Forma Venus, arte Minerva.
................
Dans les champs où l’Euphrate, éloigné de sa source,
Abandonne le Tigre et le joint dans sa course,
Se présentent d’Éden les jardins enchantés.
Là d’un premier printemps tout offre les beautés :
Des cèdres, des palmiers élevés jusqu’aux nues,
De ce séjour charmant forment les avenues.
Sur l’or et les saphirs serpentent les ruisseaux,
Et dans les prés naissants bondissent les troupeaux.
Aux approches du loup, l’agneau paraît sans crainte ;
Le tigre est sans fureur et le renard sans feinte.
Les arbres sont chargés et de fruits et de fleurs.
De l’iris leur mélange imite les couleurs.
Tel est l’heureux empire où vit dans l’innocence
Le premier des humains au sein de l’abondance ;
Chaque pas le conduit à de nouveaux plaisirs ;
L’air pur n’est agité que par les doux zéphyrs :
Ils embaument les airs, et leurs ailes légères
Y portent les parfums des terres étrangères.
Moi, dont l’âme semble créée
Pour chérir la paix qui me fuit,
Je vis agitée, entourée ;
Vous, dont l’esprit plaît et séduit,
Vous, que les grâces ont parée
De ce charme que chacun suit.
Souvent dans vos champs retirée.
Vous vivez sans joie et sans bruit.
..........
..........
Des destins divers sont nos guides ;
Si les monts, les torrents rapides
Offrent des dangers, des terreurs,
Au pied de cent rochers arides.
Le vert des prés, l’émail des fleurs,
Enchantent l’œil des voyageurs ;
Mais qui traverse dans la plaine
Des chemins sûrs et peu riants
À moins de plaisir, moins de peine :
Tel est le sort qui nous entraîne !
Un nombre égal d’heureux moments,
D’ennui, d’espoir, d’amour, de haine.
Des mortels partage les ans !