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PoetósferaLa BibliotecaAuguste Barbier

Auguste Barbier · Modernismo

Silva — 01

francés

Tandis que, fatigué d’une route poudreuse,

Je goûte le repos sous de frais rameaux verts,

Abeilles en essaim, troupe mélodieuse,

Vont traversant les airs.

Quelque temps le doux bruit que font leurs vives ailes

Enchante mon oreille, et quelque temps aussi

Je vois leurs corps légers briller comme étincelles

Sur le fond obscurci.

Où vont-elles s’abattre ? En tous lieux où fleurettes

Exhalent leur parfum, étalent leur émail,

Car, depuis que l’aurore a blanchi leurs retraites,

Elles sont au travail.

O mouches ! votre corps est petit à l’extrême,

Mais votre esprit est grand, et vous tenez du ciel

Des ailes, bouche d’or, et la faveur suprême

De changer tout en miel.

Vous possédez le son, la couleur et le baume,

Et vous n’abusez pas de ces dons précieux.

Aussi tout ce qui sort de votre doux royaume

Est-il délicieux.

C’est là votre secret, délicates abeilles,

Mais il n’est pas le seul de votre ardent labeur ;

Vous connaissez encore où sont les fleurs vermeilles

À la plus fine odeur.

Croissent-elles au bois plutôt qu’au sein des plaines,

Ou sur les fiers sommets qu’enveloppe l’azur,

Et qui, plus rapprochés des clartés souveraines,

Boivent un air plus pur ?

Dites, car je voudrais, en suivant votre trace,

Cueillir sur les hauts monts ou sous les bois penchans

Ce qui peut infuser le plus d’âme et de grâce

Aux poétiques chants.

Peut-être alors pourrais-je, artiste moins débile,

Laisser quelques douceurs dignes des fleurs d’Hybla,

Même un peu de ce miel qu’aux bords latins Virgile

Savamment distilla.

Peut-être… Mais pourquoi caresser l’espérance

D’égaler dans mes soins votre travail doré ?

Abeilles, je n’ai pas votre sainte innocence,

Votre esprit mesuré.

Abeilles, j’aurai beau, parmi les fleurs de l’âme,

Choisir celles qui font les bouquets les plus doux,

Et pénétrer mes vers de la céleste flamme

Qui resplendit en vous ;

De vos concerts, mes chants n’auront jamais les charmes,

Leur miel ne vaudra pas votre miel pur et clair ;

Nos temps sont trop troublés, nos cœurs trop pleins d’alarmes,

Pour qu’il n’ait rien d’amer.

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Por su autor
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Dónde vive
La Biblioteca

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Expediente

Autor
Auguste Barbier
Título
Silva — 01
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-silva-01--auguste-barbier-609ce8
Cita recomendada
Auguste Barbier, «Silva — 01», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-silva-01--auguste-barbier-609ce8.html

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