Le ver à soie est à mes yeux
L’être dont le sort vaut le mieux.
Il travaille dans sa jeunesse ;
Il dort dans sa maturité ;
Il meurt enfin dans sa vieillesse
Au comble de la volupté.
Notre sort est bien différent ;
Il va toujours en empirant :
Quelques plaisirs dans la jeunesse ;
Des soins dans la maturité ;
Tous les malheurs de la vieillesse ;
Puis la peur de l’éternité.
Quand l’humeur vient me prendre
Et que je fais du noir,
J’écoute sans entendre,
Je regarde sans voir
Si de ma léthargie
Je sors par un soupir.
Je sens que je m’ennuie :
Ça fait toujours plaisir.
Il est un âge heureux, mais qu’on perd sans retour,
Où la foible jeunesse entraîne sur ses traces
Le plaisir vif avec l’amour
Et les désirs avec les grâces.
Il est un âge affreux, sombre et froide saison,
Où l’homme encor s’égare et prend dans sa tristesse
Son impuissance pour sagesse
Et ses craintes pour la raison.