CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaMarguerite de Valois-Angoulême

Marguerite de Valois-Angoulême · Renacimiento

Marguerite de Navarre

francés

Elle était reine de Navarre

Et sœur du roi François premier.

D’une intelligence assez rare,

Elle écrivait des jours entiers.

Mais, pour saisir la vraie image

De cette reine au front charmant,

Il ne faut pas tourner les pages

Qu’elle écrivit abondamment ;

Il ne faut pas se prendre au charme

De ses petits contes badins

Ni chercher la couleur des larmes

Dans le plus doux de ses « onzains » ;

Et ce n’est vraiment pas la peine

De lire « Le miroir complet

De son âme », qu’une autre reine

Traduira plus tard en anglais…

Il vaut mieux regarder sa vie :

Il vaut mieux regarder de près

Toute l’ardente poésie

De son cœur si fort et si frais.

Son cœur parle mieux que ses livres ;

Son cœur va plus haut, plus avant ;

C’est son cœur qui veut toujours suivre

Les grands rêves, les grands savants ;

C’est son cœur courageux qui brave

Le temps, la routine et la peur ;

C’est son cœur pour qui rien n’est grave

Hormis ce qui va jusqu’au cœur.

Quand, dans une sombre campagne,

Le roi de France est prisonnier,

Marguerite part pour l’Espagne ;

Elle va même supplier

Charles-Quint d’adoucir, de grâce,

La royale captivité !…

La guerre cesse… le temps passe…

C’est le printemps… l’hiver… l’été…

Marguerite est toujours la même…

Elle écrit encor par moments…

Mais c’est sur sa vie elle-même

Qu’elle écrira le dénouement.

Pauvre reine ! pauvre petite !

C’est là qu’on peut bien l’appeler :

« Marguerite des Marguerites ! »

Où donc est le vers désolé ?

Où donc le sonnet ? le poème ?

Qui peut valoir ce tendre accord

D’une sœur si tendre qu’elle aime

Jusqu’à la porte de la mort…

Rien de moyen et rien de mièvre…

Son cœur doublera chaque émoi…

Et, quand le roi mourra de fièvre

Elle meurt de la mort du roi !

Las ! tant mal’heureuse je suis

Que mon mal’heur dire ne puis,

Sinon qu’il est sans espérance :

Desespoir est desjà à l’huis

Pour me jecter au fond du puits

Où n’a d’en saillir apparence.

Tant de larmes jectent mes yeulx

Qu’ils ne voyent terre ny cieulx,

Telle est de leur pleur abondance.

Ma bouche se plainct en tous lieulx.

De mon cueur ne peult saillir mieulx

Que soupirs sans nulle allegeance.

Tristesse par ses grants efforts

A rendu sy foible mon corps

Qu’il n’a ny vertu ny puissance.

Il est semblable à l’un des morts,

Tant que, le voyant par dehors,

L’on perd de luy la cognoissance.

Je n’ay plus que la triste voix

De laquelle crier m’en vois,

En lamentant la dure absence.

Las ! de celuy pour qui vivois,

Que de sy bon cueur je voyois,

J’ay perdu l’heureuse presence.

Seure je suis que son esprit

Regne avec son chef Jesus-Christ,

Contemplant la divine essence.

Combien que son corps soit prescript,

Les promesses du saint Escript

Le font vivre au Ciel sans doubtance.

Tandis qu’il estoit sain et fort,

La foy estoit son reconfort,

Son Dieu possedoit par créance.

En ceste foy vive il est mort,

Qui l’a conduict au tres seur port,

Où il a de Dieu jouyssance,

Mais, hélas ! mon corps est banny

Du sien auquel il fut uny

Depuis le temps de nostre enfance.

Mon esprit aussi est puny

Quant il se trouve degarny

Du sien plein de toute science.

Esprit et corps de dueil sont plains.

Tant qu’ils sont convertis en plains :

Seul pleurer est ma contenance.

Je crye par bois et par plains,

Au ciel et terre me complains,

À rien fors à mon dueil ne pense.

Mort, qui m’a faict sy mauvois tour

D’abattre ma force et ma tour,

Tout mon refuge et ma deffense,

N’as su ruyner mon amour

Que je sens croistre nuict et jour,

Qui ma douleur croist et avance.

Mon mal ne se peult révéler,

Et m’est sy dur à l’avaler

Que j’en perds toute patience.

Il ne m’en fault donc plus parler,

Mais penser de bientost aller

Où Dieu l’a mis par sa clemence.

Ô Mort, qui le frère as dompté,

Viens donc par ta grande bonté

Transpercer la sœur de ta lance.

Mon dueil par toy soit surmonté :

Car quant j’ay bien le tout compté,

Combattre te veulx à oultrance.

Viens doncques, ne retarde pas,

Mais cours la poste à bien grants pas :

Je t’envoye ma défiance.

Puis que mon frère est en tes las,

Prends moy à fin qu’un seul soulas

Donne à tous deux esjouissance.

Sigue explorando

Por su autor
Marguerite de Valois-Angoulême · 2 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Marguerite d’Angoulème

Expediente

Autor
Marguerite de Valois-Angoulême
Título
Marguerite de Navarre
Lengua
francés
Época
Renacimiento
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-marguerite-de-navarre--marguerite-de-valois-angoule-c74ead
Cita recomendada
Marguerite de Valois-Angoulême, «Marguerite de Navarre», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-marguerite-de-navarre--marguerite-de-valois-angoule-c74ead.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.