SERREFESSE, SA NOURRICE, LA MAURICAUDE.
Scène deuxième.
LES MÊMES, puis PINCECUL, COUILLARDIN, CRUCHE, TROIS VIDANGEURS.
SERREFESSE.
PINCECUL.
Ou trois litres d’eau d’af, et, quoiqu’ils l’aient tous bonne,
Tout cela leur tapait bougrement la sorbonne.
Nous étions bien pochards. Alors, tout en bourrant
De tréfoin sa chiffarde, et tout en la fumant,
Chacun de nous se mit à causer de sa largue ;
Chacun, bien entendu, de la sienne se targue :
L’un vante ses tétons, l’autre vante son cul,
Mais aucun d’eux, aucun ! ne veut être cocu…
(Avec fatuité.)
Je savais le contraire… Aussi, je leur propose
Par eux-mêmes d’aller vérifier la chose.
Étant tous vidangeurs, ainsi que Couillardin,
Et ne devant rentrer chez eux que le matin,
Leurs largues sont ainsi bien loin de les attendre,
Et, plus facilement, ils pourront les surprendre.
Mon projet leur sourit… On finit de licher
Ce qui pouvait rester encore à pitancher,
Et l’on se met en route… Hélas ! par cette épreuve
Qui leur fut bien fatale, ils acquirent la preuve,
À n’en pouvoir douter, que leur malheureux front
D’un très-beau bois de cerf avait subi l’affront :
L’une pompait le nœud d’un séduisant trompette ;
Celle-ci, d’un tambour astiquait la baguette ;
À l’épicier du coin l’autre prêtant son con,
Pour le faire jouir lui faisait postillon ;
Celle-là, sur un lit nonchalamment couchée,
Par un vieux cupidon était gamahuchée…
Mais Serrefesse, vous, en tricotant des bas,
Vous prouvez que lui seul, Couillardin, ne l’est pas.
COUILLARDIN.
SERREFESSE.
PINCECUL.
Scène SCÈNE TROISIÈME
SERREFESSE, CRUCHE.
C’est un poids sur mon cœur : je veux m’en soulager.
Je subis des affronts, mais c’est pour m’en venger ;
Écoute… Pincecul m’a fait plus d’une injure…
Son père, sur mon nom jetant la flétrissure,
Avait baisé ma mère… Et puis encor je sais
Que de mon père il s’est un jour débarrassé
Par un coup de surin… Depuis, de Pinolie,
Ma femme, Pincecul a fait une rouchie !…
Moi, j’ai, pour me venger de tous ces attentats,
Fait croire que j’étais au nombre des castrats.
Je fus on ne peut mieux servi par cette idée…
Plus tard tu sauras tout… Sois bien persuadée
Seulement, aujourd’hui, que ce n’est qu’un moyen
Pour aider ma vengeance, oui, mais qu’il n’en est rien…
(Il se déboutonne.)
SERREFESSE.
Scène quatrième.
LES MÊMES, puis PINCECUL, COUILLARDIN, VIDANGEURS,
(Seul, dans un fauteuil. Il est plongé dans la contemplation de son vit.)
M’a dit, et cependant ne me connaissait pas,
Qu’aux maquereaux le nom que l’on donne aux castrats
Serait fatal… Ce nom est celui dont à Rome,
En me riant au nez, même un enfant me nomme…
(Nouveau silence, nouveau déboutonnage, nouvelle contemplation de son vit, nouveau reboutonnement ; puis avec éclat :)
Bordel ! de Pincecul je te délivrerai,
Et je glorifierai mon surnom de châtré !…
(Avec mélancolie.)
Oui ! mais en attendant que ce jour-là me luise,
Ma pine bien souvent soulève ma chemise…
Dans la nuit il me prend des rages de baiser…
Je sais mieux aujourd’hui, pourtant, les maîtriser :
D’un air indifférent je patine et pelote,
Et je puis sans bander regarder une motte…
Mais c’est égal, je souffre, et du mal qu’ils me font
Je me vengerai bien !…
VAFAIRE.
CRUCHE.
VAFAIRE.
VAFAIRE.
Et, dans ce lupanar, si toutes les putains
Ont, à l’heure qu’il est, soit chancres, soit poulains,
C’est à lui qu’on le doit, car sa pine engorgée
De mille maux affreux est constamment rongée.
Sans tarder davantage, il serait bon d’abord
Qu’on les fît visiter et soigner par Ricord ;
Mais quand on aura mis dehors les plus pourries,
Quand les autres seront totalement guéries,
Pour empêcher le mal d’y revenir loger,
Pour mettre les putains à l’abri du danger
Et pouvoir sans péril accepter toute pine,
Il n’est qu’un seul moyen…
VAFAIRE.
