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PoetósferaLa BibliotecaÉdouard Pailleron

Édouard Pailleron · Modernismo

Petits Poèmes — 06

francés

Je passais, — j’entendis de la route poudreuse

Que derrière le mur on riait aux éclats,

Et je poussai la porte. — A travers les lilas,

Voici ce que je vis dans la maison heureuse :

Un tout petit enfant essayait au jardin,

Au doux enchantement de sa mère ravie,

Dans le parterre en fleur et sur le gazon fin,

Ses pas, les premiers pas qu’il eût faits de sa vie.

Cher amour ! il allait tout tremblant, il allait,

Avançant au hasard son pied mignon et frêle,

Hésitant et penché, si faible qu’il semblait

Que le papillon dût le renverser de l’aile.

Impatient pourtant, égratignant le sol

De son pas inquiet, avec l’ardeur étrange

Et les trémoussemens d’oiseau qui prend son vol…

Dans les petits enfans il reste encor de l’ange.

Et lui, se pâmant d’aise à ce monde inconnu,

Suivait l’oiseau qui vole ou parlait à la rose,

Et tout en gazouillant quelque charmante chose

Ouvrait toujours plus grand son grand œil ingénu.

Et l’on voyait alors les splendeurs de l’espace

Et les candeurs du ciel et les gaîtés de l’air,

Et luire ce qui luit et passer ce qui passe

Dans le tout petit ciel de cet œil pur et clair.

Parfois il s’arrêtait, tournait un peu la tête

Vers sa mère orgueilleuse et toute à l’admirer,

Et repartait avec de grands rires de fête,

Ces rires si joyeux qu’ils vous en font pleurer.

Oh ! la mère, elle était à ne pouvoir décrire

Avec son geste avide, anxieux, étonné,

Et de tout son amour couvant son nouveau-né

Et marchant de son pas et riant de son rire.

Elle tenait ses bras étendus vers l’enfant

Ainsi qu’on tend les bras vers le fruit que l’on cueille,

Le défendant de mal comme un rosier défend

Le bouton de sa rose avec ses mains de feuille.

Elle suivait ainsi, courbée et pas à pas,

Regardant par instant, dans un muet délire,

Un homme assis plus loin et qui feignait de lire

Et souriait, croyant qu’on ne le voyait pas.

Peut-être le mari, mais sans doute le père,

Qui tâchait de porter l’ivresse dignement,

Et dont les doux regards allaient furtivement

De la mère à l’enfant, de l’enfant à la mère.

Et par ce beau soleil flottait sur tout cela

Je ne sais quoi d’ému que le printemps apporte ;

J’entendis le bonheur murmurer : « Je suis là…

Et je sortis rêveur — en fermant bien la porte.

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Dónde vive
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Autor
Édouard Pailleron
Título
Petits Poèmes — 06
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-petits-poemes-06--edouard-pailleron-342ff4
Cita recomendada
Édouard Pailleron, «Petits Poèmes — 06», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-petits-poemes-06--edouard-pailleron-342ff4.html

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