Et je ne savais rien à dix ans qu’être heureuse ;
Rien, que jeter au ciel ma voix d’oiseau, mes fleurs ;
Rien, durant ma croissance aiguë et douloureuse,
Que plonger dans ses bras mon sommeil ou mes pleurs
Je n’avais rien appris, rien lu que ma prière,
Quand mon sein se gonfla de chants mystérieux ;
J’écoutais Notre-Dame et j’épelais les cieux,
Et la vague harmonie inondait ma paupière ;
Les mots seuls y manquaient ; mais je croyais qu’un jour,
On m’entendrait aimer pour me répondre : amour !
Et ma mère disait : « C’est une maladie ;
Un mélange de jeux, de pleurs, de mélodie ;
C’est le cœur de mon cœur ! Oui, ma fille, plus tard
Vous trouverez l’amour et la vie… autre part. »
Comme le rossignol qui meurt de mélodie,
Souffle sur son enfant sa tendre maladie,
Morte d’aimer, ma mère, à son regard d’adieu,
Me raconta son ame et me souffla son Dieu :
Triste de me quitter, cette mère charmante,
Me léguant à regret la flamme qui tourmente,
Jeune, à son jeune enfant tendit long-temps sa main,
Comme pour le sauver par le même chemin.
Et je restai long-temps, long-temps sans la comprendre,
Et long-temps à pleurer son secret sans l’apprendre ;
À pleurer de sa mort le mystère inconnu,
Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu…
On eût dit à sentir ses faibles battemens,
Une montre cachée où s’arrêtait le temps ;
On eût dit qu’à plaisir il se retint de vivre ;
Comme un enfant dormeur qui n’ouvre pas son livre,
Je ne voulais rien lire à mon sort ; j’attendais,
Et tous les jours levés sur moi, je les perdais.
Par ma ceinture noire à la terre arrêtée,
Ma mère était partie et tout m’avait quittée :
Le monde était trop grand, trop défait, trop désert ;
Une voix seule éteinte en changeait le concert !
Vous dont la lampe est haute et calme sous l’autan ;
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Que ne tourmentent pas deux ailes affaiblies
Pour égarer l’essor de vos mélancolies :
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Si votre livre, au temps porte une confidence,
Vous n’en redoutez pas l’amère pénitence ;
Votre vers pur n’a pas comme un tocsin tremblant ;
Votre muse est sans tache et votre voile est blanc !
Et vous avez au faible une douceur charmante !
J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu.
Veux-tu recommencer la vie ?
Femme ! dont le front va pâlir,
Veux-tu l’enfance, encor suivie
D’anges enfans pour l’embellir ?
Veux-tu les baisers de ta mère,
Échauffant tes jours au berceau ?
— « Quoi, mon doux Éden éphémère :
Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau ! »
Sous la paternelle puissance,
Veux-tu reprendre un calme essor ?
Et dans des parfums d’innocence,
Laisser épanouir ton sort ?
Veux-tu remonter le bel âge,
L’aile au vent comme un jeune oiseau ?
— « Pourvu qu’il dure davantage.
Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau ! »
Veux-tu rapprendre l’ignorance,
Dans un livre à peine entr’ouvert.
Veux-tu ta plus vierge espérance,
Oublieuse aussi de l’hiver :
Tes frais chemins et tes colombes
Les veux-tu jeunes comme toi ?
— « Si mes chemins n’ont plus de tombes,
Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi ! »
Reprends donc de ta destinée,
L’encens, la musique, les fleurs !
Et reviens, d’année en année,
Au temps qui change tout en pleurs :
Va retrouver l’amour, le même !
Lampe orageuse, allume-toi !
— « Retourner au monde où l’on aime…
Ô mon Sauveur ! éteignez-moi ! »
Lampe orageuse, allume-toi !
Je me laisse entraîner où l’on entend des chaînes ;
Je juge avec mes pleurs, j’absous avec mes peines ;
J’élève mon cœur veuf au Dieu des malheureux ;
C’est mon seul droit au ciel, et j’y frappe pour eux !
Ami de la pâle indigence !
Sourire éternel au malheur !
D’une intarissable indulgence,
Aimante et visible chaleur :
Ta flamme, d’orage trempée,
Ne s’éteint jamais sans espoir ;
Toi ! tu ne m’as jamais trompée
Lorsque tu m’as dit, au revoir !
Tu nourris le jeune platane,
Sous ma fenêtre sans rideau,
Et de sa tête diaphane
À mes pleurs tu fais un bandeau :
Par toute la grande Italie,
Où je passe le front baissé,
De toi seul, lorsque tout m’oublie,
Notre abandon est embrassé !
Donne-nous le baiser sublime
Dardé du ciel dans tes rayons,
Phare entre l’abîme et l’abîme
Qui fait qu’aveugles nous voyons !
À travers les monts et les nues
Où l’exil se traîne à genoux,
Dans nos épreuves inconnues,
Âme de feu, plane sur nous !
Oh ! lève-toi pur sur la France
Où m’attendent de chers absens ;
À mon fils, ma jeune espérance,
Rappelle mes yeux caressans !
De son âge éclaire les charmes ;
Et s’il me pleure devant toi,
Astre aimé ! recueille ses larmes,
Pour les faire tomber sur moi !