FEMMES
Puisque le même crime a rendu solidaires
Marthe qui vit le Christ, Psyché qu’Éros aima,
Celles qui n’ont aux doigts que les grains des rosaires
Ou les brillans anneaux que l’amour enflamma,
Les recluses en Dieu, saintes désenchantées,
Glissant au petit jour en l’ombre des arceaux,
Les mères, s’endormant au rebord des berceaux,
Les folles que leur lampe éteinte a déroutées.
PORTRAIT D’UNE FEMME INCONNUE
CHUTE DU JOUR
Je crains le cor aussi, répondant à l’automne
Dans les vastes forêts que sa plainte remplit ;
Sous les pas des chevaux la feuille tourbillonne,
Et dans le soir tombant résonne l’hallali.
Et sans voir le clocher, je redoute la cloche ;
Quel espoir a sonné plus haut que son métal
Mêlé d’un argent clair parmi le fer rival,
Battement mesuré qui s’éloigne et s’approche ?
Défendez-moi de l’air par l’oiseau fait de cris,
De l’eau brisant l’écluse en colère sonore,
Musique d’élémens où j’ai si bien compris
Ce qui souffre au couchant et se plaint à l’aurore,
Tout rythme est un départ vers d’inconnus lointains,
Toute corde un tremplin vibrant à la pensée,
Des vagues et des sons les contours incertains
S’élargissent pareils sur la mer angoissée.
Mieux vaut ne rien entendre à qui n’offre jamais
Sa vie à la chimère ailée et triomphante,
Qui supprime l’espace et cherche les sommets,
Et peut forcer l’azur de ce ciel qui nous hante.
CHANTELOUP
Un grand ciel se déploie entre les arbres roux.
La forêt, du passé, garde dans ses murmures
Le nom de ce qui fut un siècle, Chanteloup ;
Un peu de gloire, un peu de faste en ses ramures.
Et dans ses carrefours : celui du Grand Veneur,
La route de Penthièvre avec celle du Maître,
Le souvenir des sons de trompes, en l’honneur
Des Choiseul, s’élevant sous le chêne et le hêtre.
L’aveugle étang sans rien qu’il baigne ou qu’il reflète
N’est qu’une immense coupe aux multiples roseaux.
Autrefois il a vu plus d’une belle fête
Et des barques rayant le cristal de ses eaux.
Des barques débordant de chatoyantes soies,
De rameurs d’Opéra, de femmes en atours,
De musiques aussi, chantant les courtes joies,
Les dépits sourians des légères amours ;
Des marches, tout au bord, descendent vers la terre,
Où cette eau se perdit, détruisant son miroir
Et le passant rêveur, en l’éclat d’un beau soir
Songe aux Embarquemens, les derniers, pour Cythère.