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PoetósferaLa BibliotecaFrançois de Malherbe

François de Malherbe · Barroco

Sur l’attentat commis en la personne du roi, le 19 décembre 1605

francés

Que direz-vous, races futures,

Si quelquefois un vrai discours

Vous récite les aventures

De nos abominables jours ?

Lirez-vous sans rougir de honte

Que notre impiété surmonte

Les faits les plus audacieux

Et les plus dignes du tonnerre

Qui firent jamais à la terre

Sentir la colère des cieux ?

Ô que nos fortunes prospères

Ont un change bien apparent !

Ô que du siècle de nos pères

Le nôtre s'est fait différent !

La France devant ces orages

Pleine de mœurs et de courages

Qu'on ne pouvait assez louer,

S'est faite aujourd'hui si tragique

Qu'elle produit ce que l'Afrique

Aurait vergogne d'avouer.

Quelles preuves incomparables

Peut donner un prince de soi

Que les rois les plus adorables

N'en quittent l'honneur à mon roi ?

Quelle terre n'est parfumée

Des odeurs de la renommée ?

Et qui peut nier qu'après Dieu

Sa gloire, qui n'a point d'exemples,

N'ait mérité que dans nos temples

On lui donne le second lieu ?

Qui ne sait point qu'à sa vaillance

Il ne se peut rien ajouter ?

Qu'on reçoit de sa bienveillance

Tout ce qu'on en doit souhaiter ?

Et que si de cette couronne

Que sa tige illustre lui donne

Les lois ne l'eussent revêtu,

Nos peuples d'un juste suffrage

Ne pouvaient sans faire naufrage

Ne l'offrir point à sa vertu ?

Toutefois, ingrats que nous sommes,

Barbares et dénaturés,

Plus qu'en ce climat où les hommes

Par les hommes sont dévorés,

Toujours nous assaillons sa tête

De quelque nouvelle tempête,

Et d'un courage forcené

Rejetant son obéissance

Lui défendons la jouissance

Du repos qu'il nous a donné.

La main de cet esprit farouche

Qui, sorti des ombres d'enfer,

D'un coup sanglant frappa sa bouche

A peine avait laissé le fer,

Et voici qu'un autre perfide

Où la même audace réside,

Comme si détruire l'État

Tenait lieu de juste conquête,

De pareilles armes s'apprête

A faire un pareil attentat.

Ô soleil ô grand luminaire !

Si jadis l'horreur d'un festin

Fit que de ta route ordinaire

Tu reculas vers le matin,

Et d'un émerveillable change

Tu couchas aux rives du Gange,

D'où vient que ta sévérité

Moindre qu'en la faute d'Atrée

Ne punit point cette contrée

D'une éternelle obscurité ?

Non non, tu luis sur le coupable

Comme tu fais sur l'innocent :

Ta nature n'est point capable

Du trouble qu'une âme ressent ;

Tu dois ta flamme à tout le monde,

Et ton allure vagabonde

Comme une servile action

Qui dépend d'une autre puissance,

N'ayant aucune connaissance

N'a point aussi d'affection.

Mais o planète belle et claire

Je ne parle pas sagement ;

Le juste excès de ma colère

M'a fait perdre le jugement :

Ce traître, quelque frénésie

Qui travaillait sa fantaisie,

Eut encore assez de raison

Pour ne vouloir rien entreprendre,

Bel astre, qu'il n'eût vu descendre

Ta lumière sous l'horizon.

Au point qu'il écuma sa rage,

Le Dieu de Seine était dehors

A regarder croître l'ouvrage

Dont ce prince embellit ses bords ;

Il se reverra tout à l'heure

AU plus bas lieu de sa demeure ;

Et ses nymphes dessous les eaux,

Toutes sans voix et sans haleine,

Pour se cacher furent en peine

De trouver assez de roseaux.

La terreur des choses passées

A leur yeux se ramentevant

Faisait prévoir à leur pensées

Plus de malheurs qu'auparavant,

Et leur était si peu croyable

Qu'en cet accident effroyable

Personne les pût secourir,

Que pour en être dégagées

Le ciel les aurait obligées

S'il leur eût permis de mourir.

Revenez, belles fugitives,

De quoi versez-vous tant de pleurs ?