VAFAIRE.
PINCECUL.
PINCECUL.
PINOLIE.
C’est mon plus cher désir, cède à ta passion !
Qu’elle se laisse foutre, et, de son sale con,
Qu’elle verra bientôt tomber en pourriture,
Le clitoris rongé deviendra la pâture
De tous les maux connus, dont ton ignoble vit
Est depuis si longtemps et la source et le nid !…
Va donc empoisonner ta nouvelle guenuche !
Je ne t’arrête plus…
PINCECUL.
LA PUTAIN.
LE FACTEUR.
PINCECUL.
Sauf, quand l’occasion se présentera belle,
De l’escarper, la nuit, au fond d’une ruelle.
(Après avoir lu.)
Il craint qu’au lupanar, jaloux de nos succès,
Un autre maquereau ne se procure accès,
N’ourdisse contre nous quelque complot atroce,
Ne présente aux putains une pine plus grosse
Encore que la nôtre, et, de même qu’il fit
À Pincecul l’ancien, ne nous châtre le vit…
Toujours la même crainte et les mêmes idées !
Comme elles ne sont pas le moindrement fondées,
Ne nous tourmentons pas ; c’est vraiment tout au plus
Si cette lettre est bonne à faire un torche-cul !
(Il la froisse avec dédain ; fuis, se promenant rêveur.)
Un souvenir fatal me poursuit et m’oppresse…
Toujours à mon regard apparaît Serrefesse,
Et, si je veux baiser, je ne bande, à présent,
Qu’en pensant en moi-même à son cul séduisant…
Que cette garce-là doit être belle, nue !
Sa gorge est dure et blanche et sa fesse charnue !…
Que je serais heureux de la gamahucher !
De fourrer dans son cul ma langue ! de lécher
L’entre-doigt de ses pieds ! son nombril ! son aisselle !
(Après un moment de silence :)
Tout effort serait vain pour me détacher d’elle…
Il faut que je la baise, et cela sans tarder !
Tiens ! rien que d’y penser, cela me fait bander !…
(Il se déboulonne vivement et se branle avec énergie ; puis, quand il a déchargé, il reprend, en s’astiquant de nouveau :)
On croirait que cela doit assouvir ma rage
Et que ma pine va maintenant être sage.
Eh bien ! non, ça ne sert qu’à rallumer mes feux,
À me faire bander plus raide… Je la veux !
Je l’aurai !… Je suis né d’un viol, comme mon père…
Qui donc me blâmerait, quand on me verra faire,
Si le foutre sorti du vit d’un maquereau
Se signalait en moi par un viol nouveau ?…
(D’un violent revers de main, il rejette sa pine dans son pantalon.)
PINOLIE.
(Elle lui prend les couilles et les patine un instant ; mais s’apercevant que ce pelotage ne produit aucun effet, elle retire sa main, et avec amertume :)
Je te touche… et cela ne te fait pas bander !
Animal !… Aussi bien, je viens te demander
Si tu m’aimes encore, ou si tu m’as laissée ?
Montre-moi franchement le fond de ta pensée.
Il est temps aujourd’hui que je connaisse enfin
Quel est le maquereau dont je suis la putain !
PINCECUL.
De ma vie, et, conduit par ces belles cavales,
Voir mes jours se changer en longues saturnales.
Je ne me pique pas du tout d’être galant :
Le meilleur madrigal est un vit bien bandant.
La femme n’est pour moi, d’ailleurs, qu’un pot de chambre
Où j’aime à dégorger la liqueur de mon membre.
Je me livre sans crainte à toute saleté
Qui donne du plaisir et de la volupté.
Selon que mon désir dirige mon caprice,
Mon vit, vrai papillon, choisit une matrice
Ou, d’un cul ferme et blanc sondant la profondeur,
Se donne d’enculer le luxe et la douceur.
Un con, comme le tien, est-il charmant et rose ?
Avec joie et bonheur sur ses lèvres je pose
Les miennes, puis le suce et resuce, et je bois
Le foutre qui bientôt vient baigner ses parois…
Rien ne peut m’arrêter lorsque je suis en veine !
