Jeune, j’aimai ; ce temps de mon bel âge,
Ce temps si court, l’amour seul le remplit.
Quand j’atteignis la saison d’être sage,
Encor j’aimai, la raison me le dit.
Me voici vieille, et le plaisir s’envole ;
Mais le bonheur ne me quitte aujourd’hui,
Car j’aime encore, et l’amour me console :
Rien n’auroit pu me consoler de lui.
Quand je pense, Damon, qu’une flamme constante
Doit éterniser nos amours,
Je sens que mon bonheur s’augmente
Sur l’espoir de l’aimer toujours.
Non, je crains de ne pas survivre
À la perte des biens que tu me fais goûter ;
S’ils pouvoient cesser d’exister,
Seroit-ce la peine de vivre ?
Par un si triste sentiment
Mon ame n’est point poursuivie.
Malheureux, qui croit en aimant
Ne pas aimer toute sa vie !