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Ernest d'Hervilly · Modernismo

Sur les bords du Saubat

francés

Fille des durs Nouers, négresse callipyge,

J’habite pour jamais ta case au toit pointu.

Adieu, Paris ! — Amis, si quelqu’une s’afflige,

Dites-lui qu’en Afrique on est très-mal vêtu.

Dites-lui que je chante aux pieds de ma maîtresse,

Accompagné du gong, des airs prodigieux ;

Dites-lui que le soir, sous les thuyas, je tresse

Des ceintures d’écorce en regardant ses yeux ;

Dites-lui que je suis plus noir que ses bottines ;

Qu’une énorme crinière ondule sur mon front,

Mais que sur mon lit veuf de pudiques courtines,

Ma maîtresse est fidèle et le sommeil est prompt ;

Dites-lui qu’aujourd’hui j’erre dans la campagne,

Mes flèches sur le dos, et mon arc à la main ;

Dites-lui que, couvert modestement d’un pagne,

Je cherche le dîner que je cuirai demain.

À celle que j’aimais dans votre ville sombre,

Dites que ma négresse, à l’heure du soleil,

En plein midi, debout pour me faire de l’ombre,

Se tient en souriant et guette mon réveil ;

Dites-lui qu’au retour elle n’est jamais lasse ;

Que je suis son seigneur ; que son amour est tel,

Qu’elle porte gaîment sur l’épaule ma chasse,

Tandis que je la suis en mâchant du bétel.

Dites à cette fille implacable et débile

Qui meurtrissait mon cœur entre ses petits doigts,

Qu’ici je peux tuer qui m’échauffe la bile

D’un coup de casse-tête, et que je fais les lois !

Ma maîtresse est très-belle, et vaut cher ! Ses oreilles

Pendantes sur son col ont des anneaux de fer ;

Ses dents sont d’un beau jaune ; et ses lèvres, pareilles

Au fruit du jujubier, semblent embrasser l’air.

Ses seins noirs et luisants, dressés sur sa poitrine,

Ont l’air de deux moitiés d’un boulet de canon ;

Au coin de son nez plat, passé dans la narine,

Pendille, — et c’est ma joie ! — un fragment de chaînon.

Ses cheveux courts, tressés, ont l’aspect de la laine ;

Sa prunelle se meut, noire, sur un fond blanc,

Humide, transparent comme la porcelaine ;

Et son regard vous suit, placide, doux et lent.

Ses membres sont ornés de bracelets de graines

Éclatantes ; elle a des joyaux plus coquets :

Pour lui faire un manteau comme en portent les reines,

J’ai tué dans les bois plus de cent perroquets !

Moi seul l’ai tatouée, et moi seul sur sa joue

Ai peint en vermillon de bizarres oiseaux,

Ou bien, à l’ocre jaune, une charmante roue.

Chef grave, j’ai construit son ombrelle en roseaux !

Pour vos maigres tailleurs, j’ai gardé peu d’estime :

La peau d’un buffle noir enveloppe mes reins,

Et sur son cuir tanné j’inscris chaque victime

De ma zagaie, où flotte une touffe de crins !

Notre couple effrayant en tous lieux a la vogue ;

On le cite à la danse, au festin, au combat ;

Nul ne sait mieux que nous conduire une pirogue

Sur les flots encombrés de nasses du Saubat.

Ma négresse est mon dieu ! je l’avoue à voix basse ;

Et, quand j’ai vendu deux défenses d’éléphant,

Je lui verse du rhum à pleine calebasse,

Et pendant qu’elle boit, je porte son enfant.

Alors, je suis heureux ! Je hurle en vrai sauvage !

Mes trois colliers de dents rendent un son hideux !

Je bondis ! et mon cœur ne voit plus le rivage

Où vit, en m’oubliant, une femme aux yeux bleus.

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Por su autor
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Dónde vive
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Expediente

Autor
Ernest d'Hervilly
Título
Sur les bords du Saubat
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-sur-les-bords-du-saubat--ernest-d-hervilly-d63079
Cita recomendada
Ernest d'Hervilly, «Sur les bords du Saubat», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-sur-les-bords-du-saubat--ernest-d-hervilly-d63079.html

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