Un véritable, un seul, un éternel amour,
Rêve fou qui toujours obsède ma pensée,
Fantôme qui, debout dans mon âme insensée,
M’empêche de jouir des biens de chaque jour.
N’ai-je pas vu mourir chaque chose à son tour,
Chaque forme bientôt par une autre effacée ?
Mon âme, si souvent trahie et délaissée,
N’a-t-elle pas senti que tout fuit sans retour ?
Quand comprendrai-je enfin, libre d’un vain tourment,
Que nous n’avons à nous que l’ombre d’un moment ;
Qu’il faut s’abandonner sur l’heure à son envie ?
Quand saurai-je étouffer en moi le vain regret
Et comme un fruit qu’on trouve au bord d’une forêt
Goûter innocemment les heures de la vie ?