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André Theuriet · Modernismo

Odes et Chansons — 01

francés

Le jour commence à peine à blanchir les collines,

La plaine est grise encor ;

Au long des prés bordés de sureaux et d’épines

Le soleil aux traits d’or

N’a pas encor changé la brume en perles fines,

Et déjà, secouant dans les sillons de blé

Tes ailes engourdies,

Alouette, tu pars, le gosier tout gonflé

De jeunes mélodies,

Et tu vas saluer le jour renouvelé.

Dans l’air te balançant, tu montes et tu chantes,

Et tu montes toujours ;

Le soleil luit, les eaux frissonnent blanchissantes ;

Il semble qu’aux entours

Ton chant ajoute encor des clartés plus puissantes.

Plus haut, toujours plus haut, dans le bleu calme et pur

Tu fuis allègre et libre ;

Tu n’es plus pour mes yeux déjà qu’un point obscur,

Mais toujours ta voix vibre ;

On dirait la chanson lointaine de l’azur.

Ô charme aérien !… Alouette, alouette,

Est-ce du souffle heureux

Qui remue en avril les fleurs de violette,

Ou du rhythme amoureux

Des mondes étoilés, que ta musique est faite ?

Pour qui l’écoute, un jour de réveil printanier,

Lorsque la feuille pousse,

Elle a de ces accens qu’on ne peut oublier :

Moins exquise et moins douce

Est la framboise mûre aux marges du sentier,

Moins vive l’eau jaillit dans la roche creusée

Où le martin-pêcheur

Baigne l’extrémité de son aile irisée,

Moins fine est la senteur

De la reine-des-prés, moins fraîche est la rosée.

Tout s’éveille à ta voix : le rude laboureur

Qui pousse sa charrue,

Le vieux berger courbé qui traverse rêveur

La grande friche nue,

Se sentent rajeunis et retrouvent du cœur.

Sur tes ailes, tu prends les larmes de la terre

À chaque aube du jour,

Et des hauteurs du ciel, par un joyeux mystère,

Tu nous rends en retour

Des perles de gaîté pleuvant dans la lumière.

Par le doute ébranlé, je suis venu souvent

Errer seul dans la plaine ;

Ma volonté pliait, et comme une herbe au vent

Flottait mon âme en peine…

Tout à coup sur les blés tu planais en chantant ;

Tu chantais, alouette, et la mélancolie

S’enfuyait de mon cœur,

Et, de sérénité l’âme toute remplie,

Je retournais sans peur

Tremper ma lèvre encore aux coupes de la vie.

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Expediente

Autor
André Theuriet
Título
Odes et Chansons — 01
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-odes-et-chansons-01--andre-theuriet-805369
Cita recomendada
André Theuriet, «Odes et Chansons — 01», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-odes-et-chansons-01--andre-theuriet-805369.html

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