Evohé ! Soleil ! Evohé !
La vigne a fleuri !
La grappe a mûri !
Dans les cuves, le vin bouillonne !
Ce soir, vignerons,
Nous reposerons,
Car le vin rougeoie et rayonne.
C’est le vin joyeux
Le vin des aïeux,
Qui rend la vie et l’espérance,
C’est le vin pur et glorieux,
Evohé ! C’est le vin de France !
Evohé ! Soleil ! Evohé !
Le baiser vermeil
De l’ardent soleil
A gonflé les épis superbes,
Et, toujours, encor,
En lourds monceaux d’or
S’entasse la gloire des gerbes.
Soleil ! Evohé !
C’est le pain sacré
Que nous tirons des blondes plaines,
Que les bœufs dorment dans le pré,
Moissonneurs, les granges sont pleines !
Ce vin, c’est le sang
Chaud et rubescent
De la terre qui nous fit naître !
Ce pain, c’est la chair
Du sol trois fois cher,
Que le soc déchire et pénètre !
Forts et rénovés
Mangez et buvez,
Fils du Rire et de la Vaillance,
Le pain et le vin
Sans qui tout est vain,
La chair et le sang de la France !
L’arme au bras, l’épée au côté,
Le front haut, le cœur sans colère,
Nous en qui la Patrie espère,
Nous attendons sa volonté.
À l’heure où, d’une voix sonore,
Le Coq de guerre chantera,
Le Maître de la nuit fuira
Devant les soldats de l’Aurore !
Et nous célébrerons ton nom,
France, ô mère des épopées,
Au cliquetis clair des épées,
Aux rugissements du canon.
Entends-nous ! Notre âme te crie :
« Nous voulons mourir en t’aimant ! »
Car c’est vivre immortellement
Que de mourir pour la Patrie !
Sur les flots gris de l’Océan sans bornes,
Sous les vents ruisselants,
Depuis les mers aux rivages brûlants
Jusqu’aux neiges mornes
Où veillent les Nornes,
Voguent nos vaisseaux aux beaux flancs !
La vague est terrible et profonde ;
L’éclair brille et la foudre gronde…
Mais dans le danger
Pour nous protéger
Nous t’invoquons, France la blonde !
Et nous semons, vermeilles fleurs,
Les pavillons aux trois couleurs
Aux pays lointains où nous mène l’onde !
À toi, la conquête féconde !
À toi, l’or et la perle ronde !
Qu’importent les morts
Si, par nos efforts,
La France obtient les richesses du Monde !
Tope, frère et dis-moi ton nom !
Je suis enfant de Salomon.
Dites vos noms qu’on les redise
Enfant de Jacque et de Soubise.
À qui dois-je donner mon cœur ?
À ton frère, le travailleur.
À qui dois-je donner mon âme ?
À ton pays qui la réclame.
À quoi dois-je employer mes bras ?
Le Temple tu reconstruiras !
Avec la pioche et la truelle,
Avec l’équerre et le compas,
Cimente, égalise et nivelle
Compagnon, ne t’arrête pas !
Construis le Temple de justice,
Le cœur tranquille et plein de foi ;
Il faut que l’ordre s’accomplisse :
Frère ! l’Avenir est à toi !
Avec le levier et l’équerre
Et la truelle et le compas
Construis le Temple de Lumière ;
Ô sauveur, ne t’arrête pas !
Peuple, lève les yeux vers la Lyre immortelle !
Regarde ! c’est elle
Qui dit à l’univers ta gloire et tes travaux ;
Écoute avec ferveur et plein d’un saint délire
La voix auguste de la Lyre
Qui t’appelle en chantant à des destins nouveaux !
Vois les pinceaux trempés dans l’azur et l’aurore
Où rayonne encore,
Malgré le temps cruel, le prisme aux sept couleurs ;
Le maillet, le ciseau qui, dans le cœur des arbres,
Sur l’onyx, le bronze et les marbres,
Ont gravé pour toujours ta joie et tes douleurs !
Ô peuple, sois doux au Génie
Qui, par l’image ou l’harmonie,
Enseigne le divin à ton humanité !
Si l’Art ne t’aide point, tu bâtis sur le sable ;
Et le plus pur renom est encor périssable
Si nous ne l’avons pas chanté !
Du fond de l’Océan jusqu’au delà des astres,
Nous avons frayé le chemin,
Qu’oublieux de la mort, des guerres, des désastres,
Tu graviras, ô genre humain !
Nous avons déchiré les voiles de mystère
Dont se couvrait la Vérité :
Le feu dévorateur, l’onde, l’air et la terre
Sont soumis à ta volonté.