Dans le cul quelquefois ma langue se promène,
Et s’il ne me suffit pas de gabahoter,
Je greluchonne alors aussi, sans hésiter,
Et par toi-même, enfin, étendu sur ta couche,
Je me suis bien souvent fait chier dans la bouche…
Mais je ne prétends pas à la même putain
Pour l’existence entière enchaîner mon engin :
J’aime à changer de con ! Toi-même, ce me semble,
Si mon vit t’a foutue, et si souvent, ensemble,
Nous avons parcouru la route du plaisir,
Avec plus d’un miché je t’entendis jouir !…
Que de fois je t’ai vue, au milieu d’une orgie,
Toute nue, animée, et la motte rougie,
Par tous les conviés qui te faisaient la cour
Te laissant peloter, les branler tour à tour…
Nul regret en tes yeux ne venait apparaître :
Tu riais, tu chantais, et tu paraissais être,
S’il ne t’arrivait pas de piquer ton renard,
Heureuse comme un dieu, de vivre au lupanar…
PINOLIE.
D’être entrée au bordel ! de m’être faite fille !
Tu pensais, me mêlant à toutes ces putains,
Jusqu’au germe étouffer les quelques bons instincts
Qui pouvaient me rester, et, d’après ton idée,
Quand ainsi j’eusse été tout-à-fait dégradée,
Quand j’eusse eu perdu tout, l’espoir et la raison,
Le jour où tu serais fatigué de mon con,
En changer, comme on change une chemise sale
Pour en mettre une blanche, un jour de lupercale !…
Tu t’es trompé, marlou ! tu me le paieras cher !
Ce que je dis n’est pas une parole en l’air…
Écoute, et tu sauras jusqu’où va ma furie !
De baiser avec toi je n’ai plus nulle envie ;
Mais tu m’as fait du mal, et je m’en vengerai !
Dans les enfers, bientôt, grâces à toi, j’irai ;
Mais là, de tous les maux que redoute une pine,
Chancres, crêtes de coq, vérole, cristalline,
Chaudepisse cordée, orchite, morpion,
Je veux faire, en entrant, une collection !
À toutes les putains qui s’y trouvent en masse
Je prendrai quelque chose : à l’une sa conasse
Oui tombe par lambeaux ; à l’autre un clitoris
Dont les vieux bords rongés, dégoûtants et pourris,
Exhalent une odeur affreuse et qui suffoque ;
Puis, revenant sur terre avec cette défroque,
Le jour où ton vil vit foutra quelque putain,
Je le régalerai d’un beau plat de ma main !…
J’ai dit. Adieu, chameau !…
(Elle sort en foudroyant Pincecul de son mépris.)
LE MARCHAND.
Tu ne peux pas longtemps me rester inconnu :
J’ai l’honneur de parler au fameux Pincecul !…
PINCECUL.
LE MARCHAND.
PINCECUL.
PINCECUL.
LE MARCHAND.
LA NOURRICE.
SERREFESSE.
Sans sentir plus ému mon con mollasse et froid
Que si je me branlais moi-même avec le doigt !…
L’état de Couillardin me tourmente et m’embête…
LA NOURRICE.
Ne soit là, quelque nuit, asphyxié soudain…
Des présages affreux, au reste, m’épouvantent !
LA NOURRICE.
LA NOURRICE.
LA NOURRICE.
Pour découvrir le vrai caché dans leurs mensonges,
Et, comme j’ai toujours sur moi la Clef des songes,
Racontez-moi le vôtre, et je l’expliquerai.
Cela ne sera pas, d’ailleurs, mon coup d’essai,
Car je suis tellement experte en la matière,
Que plus d’un a souvent cru que j’étais sorcière…
SERREFESSE.
Un autre, en sens inverse ayant compris la chose,
Gamahuchait le con le plus frais, le plus rose
Qui soit jamais sorti des mains du créateur ;
La putain est bientôt au comble du bonheur :
De son con fromageux la semence ruisselle.
Celui-ci fout en cul, et cet autre en aisselle…
Un troisième en tétons… Pour tout dire, ils étaient
Tous qui greluchonnaient, foutaient, gabahotaient…
C’était beau !… délirant !… Moi-même, à cette vue,
Je bandais, mais si fort, sur ma couche étendue,
Que j’en fis une fausse !… Alors, en un moment,
Le bordel disparut… Je ne sais pas comment
Je me retrouvai seule, en un beau lit couchée,
Et comme sur le point d’être gamahuchée…
Mes cuisses, malgré moi, savamment s’écartaient ;
De mon con entr’ouvert les lèvres tremblottaient…
Cet état me plaisait, j’en fais l’aveu, nourrice…
Tout machinalement je frottais ma matrice
Et m’amusais assez… Tout à coup, un gros vit,
Qui de la cheminée au même instant sortit,
S’avança près de moi, roulant sur ses roupettes,
Avec un grand fracas, comme sur des roulettes :
Il fit avec lenteur tout le tour du salon ;
Il avait bien au moins onze pouces de long,
Et sans doute arrivait de quelque horrible bouge ;
Sa tête obélisquale était luisante et rouge
Et semblait me narguer épouvantablement…
Il vint effrontément et verticalement…
De sa fente coulait un verdâtre liquide…
Il entoura ma jambe… À cette étreinte humide,
Je sentis tous mes poils affreusement dressés ;
J’invoquai tous les saints, présents, futurs, passés ;
Mais le monstre, avec joie inspectant ma nature,
Qu’il regardait déjà comme étant sa pâture,
Semblait chercher comment et de quelle façon
J’allais être foutue : en cul, con, ou téton.
