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PoetósferaLa BibliotecaAugusta Holmès

Augusta Holmès · Modernismo

Ode triomphale en l’honneur du centenaire de 1789

francés

Evohé ! Soleil ! Evohé !

La vigne a fleuri !

La grappe a mûri !

Dans les cuves, le vin bouillonne !

Ce soir, vignerons,

Nous reposerons,

Car le vin rougeoie et rayonne.

C’est le vin joyeux

Le vin des aïeux,

Qui rend la vie et l’espérance,

C’est le vin pur et glorieux,

Evohé ! C’est le vin de France !

Evohé ! Soleil ! Evohé !

Le baiser vermeil

De l’ardent soleil

A gonflé les épis superbes,

Et, toujours, encor,

En lourds monceaux d’or

S’entasse la gloire des gerbes.

Soleil ! Evohé !

C’est le pain sacré

Que nous tirons des blondes plaines,

Que les bœufs dorment dans le pré,

Moissonneurs, les granges sont pleines !

Ce vin, c’est le sang

Chaud et rubescent

De la terre qui nous fit naître !

Ce pain, c’est la chair

Du sol trois fois cher,

Que le soc déchire et pénètre !

Forts et rénovés

Mangez et buvez,

Fils du Rire et de la Vaillance,

Le pain et le vin

Sans qui tout est vain,

La chair et le sang de la France !

L’arme au bras, l’épée au côté,

Le front haut, le cœur sans colère,

Nous en qui la Patrie espère,

Nous attendons sa volonté.

À l’heure où, d’une voix sonore,

Le Coq de guerre chantera,

Le Maître de la nuit fuira

Devant les soldats de l’Aurore !

Et nous célébrerons ton nom,

France, ô mère des épopées,

Au cliquetis clair des épées,

Aux rugissements du canon.

Entends-nous ! Notre âme te crie :

« Nous voulons mourir en t’aimant ! »

Car c’est vivre immortellement

Que de mourir pour la Patrie !

Sur les flots gris de l’Océan sans bornes,

Sous les vents ruisselants,

Depuis les mers aux rivages brûlants

Jusqu’aux neiges mornes

Où veillent les Nornes,

Voguent nos vaisseaux aux beaux flancs !

La vague est terrible et profonde ;

L’éclair brille et la foudre gronde…

Mais dans le danger

Pour nous protéger

Nous t’invoquons, France la blonde !

Et nous semons, vermeilles fleurs,

Les pavillons aux trois couleurs

Aux pays lointains où nous mène l’onde !

À toi, la conquête féconde !

À toi, l’or et la perle ronde !

Qu’importent les morts

Si, par nos efforts,

La France obtient les richesses du Monde !

Tope, frère et dis-moi ton nom !

Je suis enfant de Salomon.

Dites vos noms qu’on les redise

Enfant de Jacque et de Soubise.

À qui dois-je donner mon cœur ?

À ton frère, le travailleur.

À qui dois-je donner mon âme ?

À ton pays qui la réclame.

À quoi dois-je employer mes bras ?

Le Temple tu reconstruiras !

Avec la pioche et la truelle,

Avec l’équerre et le compas,

Cimente, égalise et nivelle

Compagnon, ne t’arrête pas !

Construis le Temple de justice,

Le cœur tranquille et plein de foi ;

Il faut que l’ordre s’accomplisse :

Frère ! l’Avenir est à toi !

Avec le levier et l’équerre

Et la truelle et le compas

Construis le Temple de Lumière ;

Ô sauveur, ne t’arrête pas !

Peuple, lève les yeux vers la Lyre immortelle !

Regarde ! c’est elle

Qui dit à l’univers ta gloire et tes travaux ;

Écoute avec ferveur et plein d’un saint délire

La voix auguste de la Lyre

Qui t’appelle en chantant à des destins nouveaux !

Vois les pinceaux trempés dans l’azur et l’aurore

Où rayonne encore,

Malgré le temps cruel, le prisme aux sept couleurs ;

Le maillet, le ciseau qui, dans le cœur des arbres,

Sur l’onyx, le bronze et les marbres,

Ont gravé pour toujours ta joie et tes douleurs !

Ô peuple, sois doux au Génie

Qui, par l’image ou l’harmonie,

Enseigne le divin à ton humanité !

Si l’Art ne t’aide point, tu bâtis sur le sable ;

Et le plus pur renom est encor périssable

Si nous ne l’avons pas chanté !

Du fond de l’Océan jusqu’au delà des astres,

Nous avons frayé le chemin,

Qu’oublieux de la mort, des guerres, des désastres,

Tu graviras, ô genre humain !

Nous avons déchiré les voiles de mystère

Dont se couvrait la Vérité :

Le feu dévorateur, l’onde, l’air et la terre

Sont soumis à ta volonté.

Nous avons arraché de leur ciel illusoire

Les faux dieux à l’homme pareils ;

Et la vie a jailli de l’immensité noire

En myriades de soleils !