Assurez vos âmes craintives,

Remettez vos chapeaux de fleurs :

Le roi vit et ce misérable

Ce monstre vraiment déplorable

Qui n'avait jamais éprouvé

Que peut un visage d'Alcide

A commencé le parricide

Mais il ne l'a pas achevé.

Pucelles, qu'on se réjouisse,

Mettez-vous l'esprit en repos ;

Que cette peur s'évanouisse,

Vous la prenez mal à propos.

Le roi vit, et les destinées

Lui gardent un nombre d'années

Qui fera maudire le sort

A ceux dont l'aveugle manie

Dresse des plans de tyrannie

Pour bâtir quand il sera mort.

Ô bien heureuse intelligence,

Puissance, quiconque tu sois,

Dont la fatale diligence

Préside à l'empire françois,

Toutes ces visibles merveilles

De soins, de peines et de veilles

Qui jamais ne t'ont pu lasser

N'ont-elles pas fait une histoire

Qu'en la plus ingrate mémoire

L'oubli ne saurait effacer ?

Ces archers aux casaques peintes

Ne peuvent pas n'être surpris

Ayant à combattre les feintes

de tant d'infidèles esprits ;

Leur présence n'est qu'une pompe,

Avecque peu d'art on les trompe,

Mais de quelle dextérité

Se peut déguiser une audace

Qu'en l'âme aussitôt qu'en la face

Tu n'en lises la vérité ?

Grand démon d'éternelle marque,

Fais qu'il te souvienne toujours

Que tous nos maux en ce monarque

Ont leur refuge et leur secours,

Et qu'arrivant l'heure prescrite

Que le trépas, qui tout limite,

Nous privera de sa valeur

Nous n'avons jamais e d'alarmes

Où nous ayons versé des larmes

Pour une semblable douleur.

Je sais bien que par la justice

Dont la paix accroît le pouvoir

Il fait demeurer la malice

Aux bornes de quelque devoir,

Et que son invincible épée

Sous telle influence est trempée

Qu'elle met la frayeur partout

Aussitôt qu'on la voit reluire ;

Mais quand le malheur nous veut nuire,

De quoi ne vient-il point à bout ?

Soit que l'ardeur de la prière

Le tienne devant un autel,

Soit que l'honneur à la barrière

L'appelle à débattre un cartel,

Soit que dans la chambre il médite,

Soit qu'aux bois la chasse l'invite,

Jamais ne t'écarte si loin

Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre

Tu ne sois prêt à le défendre

Sitôt qu'il en aura besoin.

Garde sa compagne fidèle,

Cette reine, dont les bontés

De notre faiblesse mortelle

Tous les défauts ont surmontés ;

Fais que jamais rien ne l'ennuie,

Que toute infortune la fuie,

Et qu'aux roses de sa beauté

L'âge, par qui tout se consume

Redonne contre la coutume

La grâce de la nouveauté.

Serre d'une étreinte si ferme

Le nœud de leurs chastes amours

Que la seule mort soit le terme

Qui puisse en arrêter le cours.

Bénis les plaisirs de leur couche,

Et fais renaître de leur souche

Des scions si beaux et si verts

Que de leur feuillage sans nombre

A jamais ils puissent faire ombre

Aux peuples de tout l'univers.

Surtout, pour leur commune joie,

Dévide aux ans de leur dauphin

A longs filets d'or et de soie

Un bonheur qui n'ait point de fin ;

Quelques vœux que fasse l'envie,

Conserve-leur sa chère vie,

Et tiens par elle ensevelis

D'une bonace continue

Les aquilons dont sa venue

A garant les fleurs de lis.

Conduis-le sous leur assurance

Promptement jusques au sommet

De l'indubitable espérance

Que son enfance leur promet,

Et pour achever leurs journées

Que les oracles ont bornées

Dedans le trône impérial,

Avant que le ciel les appelle,

Fais-leur ouïr cette nouvelle

Qu'il a rasé l'Escurial.

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Autor
François de Malherbe
Título
Sur l’attentat commis en la personne du roi, le 19 décembre 1605
Lengua
francés
Época
Barroco
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-sur-lattentat-commis-en-la-personne-du-roi-le-19--francois-de-malherbe-35210e
Cita recomendada
François de Malherbe, «Sur l’attentat commis en la personne du roi, le 19 décembre 1605», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-sur-lattentat-commis-en-la-personne-du-roi-le-19--francois-de-malherbe-35210e.html

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