C’est le cul qu’il choisit… Il me mit sur le ventre…
Il me semble à présent sentir encor qu’il entre…
Ayant mon pucelage alors de ce côté,
Il eut beaucoup de peine et de difficulté.
De douleur et d’effroi mes chairs étaient livides,
Car tu sais que toujours j’eus des hémorroïdes…
Et sa crampe tirée, en bougre convaincu,
Il s’enfuit, me laissant une capote au cul…
De ce cul écorché les gouttes ruisselantes,
Ô prodige ! en coulant toutes sanguinolentes,
Créaient de maquereaux de nombreux bataillons,
Plus serrés, plus pressés qu’on ne voit les morpions
Sur un vieux con pourri qui suinte et qui saigne ;
Et tous ces maquereaux arboraient pour enseigne
Une pine d’airain avec des couilles d’or
Qui menaçaient le sud, l’ouest, l’est et le nord !
Je t’ai tout raconté : pourrais-tu donc m’instruire
De ce que tout cela pour moi doit vouloir dire ?
LA NOURRICE.
La Mauricaude va, pendant ce temps, chanter.
(À la Mauricaude.)
Tâche que ta chanson soit leste et polissonne :
Ça fait toujours plaisir et n’offense personne.
LA MAURICAUDE.
Est-il, je le demande,
Rien de plus séduisant
Qu’une pine qui bande
Et vous fout doucement ?
Foutons, vingt dieux, foutons ! (bis.)
Le con s’ouvre et se ferme ;
On tortille du rein ;
On jouit, et le sperme
Inonde le vagin !
Foutons, vingt dieux, foutons ! (bis.)
Mais malin est Priape :
Plus d’un vit gros et vain
Sans s’en douter attrape
Chancre, orchite, poulain !
Foutons, vingt dieux, foutons ! (bis.)
La vérole le mine,
Et bien des maquereaux
Souvent ont vu leur pine
S’en aller en lambeaux !
Foutons, vingt dieux, foutons ! (bis.)
LA NOURRICE.
SERREFESSE.
SERREFESSE.
PINCECUL.
PINCECUL.
Qui vous fout, mon destin eût été magnifique !
Renonçant pour toujours à la fille publique,
Vous seule auriez eu part aux faveurs de mon vit !
Couché sur votre sein, j’emploierais chaque nuit
À m’enivrer du jus de tant de jouissances,
Au lieu de la passer dans les fosses d’aisances !…
SERREFESSE.
SERREFESSE.
À mon organe cause une telle secousse,
Que j’ai beau tous les jours me coller une douce,
Dans mes rêves ton con m’agace et me poursuit,
Et me fait dans mes draps décharger chaque nuit…
Cette agitation me fatigue et me pèse :
Aussi, sans plus tarder, faut-il que je te baise !
(Premier mouvement de Serrefesse.)
Aujourd’hui, pour cela, tu quittes Couillardin,
Tu choisis un bordel, et tu te fais putain…
(Second mouvement de Serrefesse.)
Ton Couillardin a-t-il à ce point su te plaire ?
Mais tu ne l’aimes pas !… Avec moi tu veux faire
Ta merde, voilà tout ; car ce jeanfoutre-là
N’a rien en lui pour être adoré comme ça…
Et d’ailleurs, nom d’un chien ! on n’aime pas un homme
Dont le vit est, pour sûr, le plus petit de Rome ;
Dont la personne exhale une fétide odeur
Qui porte sur les nerfs et soulève le cœur ;
Qui n’a pas pour deux liards de foutre dans la veine,
Et tire à peine un coup, un seul coup, par semaine…
Pourtant je changerais mon elbeuf élégant
Contre son bourgeron si sale et si puant,
Et mon soulier ciré contre sa grosse botte,
Pour être, comme lui, possesseur de ta motte !
