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PoetósferaLa BibliotecaCharles Hubert Lavollée

Charles Hubert Lavollée · Modernismo

Poésie - Un cycle élegiaque

francés

En baisant ce clavier, qui maintenant sommeille,

Ma bouche a recueilli comme un dernier soupir ;

J’ai vu dans une coupe une rose vermeille

Qui, lorsque tu partis, achevait de s’ouvrir.

Châtelaine aux yeux bleus, tes lois pesaient à peine

Sur ce petit royaume aujourd’hui désolé :

Je rencontre partout, charmante souveraine,

Un navrant souvenir du bonheur envolé.

Mais il me semble aussi que dans les salles vides

Passe un esprit d’amour qui me parle tout bas, —

Que ces fleurs, que ces bois, que ces ondes limpides

Murmurent un secret que je ne comprends pas.

Ah ! s’il m’était donné de sonder le mystère,

Que ton âme a laissé, chère femme, en ces lieux,

Un rayon de soleil luirait sur ma misère —

Peut-être, et de doux pleurs couleraient de mes yeux ?

Ah ! si ce testament, si cette confidence

Qui flotte sur les eaux et dans l’air embaumé,

C’était, ô noble enfant, la céleste assurance

Que ton cœur me pardonne et que je suis aimé !…

II

RETOUR VERS LE PASSÉ.

Souvent, lorsque la nuit, si tiède en ces contrées,

M’apporte des jardins, des treilles empourprées,

Les ivresses du sud et les parfums amers,

Lorsque la lune étreint les blanches colonnades,

Que le balcon s’éveille au chant des sérénades,

Et qu’un soupir d’amour gonfle le sein des mers ;

Lorsque de mes amis la verve intarissable

Près de moi coule à flots, quand brillent sur la table

L’or pur et les rubis des vins délicieux,

Je me tais, je me perds en quelque rêverie,

Et j’ai peine, en songeant à ma douce patrie,

À retenir les pleurs qui roulent dans mes yeux.

Je sens que je suis né pour des bonheurs plus graves,

Pour des cieux moins profonds, plus voilés, plus suaves,

Que je suis las enfin de cet enivrement,

Et que je donnerais ces brises odorantes,

Ces rayons, ces concerts, ces voluptés ardentes,

Pour une nuit brumeuse en pays allemand…

Que de fois, en automne, au bruit de la rafale,

J’ai longé tes arceaux, ma noble cathédrale,

Foulant l’herbe des morts à ton ombre étendus !

Les cloches palpitaient, par le vent caressées,

Et les tombes semblaient, autour de moi pressées,

Exhaler des sanglots et des cris inconnus.

Au bout du cimetière, à l’abri des grands ormes,

Vénérables gardiens de ses charmantes formes,

S’offrait une maison, débris du bon vieux temps,.

Un de ces fins joyaux adorés de l’artiste,

Et que nous détruisons en ce siècle si triste ! —

J’entrais : mon cœur battait ! C’est que j’avais vingt ans ;

C’est qu’alors accourait, vive, rapide, ailée,

La reine du logis, ma svelte bien-aimée…

(O gracieuse image ! ô divin souvenir !),

Mes lèvres se posaient sur ses lèvres chéries :

Nous allions à travers les sombres galeries,

Parlant de l’idéal et du ciel à venir !

III

RÉSURRECTION.

Si la mort vous a pris l’être que vous aimiez,

Allez porter son deuil au sein de la nature,

Dans les bois, sur la mer et le long des sentiers

Que l’homme a délaissés, où renaît la verdure.

Là de vos souvenirs les plus doux, les premiers

Feront couler vos pleurs comme une source pure ;

Vous verrez se lever une chaste figure

Qui vous dira ces mots que tous deux vous disiez.

Il ressuscitera dans votre âme immortelle,

Votre mort adoré, plus charmant, — plus fidèle,

Car vous l’aurez sans cesse avec vous désormais !

Si le cœur a son temps de sommeil et de trêve,

Il a son jour de Pâque où la pierre se lève :

Ce qu’on aime toujours, on ne le perd jamais !

I

DEUX AMOURS, — DEUX REGRETS.

Sur la tombe d’hier l’amante vient prier,

Et de ses douces mains y plante un peuplier :

« Croîs, dit-elle, arbre flexible,

Va toucher l’étoile d’or !

Vers mon amant invisible

Monte, monte, monte encor !

« Que chaque rameau se lève

Comme mes bras et mes yeux !

Porte en haut toute ta sève !

Que ta cime avec mon rêve

Se dérobe dans les cieux !

« Peuplier, tu seras sur ce tertre que j’aime

Des regrets de mon cœur le plus fidèle emblème. »

Sur la tombe d’hier, l’amant s’est prosterné,

Pour y planter un saule au feuillage incliné :

« Penche-toi, dit-il, et pleure

Sur ma maîtresse aux yeux bleus,

Arbre de deuil ! A toute heure

Suis mon amour, suis mes vœux !

« Que ta chevelure touche

Enfin le terrain sacré

Et vienne, ainsi que ma bouche,

Caresser la froide couche

Où dort mon ange adoré !

« O saule, tu seras sur ce tertre que j’aime

Des regrets de mon cœur le plus fidèle emblème ! »

II

PLEURS D’HOMME.

Souviens-toi, chère enfant, que tu m’as vu pleurer !

Une larme de femme est comme la rosée

Qui se forme aisément et ne saurait durer,

À tous les vents du ciel librement exposée ;

Parure toutefois qui doucement reluit

Au sein des belles fleurs qu’elle embellit encore :

Blanches perles tombant du manteau de la nuit,

Ou rubis détachés des cheveux de l’Aurore.

