CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaMarie de Louvencourt

Marie de Louvencourt · Ilustración

Mademoiselle de Louvencourt

francés

Dans les Jardins enchantés de Cythère,

Vénus rassembloit les Amours.

La froide indifférence et la raison sévère

De ces aimables lieux sont bannis pour toujours

Mille amants fortunés, conduits par la constance,

Y reçoivent le prix des vœux qu’ils ont offerts ;

Et tout y ressent la présence

Du dieu charmant qu’adore l’univers.

Sous les loix de la jeune Flore,

Un éternel printems enchaîne les zéphyrs ;

Et les fleurs qu’on y voit éclore

Sont l’ouvrage de leurs soupirs

Les ruisseaux amoureux mêlent leur doux murmure

Aux concerts des oiseaux qui chantent nuit et jour ;

Le soleil y répand une clarté plus pure

Qu’il emprunte des feux que lui prête l’Amour.

Tandis que les Amours, dans ces jardins épars,

Moissonnent du printems la richesse éclatante,

Une rose naissante

Du fils de Cythérée arrête les regards.

« Rien n’est si beau que vous, dit-il, dans ce bocage,

Jeune rose, pleine d’appas ;

C’est pour vous rendre un doux hommage

Si d’autres fleurs naissent dans ces climats ;

Qu’à votre gloire tout conspire,

Faites l’ornement du printems,

Formez, dans l’amoureux empire,

Les chaînes des heureux amans ;

Parez les Grâces immortelles

Qui suivent la mère d’Amour ;

Prêtez à la beauté, par un juste retour,

Encore des armes nouvelles. »

L’Amour charmé cède au désir pressant

De cueillir une fleur si belle ;

Mais, dans le même instant, une abeille cruelle

Ose blesser ce dieu charmant.

« Je me meurs, je succombe à ma douleur mortelle,

Dit à Vénus l’Amour en soupirant. »

Vénus sourit de sa douleur amère,

Elle guérit bientôt sa blessure légère,

Et, par ces mots, apaise son tourment :

« Charmant vainqueur, tu nous exposes

À des maux cent fois plus pressans.

Par les peines que tu ressens,

Juge des maux que tu nous causes.

Tes traits, puissant dieu des Amours,

Font ressentir des peines plus cruelles ;

Ils portent dans les cœurs mille atteintes mortelles

que tu ne guéris pas toujours. »

« Cruelle et rigoureuse absence,

Ah ! que vous me coûtez de trouble et de soupirs !

Vous m’enlevez l’objet de mes tendres désirs,

Et vous ne me laissez qu’une vaine espérance

Qui fait encor mes plus charmans plaisirs. »

C’est ainsi que Myrtil, amant tendre et fidèle,

Absent d’Amarillis, exprimoit ses regrets :

« Ce fut, dit-il, dans ces vastes forêts,

Pour la première fois que je vis cette belle.

L’éclat de ses attraits auroit charmé les dieux.

J’en ressentis bientôt la fatale puissance ;

Et, dans ce doux transport, éperdu, sans défense,

Ma liberté paya le plaisir de mes yeux.

Vous qui craignez une ardeur inquiète,

Fuyez ses dangereux appas ;

L’Amour, qui vole sur ses pas,

Est garant de votre défaite.

Vos soins empressés, vos ardeurs,

N’attendriront point l’inhumaine.

L’insensible jouit sans peine

D’un bien qu’elle ôte à tous les cœurs.

Mais, que dis-je ? Pourquoi redouter de la voir ?

La liberté vaut-elle un si doux esclavage ?

Venez joindre, bergers, vos vœux à mon hommage,

Et sachez, comme moi, la servir sans espoir.

Chantez, résonnez, ma musette.

Élevez vos sons dans les airs ;

Célébrez mon ardeur parfaite

Et la beauté de celle que je sers.

Réveillez l’écho qui repose

Dans les autres de ces déserts ;

Que les soins où l’amour m’expose

Soient le sujet de vos concerts.

Bientôt la lumière des cieux

Ne paroîtra plus à mes yeux ;

Bientôt quitte envers la nature,

J’irai, dans une nuit obscure.

Me livrer pour jamais aux douceurs du sommeil.

Je ne me verrai plus, par un triste réveil,

Exposée à sentir les troubles de la vie.

Mortels qui commencez ici-bas votre cours,

Je ne vous porte point envie ;

Votre sort ne vaut pas le dernier de mes jours.

Viens, favorable mort, viens briser des liens

Qui, malgré moi, m’attachent à la vie ;

Frappe, seconde mon envie ;

Ne point souffrir est le plus grand des biens.

Dans ce long avenir j’entre l’esprit tranquille ;

Pourquoi ce dernier pas est-il si redouté ?

Du maître des humains l’éternelle bonté

Des malheureux mortels est le plus sûr asyle.

Sigue explorando

Dónde vive
La Biblioteca

Expediente

Autor
Marie de Louvencourt
Título
Mademoiselle de Louvencourt
Lengua
francés
Época
Ilustración
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-mademoiselle-de-louvencourt--marie-de-louvencourt-7a30bb
Cita recomendada
Marie de Louvencourt, «Mademoiselle de Louvencourt», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-mademoiselle-de-louvencourt--marie-de-louvencourt-7a30bb.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.