Ainsi, c’est convenu : tu le lâches d’un cran,
Et tu viens avec moi souper au tapis-franc.
Cela te chausse-t-il ?…
SERREFESSE.
Le projet odieux, sans craindre qu’on le nargue,
De venir chez quelqu’un pour lui baiser sa largue…
Vous vous trompez : j’estime et j’aime Couillardin,
Et l’aimerai toujours, malgré votre dédain.
Il est plus grand que vous !…
PINCECUL.
SERREFESSE.
CRUCHE.
VEROLIN.
COUILLARDIN.
(Elle est enveloppée dans un drap de lit.)
COUILLARDIN.
Puis son gilet à fleurs, et bientôt, sa culotte
Qui ne le gênait plus retomba sur sa botte
Vernie, en laissant voir un vit raide et mutin
Deux fois plus fort au moins que le tien, Couillardin !
Ses roupettes étaient grosses et rebondies,
Et de poils longs et noirs abondamment fournies…
J’étais sans mouvement… Aussitôt, Pincecul,
À l’endroit de mon con portant son vit tout nu :
« Il n’est plus temps, dit-il, de faire la bégueule,
Serrefesse ! je bande, et vous êtes bien seule…
Si vous ne voulez pas vous laisser enfiler,
Par mon chien aussitôt je vous fais enculer,
Et, lorsque vous serez tous deux collés, j’appelle
Du lupanar voisin putains et maquerelle
Et je vous livre dans cette position
À leurs ricanements et leur dérision !… »
Et, tout en me parlant, d’une main libertine
Il frottait contre moi la tête de sa pine.
Et cependant, malgré tous ces attouchements,
Malgré son vit superbe et ses propos charmants,
Je résistais encor… Le gueux me prit de force !
De son bras musculeux il entoura mon torse.
Ce fut lutte… et viol…
CRUCHE.
Tout l’air du carillon de Dunkerque[ws 1], le traître
Comme il était venu s’en fut par la fenêtre !…
CRUCHE.
Tu n’es pas cocu… C’est simple comme bonjour :
Qu’appelle-t-on cocu ? l’homme de qui la femme
Livre non seulement le corps mais aussi l’âme,
Partage le plaisir d’un amant chaleureux,
Le couvre avec bonheur de baisers amoureux,
Fait l’étroite pour lui, même quand elle est large,
Et, manœuvrant du cul, jouit quand il décharge.
Tout cela, cette nuit, existait-il ? Mais non.
Le vit de Pincecul fut reçu dans son con,
Mais il n’a pénétré que par la violence :
Serrefesse n’a pas senti de jouissance.
J’en conviens, pauvre ami, sans doute, ta maison,
Si j’ose hasarder cette comparaison
En parlant de son cul, reçut quelque souillure,
Mais celle qui l’habite est toujours chaste et pure.
Des coups de Pincecul, quelques coups de bidet
Enlèveront bientôt et la trace et l’effet…
Relève, Couillardin, ta figure morose,
Car de cette manière en expliquant la chose,
Si tu fus, cette nuit, cocu physiquement,
Pour sûr tu ne l’es pas du moins moralement…
COUILLARDIN.
Ce trait est tout-à-fait de bonne compagnie,
Et je vais…
SERREFESSE.
Je ne suis pas cocu, tu n’es pas adultère :
Cruche nous l’a prouvé parfaitement ; d’ailleurs,
Du vit de Pincecul si viennent tes malheurs,
Bien qu’en toi sa limace ait été dégorgée,
Pour toi je bande encore… et tu seras vengée !…
VEROLIN.
CRUCHE.
VAFAIRE.
Que le mal de Vénus le tombe dans les couilles !
Qu’il les métamorphose en deux grosses citrouilles !
Et qu’il finisse enfin par ne plus te laisser
Que juste ce qu’il faut de pine pour pisser !
CRUCHE.
CRUCHE.
CRUCHE.
CRUCHE.
Pour me venger c’était un plan !… Selon le rite,
Avant tout, sur ce corps jetez de l’eau bénite…
(Les putains prennent toutes l’une après l’autre le goupillon et
aspergent Serrefesse.)
Voyez de Pincecul ce qu’a causé le vit !
Il avait dans ces lieux pénétré cette nuit…
Serrefesse alors fut surprise et violée,
Et, dans la crainte d’être à jamais vérolée,
Malgré qu’il l’ait baisée en capote, à nos yeux
Elle vient de se tuer… Que ce crime odieux
Soit vengé par vos mains comme il demande à l’être !
Mais qui, pour maquereau, voulez-vous reconnaître ?
LES PUTAINS.
PINCECUL.