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C.-P. Arnaud · Romanticismo

Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris — 17

francés

Tu pleures ton généreux frère,

Toi qui lui survis aujourd’hui ;

De ses enfans tu vas être le père ;

Ta jeunesse trouva jadis un père en lui.

Au ciel qui l’a ravi ses filles désolées

Redemandent l’objet de leur affection,

Et de leur cœur soumis la résignation

Verse sur la douleur qui les tient accablées

Le baume consolant de la religion.

Fidèles compagnons de ses nobles travaux,

Il vous rendit heureux, partageant tous vos maux ;

Payez à ses bontés le tribut de vos larmes ;

Pour des cœurs affligés la douleur a ses charmes.

Bientôt la lumière des cieux

Ne paraîtra plus à mes yeux ;

Bientôt quitte envers la nature,

Je vais dans une nuit obscure

Me livrer pour jamais aux douceurs du sommeil.

Je ne me verrai plus, par un triste réveil,

Condamnée à sentir les troubles de la vie.

Mortels, qui commencez ici-bas votre cours,

Je ne vous porte point d’envie,

Votre sort ne vaut pas le dernier de mes jours.

Frappe, seconde mon envie,

Viens favorable mort, viens briser les liens

Qui, malgré moi, m’attachent à la vie.

Ne point souffrir est le plus grand des biens.

La mort a fermé ta paupière,

Aimable enfant, tes jours me sont ravis !

Je souriais à peine au nom de père,

Déjà la tombe avide a dévoré mon fils.

Ainsi la fragile nacelle,

Voguant à la clarté de l’astre de la nuit,

Paisible, fend le sein d’une mer infidèle ;

Bientôt l’onde bouillonne, et s’irrite et mugit,

L’aquillon gronde, elle chancelle,

Disparaît, lutte encor…l’abîme l’engloutit :

Ah ! J’aurais dû pleurer sur ta naissance,

Oh ! mon fils ! le jour même où par ton premier cri,

Mon cœur trop tendre, hélas ! fut averti,

D’un nouveau sentiment et d’une autre existence.

Autour de ton berceau doucement agité,

J’aurais dû voir la dure adversité,

La fièvre au pas brûlant, la douleur ennemie,

Cortège de l’humanité,

Frappant aux portes de ta vie.

Mais non ; dans l’avenir pour mon âme embelli.

Tout me riait, tout me flattait d’avance ;

De mes vieux ans mon fils était l’ami,

De ses succès j’étais enorgueilli,

J’élevais sur son nom ma superbe espérance.

Destin cruel ! impitoyables dieux !

Vous vous jouez ainsi de notre attente !

Ainsi l’homme par vous abusé dans ses vœux,

Croit lire vos bienfaits sur l’arène mouvante,

Que disperse un vent orageux.

Quoi ? c’en est fait ; grâce aimable et naïve,

Bras caressans vers les miens étendus,

Souris charmans, gaité touchante et vive,

Traits adorés, je ne vous verrai plus !

Ah ! cette idée est pour moi trop affreuse !

En vain j’espère en adoucir l’horreur :

De mon fils expirant, l’image douloureuse,

Revient à chaque instant se placer sur mon cœur.

Le ciel veut que je te survive,

Cher enfant ; mais jamais, jamais je n’oublierai

L’heure fatale où mon œil égaré,

Suivait dans tes regards ton âme fugitive.

Je donnerai toujours des larmes à ton sort :

Toujours j’aurai présent le moment de ta mort,

Où ta langue déjà captive,

En sons plaintifs me demandait encor…

Mais où vont s’égarer mes souvenirs stériles ?

De tes rapides ans lorsque j’ai vu la fin,

Loin de m’abandonner à des pleurs inutiles,

Je dois de ton trépas rendre grâce au destin,

Forcé de renoncer au doux titre de père,

Du moins dans tes beaux jours par la douleur flétris,

Tu n’auras point à regretter un fils,

Tu n’auras point à consoler sa mère.

 Par. VIGÉE.

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Autor
C.-P. Arnaud
Título
Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris — 17
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-recueil-de-tombeaux-des-quatre-cimetieres-de-par--c-p-arnaud-935f90
Cita recomendada
C.-P. Arnaud, «Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris — 17», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-recueil-de-tombeaux-des-quatre-cimetieres-de-par--c-p-arnaud-935f90.html

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