I.
Et dans les cheveux blonds parfois apparaissant
Un fin bijou d’or pâle, un petit diadème
(De son pouvoir sans doute allégorique emblème),
Comme un lever de lune à son premier croissant.
II.
Quand elle s’échappa de son bain, ruisselante,
Les cheveux dénoués, au déclin du soleil,
L’astre l’enveloppa d’un chaud rayon vermeil,
Et sur la chair de nacre essuya l’eau perlante.
Heureuse de son bain, la blonde rattacha
Sa robe et son échappe, et vite rhabillée,
En voyant à son arc une corde mouillée,
D’un geste impatient et brusque l’arracha.
Quand l’arc fut bien tendu par une corde sèche,
Une biche passait en travers du chemin.
La femme en souriant, pour se faire la main.
Lança comme au hasard une première flèche,
Qui, décrivant sa courbe assez haute en sifflant,
Arrêta court la biche, une bête superbe.
Abattue en laissant un flot rouge dans l’herbe,
Et râlant sous la flèche attachée à son flanc.
III.
Elle, regardant l’homme en face, répondit,
Très calme : « Bien à tort ici j’étais venue,
Puisque tu ne m’as point dès l’abord reconnue,
Diane... N’es-tu pas saint Hubert? — Tu l’as dit. —
— Certes je m’attendais à plus de courtoisie
De ta part... je pensais qu’on était moins brutal
Quand on vit à la cour de Pépin d’Héristal...
— Pardon, je vous croyais, dans vos forêts d’Asie,
Morte depuis longtemps... et, je ne sais pourquoi,
J’avais cru voir en vous une reine burgonde...
Jamais ciel n’éclaira plus merveilleuse blonde.
Je tombe à vos genoux divins... Pardonnez-moi.
Daignez clairement lire au fond de ma pensée.
Je veux dire à la vie un éternel adieu...
Humblement saint Hubert lui tendit son épieu,
Tournant la pointe au cœur : « Frappez, reine offensée ! »
Elle hésita d’abord... A voir ces beaux yeux francs
Arrêtés sur les siens, ses sourcils se froncèrent...
Puis le courroux tomba... ses regards se baissèrent
Devant le fier chasseur de la tribu des Francs.
Saint Hubert était fils du grand duc d’Aquitaine...
A l’heure solennelle où le jour disparaît,
Diane et lui rentraient tous deux dans la forêt.
Gravement, lui très humble, elle un peu moins hautaine.
Et les suivant de loin, mais sans bruit, ce soir-là,
En se parlant tout bas, les deux meutes mêlées
Perdirent leur chemin par de sombres allées,
Car le dernier croissant de lune se voila.