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PoetósferaLa BibliotecaSophie Hüe

Sophie Hüe · Modernismo

Madame Sophie Hue

francés

On me néglige, on me délaisse,

Disait une épine en bouton,

Et pour chercher sous l’herbe épaisse

Je ne sais quoi de sombre, un avorton,

Qui semble à peine une fleurette.

Qu’a-t-elle, cette violette,

Pour faire aux gens perdre leurs pas ?

Un oiseau qui passait lui répondit tout bas :

— Elle embaume et ne pique pas.

La nuit lorsque je sommeille,

Qui vient se pencher sur moi ?

Qui sourit quand je m’éveille ?

Petite mère, c’est toi !

Qui, pour que je sois bien sage,

Doucement prie avec moi ?

Qui d’un ange a le visage ?

Petite mère, c’est toi !

Qui gronde d’une voix tendre,

Si tendre que l’on me voit

Repentant rien qu’à l’entendre ?

Petite mère, c’est toi !

Qui pour tous est douce et bonne ?

Au pauvre ayant faim et froid,

Qui m’apprit comment on donne ?

Petite mère, c’est toi !

Quand te viendra la vieillesse,

À mon tour veillant sur toi,

Qui te rendra ta tendresse ?

Petite mère, c’est moi !

C’est un très vieux portrait d’une très jeune fille,

Quelque aïeule sans doute : on ne sait plus son nom ;

Dans un grenier rempli d’épaves de famille,

Hier, on l’exhuma des fouillis d’un caisson.

Elle est charmante avec sa coiffure poudrée,

Un simple velours noir autour de son cou blanc,

Sa taille longue et mince, étroitement serrée

Sous les nœuds-papillons du corsage collant.

Son chat sur ses genoux, à la main une rose,

Elle s’alanguissait en un demi-sommeil ;

Et l’artiste a fixé sa ravissante pose,

Sans avoir attendu le moment du réveil.

Les yeux sont presque clos ; un reflet de pervenche

Glisse à peine au travers de leurs longs cils brunis.

La bouche rit encor : du jeune front qui penche

Les rêves enchantés ne se sont pas ternis.

Comme elle s’abandonne à la molle caresse

De sa grande bergère en lampas du Levant,

Où le temps est si court, si douce la paresse,

Qu’elle doit y venir se câliner souvent.

Son chat sur ses genoux, confiante, vermeille,

Aurore, frais printemps, vie en sève, elle dort ;

Et le peintre cruel, pendant qu’elle sommeille,

A posé devant elle une tête de mort !

Les lugubres débris qui furent un visage,

Des lèvres et des yeux pleins de charmes vainqueurs,

Semblent lui parler bas, haineux jetons, sans âge,

Sans prunelles, sans voix, sinistrement moqueurs.

C’est un très vieux portrait d’une très jeune fille :

Fronton rubanné d’or et biseaux de cristal,

Plus triste à regarder dans son cadre qui brille

Que sous de pâles fleurs un cercueil virginal.

Celle qu’on couche là peut-être eut sa chimère,

Et, cœur en deuil, au moins de souffrir a cessé ;

Celle qui dort ici, qu’attend la vie amère,

N’avait pas encor commencé.

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Por su autor
Sophie Hüe
Dónde vive
La Biblioteca

Expediente

Autor
Sophie Hüe
Título
Madame Sophie Hue
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-madame-sophie-hue--sophie-hue-ac1afc
Cita recomendada
Sophie Hüe, «Madame Sophie Hue», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-madame-sophie-hue--sophie-hue-ac1afc.html

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