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PoetósferaLa BibliotecaAugustine-Malvina Blanchecotte

Augustine-Malvina Blanchecotte · Modernismo

Quatre chants

francés

Comme une sombre histoire encor douce & chérie

Laisse nos deux noms sommeiller !

Du mal d’avoir aimé je ne suis point guérie :

Je ne veux point me réveiller !

Prends garde à ton regard qui peut rouvrir ma peine :

Je veux t’oublier, si je puis !

Mais pour que cet oubli difficile me vienne,

Oh ! fuis-moi comme je te fuis !

Ne nous revoyons pas ! Au son d’une parole

Le passé peut se ranimer !

J’ai peur de moi, j’ai peur que ma fierté s’envole :

Je t’aime, & ne veux plus t’aimer !

Ne la rattache pas, puisque tu l’as brisée,

Notre chaîne aux anneaux d’amour !

Je ne veux plus souffrir, j’ai ma force épuisée :

Je souffrirais de ton retour !

Je te craindrais encor ; je suis toujours sans armes

Contre le souvenir vainqueur !

Tu peux tout contre moi qui n’ai plus que mes larmes :

Ne t’amuse plus de mon cœur !

Pour toi, pour un rayon de sourire infidèle,

Pour te venir quand tu dis : Viens !

Je braverais la mort, car ta puissance est telle

Que je te fuis & t’appartiens !

Plus de ces jeux, va-t’en ! Que notre adieu subsiste !

Tu ne peux m’aimer, laisse-moi !

Sans rien recommencer de notre passé triste,

Je veux me souvenir de toi !

C’était dans la saison des roses,

Avril éblouissait ton cœur ;

Le ciel répandait sa couleur

Sur tes ailes fraîches écloses :

C’était dans la saison des roses !

Ton âme était ivre d’aimer !

Plus belle que les plus beaux rêves,

Ta vie aux débordantes séves,

Toute neuve, allait s’enflammer :

Ton âme était ivre d’aimer !

Moi, c’était ma saison d’automne ;

L’âpre bise sifflait toujours ;

Et rapides tombaient mes jours

Comme la feuille tourbillonne :

Moi, c’était ma saison d’automne !

Ma gerbe était faite ici-bas,

Ma route presque terminée ;

Et, lasse au bout de ma journée,

J’allais & ne t’écoutais pas :

Ma gerbe était faite ici-bas !

J’avais eu ma récolte pleine,

Ce qu’à son pâle genre humain

Dieu jette le long du chemin :

Peu de joie & beaucoup de peine !

J’avais eu ma récolte pleine !

Non ! tu n’as pas fini d’aimer,

Ton âme est encor toute verte :

Un mot suffit pour rallumer

La flamme seulement couverte.

Non ! tu n’as pas fini d’aimer,

Ta chanson d’avril dure encore :

Ta jeune voix sait ranimer

Nos douces visions d’aurore !

Non ! tu n’as pas fini d’aimer !

Les songes d’or que tu parsèmes

N’ont pu dans toi se refermer :

Ils t’enivrent, toujours les mêmes !

Tu n’auras pas fini d’aimer

Tant que tes yeux, pleins d’étincelles,

Pourront sourire ou s’alarmer

Et que ton rêve aura des ailes !

Au bruit de la mer & le long des brumes,

J’ai porté bien lourd mon chagrin dernier ;

Et les flots houleux aux blanches écumes

Ont roulé ma plainte avec leur gravier.

Au bruit de la mer, sur le bord des grèves,

J’ai suivi le vol des oiseaux pêcheurs ;

Et les goëlands au pays des rêves

Ont sur leur grande aile emporté mes pleurs.

Au bruit de la mer, quand passait la brise

Sur le rayon pur d’un matin de mai,

J’ai dit à mon cœur, qui toujours se brise :

Sois enfin dompté ! sois enfin calmé !

Au bruit de la mer, quand le vent d’automne

Tord comme un roseau les mâts en péril,

Et qu’à travers cieux la foudre au loin tonne,

J’ai dit : Tout est bien ! Paix ! Ainsi soit-il !

Et la mer sereine & la mer sévère

M’ont dit : Il faut bien à Dieu laisser faire !

Le voyage est prompt, le supplice est court :

Souffrir & mourir ne sont que d’un jour !

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Por su autor
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Dónde vive
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Expediente

Autor
Augustine-Malvina Blanchecotte
Título
Quatre chants
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-quatre-chants--augustine-malvina-blanchecot-5e0d89
Cita recomendada
Augustine-Malvina Blanchecotte, «Quatre chants», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-quatre-chants--augustine-malvina-blanchecot-5e0d89.html

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