À mes problématiques lecteurs
Avec toutes mes excuses…
Très humblement vôtre
L'art délicat du vice occupe tes loisirs.
……
Et les gardénias fragiles des hivers
Se meurent dans tes mains aux caresses impures.
……
Sous les flots de satin savamment entr’ouverts,
Ton sein s'épanouit en de blanches luxures.
……
…Fleurit, enveloppé d’haleines de luxures,
Lis profane, ton corps pâle et voluptueux.
Ta bouche délicate aux fines ciselures
Excelle à moduler l’artifice des vers.
Et j’espérais qu’enfin jaillirait le soupir
De nos cœurs confondus, de nos âmes mêlées…
Je baiserai tes mains et tes divins pieds nus
Et nos cœurs pleureront de s’être méconnus,
Pleureront les mots vils et les gestes infâmes.
Parle-moi de ta voix pareille à l’eau courante,
Lorsque s’est ralenti le souffle des aveux,
… Ô mon harmonieuse et musicale amante !
… Car, si tu t’arrêtais, ne fût-ce qu’un moment
J’entendrais… j’entendrais au profond du silence
Quelque chose d’affreux qui pleure horriblement.
Donne-moi tes baisers amers comme des larmes,
Le soir, quand les oiseaux s’attardent dans leurs vols,
Nos longs accouplements sans amour ont les charmes
Des rapines, l’attrait farouche des viols.
Tes yeux ont reflété la splendeur de l’orage…
Exhale ton mépris jusqu’en ta pâmoison.
Ô très chère ! — Ouvre-moi tes lèvres avec rage :
J’en boirai lentement le fiel et le poison.
J’ai l’émoi du pilleur devant un butin rare
Pendant la nuit de fièvre où ton regard pâlit…
L’âme des conquérants, éclatante et barbare,
Chante dans mon triomphe au sortir de ton lit !
Et le sanglot aigu pareil à la détresse.
Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile,
Je devine ton corps, — les lys ardents des seins,
L’or blême de l’aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d’Immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins.
…Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise…
Dans l’ombre je te vois divinement pâlir.
Et comment jamais retrouver
L’identique extase farouche !
J’ai peur de ce frisson nacré
De tes frêles seins, je ne touche
Qu’en tremblant à ton corps sacré,
J’ai peur du charme de ta bouche,
… Mais, quand, si blanche entre mes bras,
À mon cri d’amour qui se pâme
Tu souris et ne réponds pas,
Tes yeux fermés me glacent l’âme…
J’ai peur…
De t’avoir peut-être fait mal
D’une caresse involontaire.
Ταἴς κάλαις ὔμμιν [τὸ] νόημα τὦμον
ού διάμειπτον
Telle une douce pomme rougit à l'extrémité de la
branche, à l’extrémité lointaine : les cueilleurs de
fruits l’ont oubliée ou, plutôt, ils ne l’ont pas oubliée,
mais ils n’ont pu l’atteindre.
La savante ardeur de l'automne recèle
Dans ta nudité les ombres et les ors.
Tu gardes, ô vierge inaccessible et belle,
Le fruit de ton corps.
Certaines d’entre nous ont conservé les rites
De ce brûlant Lesbos doré comme un autel…
……
Nous savons effleurer d’un baiser de velours.
Et nous savons étreindre avec des fougues blêmes ;
Nos caresses sont nos mélodieux poèmes…
Notre amour est plus grand que toutes les amours.
Nos lunaires baisers ont de pâles douceurs,
Nos doigts ne froissent point le duvet d’une joue,
Et nous pouvons, quand la ceinture se dénoue,
Être tout à la fois des amants et des sœurs.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nos jours sans impudeur, sans crainte ni remords,
Se déroulent, ainsi que de larges accords,
Et nous aimons, comme on aimait à Mytilène.
On m’avait interdit tes cheveux, tes prunelles
Parce que tes cheveux sont longs et pleins d’odeurs
Et parce que tes yeux ont d’étranges ardeurs
Et se troublent ainsi que des ondes rebelles,
Les rideaux sont tirés sur l’odorant silence,
Où l’heure au cours égal coule avec nonchalance,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mon existence est comme un voyage accompli…
Tes cheveux sont plus beaux qu’une forêt d’automne…
Ta robe verte a des frissons d’herbes sauvages,
Mon amie, et tes yeux sont pleins de paysages.