Homme, debout ! Bientôt l’Aurore va paraître

Du jour sans fin et sans milieu ;

Marche ! et perçois en toi l’Esprit, le Verbe et l’Être,

Homme, qui par nous, seras dieu !

Vers Elles !

Amour, conduis-nous en battant des ailes !

Vers Elles !

Les blondes, les blanches, les belles…

Plus loin, là-bas, plus loin encor

Vers Elles !

Vers les vierges aux cheveux d’or !

Je rêve

Qu’un soleil très doux à mes yeux se lève…

Je rêve

Qu’une voix m’appelle sans trève…

Je rêve d’un regard vainqueur…

Je rêve

Que l’Amour m’a blessée au cœur !

Succombe !

Le vautour divin a pris la colombe.

Succombe

À l’amour plus fort que la tombe.

Livre ton âme, ouvre tes bras,

Succombe

À l’amour par qui tu vivras !

Avec ces tendres roses blanches

Prends ma pure fidélité.

Avec ces glorieuses branches

Reçois ma force et ma fierté.

Je jure de donner mon âme

À celui qui reçut ma foi !

Je jure une éternelle flamme,

Et pour toujours je suis à toi !

Je t’aime !

Et te donnerai ma vie elle-même !

Je t’aime !

Ô lever d’aurore ! Ô poème !

Ô roses du premier baiser !

Je t’aime

D’un amour qu’on ne peut briser.

Nous venons saluer notre mère chérie

Avec de très belles chansons,

Que répétaient dans la prairie

Les merles bleus et les pinsons

Et tous les oiseaux des buissons

Le rossignol chantait : « La France est éternelle ! »

L’alouette a crié : « Sa Gloire va fleurir ! »

La mésange disait : « Il faut vivre pour elle ! »

Le moineau gazouillait : « Pour elle, il faut mourir ! »

Nous avons enchaîné les méchantes panthères

Et les tigres, avec des fleurs ;

Car les oiseaux ont dit : « Tous les hommes sont frères ;

Plus de guerres !

Assez de pleurs ! »

Nous avons apporté les cruelles épées

Bien enveloppées

De houblons et de pampres verts ;

Les oiseaux nous ont fait entendre

Que notre mère est tendre

Et qu’elle renverra la haine et les hivers !

Accueille-nous, mère chérie,

Nous avons des fleurs plein les mains :

Toutes les roses des chemins,

Tous les bluets de la prairie

Et l’avenir de la patrie !

À travers les cités et les sombres forêts

Ont retenti des cris funèbres.

Le soleil s’est éteint ! Un voile de ténèbres

Répand le deuil sur nos apprêts !

Apparais, déesse, apparais !

Apparais et console, apparais et délivre !

L’espoir de ta présence auguste nous enivre,

Et notre cœur est plein de tes nobles attraits !

Toi qui protèges notre mère,

Apparais, déesse, apparais !

Toi qui vaincras la haine amère,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, par qui l’ignorance expire,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, que chante la grande Lyre,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, la juste libératrice,

Apparais, déesse, apparais !

Toi qui veux que le mal périsse,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, pour qui s’enfle notre voile,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, notre égide et notre étoile,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, que la fleur des blés couronne,

Apparais, déesse, apparais !

Toi, pour qui la vigne fleuronne,

Apparais, déesse, apparais !

Viens ! approche ! Sois là ! Surgis dans la lumière !

Ton peuple t’invoque à genoux !

Ô terrible, ô clémente, ô triomphante, ô fière,

Ô République, apparais-nous !

Ô peuple, me voici ! du haut de l’Empyrée

Où je règle à jamais tes destins glorieux,

Je viens à ton appel, et, de flamme entourée,

J’apparais à tes yeux.

Gloire à toi, Liberté sacrée,

Déesse qui vainquis les dieux !

Venez à moi, vous qui souffrez pour la justice !

Pauvres, déshérités, martyrs, suivez ma loi ;

Il faut que le clairon terrible retentisse…

La Justice, c’est moi !

Ô guerrière, ô libératrice,

Ô rédemptrice, gloire à toi !

Accourez à ma voix des confins de la terre,

Mortels affamés d’équité !

J’élève sur vos fronts l’olivier salutaire,

Symbole de concorde et de fraternité.

À la source de vérité

Que l’homme délivré du mal se désaltère ;

Car la nuit est vaincue et le monde s’éclaire

Au soleil de la Liberté !

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Autor
Augusta Holmès
Título
Ode triomphale en l’honneur du centenaire de 1789
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-ode-triomphale-en-lhonneur-du-centenaire-de-1789--augusta-holmes-4c401c
Cita recomendada
Augusta Holmès, «Ode triomphale en l’honneur du centenaire de 1789», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-ode-triomphale-en-lhonneur-du-centenaire-de-1789--augusta-holmes-4c401c.html

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