentir
L’importunité des abîmes ! »