Nous avons arraché de leur ciel illusoire
Les faux dieux à l’homme pareils ;
Et la vie a jailli de l’immensité noire
En myriades de soleils !
Homme, debout ! Bientôt l’Aurore va paraître
Du jour sans fin et sans milieu ;
Marche ! et perçois en toi l’Esprit, le Verbe et l’Être,
Homme, qui par nous, seras dieu !
Vers Elles !
Amour, conduis-nous en battant des ailes !
Vers Elles !
Les blondes, les blanches, les belles…
Plus loin, là-bas, plus loin encor
Vers Elles !
Vers les vierges aux cheveux d’or !
Je rêve
Qu’un soleil très doux à mes yeux se lève…
Je rêve
Qu’une voix m’appelle sans trève…
Je rêve d’un regard vainqueur…
Je rêve
Que l’Amour m’a blessée au cœur !
Succombe !
Le vautour divin a pris la colombe.
Succombe
À l’amour plus fort que la tombe.
Livre ton âme, ouvre tes bras,
Succombe
À l’amour par qui tu vivras !
Avec ces tendres roses blanches
Prends ma pure fidélité.
Avec ces glorieuses branches
Reçois ma force et ma fierté.
Je jure de donner mon âme
À celui qui reçut ma foi !
Je jure une éternelle flamme,
Et pour toujours je suis à toi !
Je t’aime !
Et te donnerai ma vie elle-même !
Je t’aime !
Ô lever d’aurore ! Ô poème !
Ô roses du premier baiser !
Je t’aime
D’un amour qu’on ne peut briser.
Nous venons saluer notre mère chérie
Avec de très belles chansons,
Que répétaient dans la prairie
Les merles bleus et les pinsons
Et tous les oiseaux des buissons
Le rossignol chantait : « La France est éternelle ! »
L’alouette a crié : « Sa Gloire va fleurir ! »
La mésange disait : « Il faut vivre pour elle ! »
Le moineau gazouillait : « Pour elle, il faut mourir ! »
Nous avons enchaîné les méchantes panthères
Et les tigres, avec des fleurs ;
Car les oiseaux ont dit : « Tous les hommes sont frères ;
Plus de guerres !
Assez de pleurs ! »
Nous avons apporté les cruelles épées
Bien enveloppées
De houblons et de pampres verts ;
Les oiseaux nous ont fait entendre
Que notre mère est tendre
Et qu’elle renverra la haine et les hivers !
Accueille-nous, mère chérie,
Nous avons des fleurs plein les mains :
Toutes les roses des chemins,
Tous les bluets de la prairie
Et l’avenir de la patrie !
À travers les cités et les sombres forêts
Ont retenti des cris funèbres.
Le soleil s’est éteint ! Un voile de ténèbres
Répand le deuil sur nos apprêts !
Apparais, déesse, apparais !
Apparais et console, apparais et délivre !
L’espoir de ta présence auguste nous enivre,
Et notre cœur est plein de tes nobles attraits !
Toi qui protèges notre mère,
Apparais, déesse, apparais !
Toi qui vaincras la haine amère,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, par qui l’ignorance expire,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, que chante la grande Lyre,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, la juste libératrice,
Apparais, déesse, apparais !
Toi qui veux que le mal périsse,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, pour qui s’enfle notre voile,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, notre égide et notre étoile,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, que la fleur des blés couronne,
Apparais, déesse, apparais !
Toi, pour qui la vigne fleuronne,
Apparais, déesse, apparais !
Viens ! approche ! Sois là ! Surgis dans la lumière !
Ton peuple t’invoque à genoux !
Ô terrible, ô clémente, ô triomphante, ô fière,
Ô République, apparais-nous !
Ô peuple, me voici ! du haut de l’Empyrée
Où je règle à jamais tes destins glorieux,
Je viens à ton appel, et, de flamme entourée,
J’apparais à tes yeux.
Gloire à toi, Liberté sacrée,
Déesse qui vainquis les dieux !
Venez à moi, vous qui souffrez pour la justice !
Pauvres, déshérités, martyrs, suivez ma loi ;
Il faut que le clairon terrible retentisse…
La Justice, c’est moi !
Ô guerrière, ô libératrice,
Ô rédemptrice, gloire à toi !
Accourez à ma voix des confins de la terre,
Mortels affamés d’équité !
J’élève sur vos fronts l’olivier salutaire,
Symbole de concorde et de fraternité.
À la source de vérité
Que l’homme délivré du mal se désaltère ;
Car la nuit est vaincue et le monde s’éclaire
Au soleil de la Liberté !