Éveillez-vous, Muses de la Patrie !
Le canon tonne en nos murs ébranlés ;
Éveillez-vous ! la liberté vous crie :
« Mes défenseurs sont déjà rassemblés. »
Quoi ! ces enfants ? En un jour de bataille,
Tous ces enfants deviennent des héros.
Sans sourciller ils bravent la mitraille,
Et de leurs rangs sortent des généraux.
Éveillez-vous, Muses de la Patrie !…
Vous les voyez accourir, ces fantômes,
Que la misère accueillit au berceau ;
De leurs sueurs s’engraissent les royaumes :
Leur sang bientôt va couler en ruisseau.
Éveillez-vous, Muses de la Patrie !…
Oui, les voilà ! mais les voilà sans armes.
Ils en auront ! Ils en auront demain !
Dès aujourd’hui s’apaisent les alarmes ;
De la Victoire ils savent le chemin.
Éveillez-vous, Muses de la Patrie !…
Elle dira, l’impartiale Histoire,
De ces trois jours les soins laborieux ;
Elle dira les combats, la victoire,
Tant de hauts faits et d’efforts glorieux.
L’Histoire encor, dans sa plus belle page,
Pourra tracer ce mot : Humanité,
Elle dira des soldats le courage
Cédant aux droits de la fraternité.
Muses, à vous il appartient de dire
Des citoyens le noble dévouement.
Montrez les pleurs se mêlant au sourire,
Et des adieux le terrible moment.
Muses, montrez ces femmes intrépides
Donnant la mort, ou donnant du secours.
Hier encor, tremblantes et timides,
Elles fuyaient au seul bruit des tambours.
Que nos guerriers dorment sur cette arène,
Qui s’abreuva de leur sang généreux !
De verts lauriers et de branches de chêne,
Tous, nous irons couvrir ce sol poudreux !
Éveillez-vous, Muses de la Patrie !
Le canon tonne en nos murs ébranlés ;
Éveillez-vous ! la Liberté vous crie :
« Mes défenseurs sont déjà rassemblés ! »