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José-Maria de Heredia · Modernismo

Sonnets - Regilla...

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REGILLA.

Inscription Triopéenne du Louvre.

Passant, ce marbre couvre Annia Regilla

Du sang de Ganymède et d’Aphrodite née.

Le noble Hérode aima cette fille d’Énée.

Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.

Car l’Ombre dont le corps délicieux gît là,

Chez le prince infernal de l’Ile Fortunée

Compte les jours, les mois et la si longue année

Depuis que loin des siens la Parque l’exila.

Hanté du souvenir de sa forme charmante,

L’Époux désespéré se lamente et tourmente

La pourpre sans sommeil du lit d’ivoire et d’or.

Il tarde. Il ne vient pas. Et l’âme de l’Amante,

Anxieuse, espérant qu’il vienne, vole encor

Autour du sceptre noir que lève Rhadamanthe.

AUX MONTAGNES DIVINES.

Geminus servus

Et pro suis conservis.

Glaciers bleus, pics de marbre et d’ardoise, granits,

Moraines dont le vent, du Néthou jusqu’à Bègle,

Arrache, brûle et tord le froment et le seigle,

Cols abrupts, lacs, forêts pleines d’ombre et de nids !

Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,

Plutôt que de ployer sous la servile règle,

Hantèrent avec l’ours, le loup, l’isard et l’aigle,

Précipices, torrens, gouffres, soyez bénis !

Ayant fui l’ergastule et le dur municipe,

L’esclave Geminus a dédié ce cippe

Aux Monts, gardiens sacrés de l’âpre liberté ;

Et sur ces sommets clairs où le silence vibre,

Dans l’air inviolable, immense et pur jeté,

Je crois entendre encor le cri d’un homme libre !

L’ESTOC.

Inventaire du Trésor de l’Alcazar de Ségovie.

Au pommeau de l’épée, on lit : Calixte Pape.

La tiare, les clés, la barque et le tramail

Blasonnent, en reliefs d’un somptueux travail,

Le Bœuf héréditaire armoyé sur la chappe.

A la fusée, un dieu païen, Faune ou Priape,

Rit, engaîné d’un lierre à graines de corail ;

Et l’éclat du métal s’exalte sous l’émail

Si clair, que l’estoc brille encor plus qu’il ne frappe.

Maître Antonio Perez de Las Cellas forgea

Ce bâton pastoral pour le premier Borja,

Comme s’il pressentait sa fameuse lignée ;

Et ce glaive dit mieux qu’Arioste ou Sannazar,

Par l’acier de sa lame et l’or de sa poignée,

Le pontife Alexandre et le prince César.

LA BELLE VIOLE.

A vous troupe légère

Qui d’aile passagère

Par le monde volez..

JOACHIM DU BELLAY

Accoudée au balcon d’où l’on voit le chemin

Qui va des bords de Loire aux rives d’Italie,

Sous un pâle rameau d’olive son front plie.

La violette en fleur se fanera demain.

La viole que frôle encor sa frêle main

Charme sa solitude et sa mélancolie,

Et son rêve s’envole à celui qui l’oublie

En foulant la poussière où gît l’orgueil Romain.

De celle qu’il nommait sa douceur Angevine,

Sur la corde vibrante erre l’âme divine

Quand l’angoisse d’amour étreint son cœur troublé ;

Et sa voix livre aux vents qui l’emportent loin d’elle,

Et le caresseront peut-être, l’infidèle,

Cette chanson qu’il fit pour un vanneur de blé.

ÉPITAPHE.

Suivant les vers d’Henri III.

O passant, c’est ici que repose Hyacinthe

Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron ;

Il est mort, — Dieu l’absolve et l’ait en son giron !

Tombé sur le terrain, il gît en terre-sainte.

Nul, ni même Quélus, n’a mieux, de perles ceinte,

Porté la toque à plume ou la fraise à godron ;

Aussi vois-tu, sculpté par un nouveau Myron,

Dans ce marbre funèbre un rameau de jacinthe.

Après l’avoir baisé, fait tondre, et de sa main

Mis au linceul, Henry voulut qu’à Saint-Germain

Fût porté ce beau corps, hélas ! inerte et blême ;

Et jaloux qu’un tel deuil dure éternellement,

Il lui fit en l’église ériger cet emblème.

Des regrets d’Apollo triste et doux monument.

VÉLIN DORÉ.

Vieux maître relieur, l’or que tu ciselas

Au dos du livre et dans l’épaisseur de la tranche,

N’a plus, malgré les fers poussés d’une main franche,

La rutilante ardeur de ses premiers éclats.

Les chiffres enlacés que liait l’entrelacs

S’effacent chaque jour de la peau fine et blanche ;

À peine si mes yeux peuvent suivre la branche

De lierre que tu fis serpenter sur les plats.

Mais cet ivoire souple et presque diaphane,

Marguerite, Marie, ou peut-être Diane,

De leurs doigts amoureux l’ont jadis caressé ;

Et ce vélin pâli que dora Clovis Ève

Évoque, je ne sais par quel charme passé,

L’âme de leur parfum et l’ombre de leur rêve.

MICHEL-ANGE.

Certe, il était hanté d’un tragique tourment,

Alors qu’à la Sixtine et loin de Rome en fêtes,

Solitaire, il peignait Sibylles et Prophètes

Et, sur le sombre mur, le dernier Jugement.

Il écoutait en lui pleurer obstinément,

Titan que son désir enchaîne aux plus hauts faîtes,

La Patrie et l’Amour, la Gloire et leurs défaites ;

Il songeait que tout meurt et que le rêve ment.

Aussi ces lourds Géans, las de leur force exsangue,

Ces Esclaves qu’étreint une infrangible gangue,

Comme il les a tordus d’une étrange façon ;

Et dans les marbres froids où bout son âme altière,

Comme il a fait courir avec un grand frisson

La colère d’un Dieu vaincu par la Matière !

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Autor
José-Maria de Heredia (1842–1905) · Wikidata Q334970
Título
Sonnets - Regilla...
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-sonnets-regilla--jose-maria-de-heredia-c6dc2c
Cita recomendada
José-Maria de Heredia, «Sonnets - Regilla...», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-sonnets-regilla--jose-maria-de-heredia-c6dc2c.html

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