Qui viendrait nous troubler, nous qui sommes si loin
Des hommes ? deux enfants oubliés dans un coin ?
Je t’aime d’être lente et de marcher sans bruit
Et de parler très bas et de haïr le bruit,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et je t’aime surtout d’être pâle et mourante,
Et de gémir avec des sanglots de mourante,
Dans le cruel plaisir qui s’acharne et tourmente !
Pendant longtemps, je fus clouée au pilori,
Et des femmes, voyant mes souffrances, ont ri.
Puis, des hommes ont pris dans leurs mains de la boue
Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue.
Des pleurs montaient en moi, houleux comme des flots,
Mais mon orgueil m’a fait refouler mes sanglots.
Nulle n’a dit : « Elle est peut-être moins infâme
Qu’on ne le croit, elle est peut-être une pauvre âme. »
……
J’ai senti la colère ardente m’envahir.
Silencieusement, j’appris à les haïr.
Leurs insultes cinglaient, comme des fouets d’ortie…
Lorsqu’ils m’ont détachée enfin, je suis partie.
Je suis partie au gré du vent, et depuis lors
Mon visage est pareil à la face des morts.
Pour l’Aphroditè, j’ai dédaigné l’Erôs,
Car je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle.
Je ne change point, ô Vierges de Lesbos,
Je suis éternelle.
L’horreur de n'être plus ce qu'on fut me déchire…
Puisque telle est la loi lamentable et stupide,
Tu te flétriras un jour, ah ! mon lys !
… Tes pas oublieront le rythme de l’onde,
Ta chair sans désirs, tes membres perclus
Ne frémiront plus dans l’ardeur profonde,
L’amour désenchanté ne te connaîtra plus.
Voici la place où ton corps chaud s’est détendu,
Le coussin frais où s’est roulée ta chaude tête,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tes ongles ont meurtri ma chair, parmi les soies,
Et j’en porte la trace orgueilleuse. Tes fards
S’envolent en poussière, et, sur les lits épars,
Tes voiles oubliés sont témoins de nos joies.
Je suis reconnaissante et charmée en songeant
A vos longs corps pareils à des cierges d’argent.
Par vous, jadis, ô mes maîtresses ! je connus
La majesté des seins magnifiquement nus…
……
Vous avez su tourner vers vous tous mes désirs
Et vous avez rempli mes mains de souvenirs.
Je vous ai dit, à vous qui m’avez couronnée :
Qu’importe les demains ?… Cette nuit m’est donnée…
Éternelle douceur de la douceur qui fuit !
Nul vent n’emportera l’odeur de cette nuit… »
Pareille à la douleur des adieux, dans le soir,
L’angoisse qui nous vient de la volupté lasse
……
Et je te sens déçue et je me sens lointaine…
Nous demeurons avec les yeux de l’exilé,
Suivant, tandis qu’un fil d’or frêle nous enchaîne,
Du même regard las notre rêve envolé…
Autre déjà, tu me souris, déjà lointaine…
Ô toi que je verrai dans les yeux de la mort !
……
Je ne puis oublier que je suis seule ici,
Que je suis triste et que je n’aime qu’une morte.
……
Je désire et je cherche et surtout je regrette…
……
Sans hâte et sans effroi, je rentre dans la nuit…
Avec tout ce qui glisse, avec tout ce qui fuit.
……
Et mon destin, ce fut ce dur amour vainqueur.
Voici pourquoi mon cœur est lourd dans ma poitrine
Que l'on m’enterre avec tout le poids de mon cœur.
……
Le foyer s’est éteint, la lampe s’est éteinte
Dans la chambre sans fleurs où je t’ouvre les bras,
Toi qui ne viendras pas !
VIVRE
L’HEURE
……Mon cœur est las enfin des mauvaises amours
Des songes de mes nuits et des maux de mes jours ;
Mon cœur est vieux autant qu’un très ancien grimoire,
Et, désespérément, j’appelle l’Heure Noire.
Voici la porte d’où je sors,
Ô mes roses et mes épines,
Qu’importe l’autrefois ? je dors
Et je songe aux choses divines.
Voici donc mon âme ravie,
Car elle s’apaise et s’endort,
Ayant, pour l’amour de la Mort,
Pardonné ce crime : la Vie.