Mais une larme d’homme est comme la liqueur

Du pin des hauts pays ; c’est la résine ardente.

Pour trouver la résine on doit percer le cœur

Où la noble substance en secret s’alimente ;

Dans l’écorce de l’arbre il faut plonger le fer ;

Mais, quand l’entaille est faite et la route aplanie,

La brillante liqueur jaillit comme un flot clair :

C’est l’or en fusion, c’est le sang, c’est la vie !

L’arbre souffre ; pourtant il ne veut pas mourir :

Il arrête son sang et revit dans sa force,

Songeant aux voluptés des printemps à venir…

Mais la blessure est là, béante dans l’écorce !

O jeune fille, pense à cet arbre blessé !

Ce penser, bien que triste, a cependant des charmes ;

Pense aussi, jeune fille, au pauvre délaissé

Qu’un jour tu vis pleurer, mon ange, à chaudes larmes !

III

A TOI SEULE !

Je pourrais à tous montrer ma blessure

Sans l’envenimer et sans l’aviver,

Et ce n’est qu’à toi, chère créature,

Qu’il faudrait cacher mon cœur, ma torture :

Tu tiens le poignard qui peut m’achever !

Je devrais cacher à l’indifférence

Le mal qui me brûle et me fait mourir,

Et ce n’est qu’à toi, vivante espérance,

Qu’il faudrait montrer mon cœur, ma souffrance :

Toi seule ici-bas me pourrais guérir !

I

LA MER NOIRE.

Des monts bordent la mer et lui versent leur ombre,

Ces monts sont couronnés par des sapins sans nombre.

Le ciel gris se confond avec la nuit des eaux ;

Le vent ne chante plus au milieu des roseaux.

Ce paysage est triste, et l’âme dévastée,

Comme dans un miroir, s’y trouve reflétée.

Ces bois et ces rochers, ces roseaux et ce ciel

Disent : « Homme altéré du repos éternel,

Voyageur fatigué, ne quitte point ces grèves

Sans avoir englouti dans l’océan tes rêves ! »

Eh bien ! plus d’espérance ! — O décevant soleil !

Fantôme échevelé de mes nuits sans sommeil !

Amour ! tu m’as blessé : la blessure est profonde,

Mais j’ai la force encor de te plonger dans l’onde.

Je serai libre enfin, et, te voyant mourir,

Je me réjouirai : tu m’as tant fait souffrir !…

Voici venir la brise, enivrante caresse :

Qu’il est doux, le soupir de cette enchanteresse !

De l’abîme des eaux un appel a monté ;

Les bois ont répondu : Volupté ! Volupté ! .

J’entends frémir ton voile, ô nature charmante !

C’est bien le bruit que fait le voile d’une amante.

Veux-tu donc de nouveau me séduire, ô Circé,

Et me tromper encore après m’avoir bercé ?…

Mais non, c’est la tempête, et l’éclair qui s’allume

Sillonne en traits de feu la mer blanche d’écume.

Ces serpens lumineux déchirant le ciel noir,

Ce sont les souvenirs qui brillent vers le soir.

Ils me disent : « O fou, connais donc ta démence !

Tu peux bien, sans mourir, noyer ton espérance ;

« Mais, si c’est ton amour qu’il faut noyer, alors

Tu n’as qu’un seul moyen, c’est de noyer ton corps ! »

II

BLESSÉ AU COEUR !

Je porte en ma poitrine une large blessure ;

Je l’ai voulu guérir, oublier, mais en vain !

Elle ronge mon cœur, et je laisse à mesure

Des lambeaux de ma vie aux buissons du chemin.

Ma mère comprendrait mon horrible chagrin,

Elle qui m’a porté neuf mois sous sa ceinture,

Et m’a donné son lait et son âme en pâture !…

Connaissez-vous la tombe où fleurit un jasmin ?

O mère, prends pitié du mal qui me dévore !

Si dans l’éternité ton amour veille encore,

Et si l’on te permet encore un souvenir,

Ah ! viens me délivrer de cette affreuse vie

Et terminer enfin cette lente agonie !

Ma fatigue est bien grande, et je voudrais dormir !

III

FINI !

Toute joie est une colombe,

Et le vautour plane au-dessus ;

Tous mes amis sont dans la tombe,

Et tous mes espoirs sont déçus.

La mort s’est fait une pâture

De mes félicités ; je crois

Qu’au grand conseil de la nature

Le cœur humain n’a point de voix.

J’ai dit à l’arbre à bout de sève :

« Jette au vent tes dernières fleurs ! »

Et j’ai noyé mon dernier rêve,

Sans trembler, dans mes derniers pleurs.

IV

LA CROIX.

J’aperçois une croix, mais non la grande image !

Il semble que le vent, qui déchaîne sa rage

Et fait tourbillonner les feuilles jusqu’au ciel ;

Ait arraché le Christ de son arbre immortel !

Dois-je prendre l’horreur en ces bois répandue

Et de ses mille traits former une statue ?

O Nature, faut-il concentrer ta douleur

Et la clouer en croix au lieu de mon Sauveur ?

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Autor
Charles Hubert Lavollée
Título
Poésie - Un cycle élegiaque
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-poesie-un-cycle-elegiaque--charles-hubert-lavollee-9f6b51
Cita recomendada
Charles Hubert Lavollée, «Poésie - Un cycle élegiaque», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-poesie-un-cycle-elegiaque--charles-hubert-lavollee-9f6b51.html

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