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PoetósferaLa BibliotecaLouise Françoise Galliot-Desperrières

Louise Françoise Galliot-Desperrières · Romanticismo

Madame Désormery (1784-1868)

francés

Du sein de la céleste voûte

Un cri terrible est descendu :

C’est la voix du Seigneur, écoute,

Peuple que l’orgueil a perdu.

Il l’a prédit dans sa colère

Ce jour d’opprobe et de misère

Que tu vois naître avec effroi.

Où donc se cache ton audace ?

La foudre éclate, elle menace…

Je l’entends qui tombe sur toi !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Comme la paille se consume

Aux feux qu’ont attisé vos mains,

De même la discorde allume

Le bûcher fatal aux humains ;

Et de ses flammes dévorantes,

Qui jettent cent torches ardentes,

On verra de beaux rejetons

Brûlés par leurs jeunes racines ;

Ainsi les vengeances divines,

Sur l’arbre ont flétri les boutons.

Des forêts de pins ébranlées

Tombent sur les mausolées

Élevés aux premiers parents.

Et, mêlés à la fange impure,

Les corps ont servi de pâture

À des animaux dévorants !

La flèche étrangère épouvante

L’œil qui la poursuit dans les airs,

Et sa pointe aiguë et tranchante

S’ouvre un passage dans les chairs.

Des fiers guerriers la course agile

Courbe à peine l’épi mobile

Qui se relève sous leurs pas ;

Nul obstacle ne les arrête ;

Plus rapide que la tempête,

Leur char les entraîne au combat.

Pourquoi, dans vos fureurs, vents glacés des montagnes,

Briser la fleur d’hymen mêlée à mes cheveux ?

Ah ! laissez-moi l’offrir à vos jeunes compagnes

Dont les cœurs sont heureux !

Avide d’un espoir qui séduit la jeunesse,

Chacun y saisira l’augure d’un beau jour ;

Les yeux ne verront pas s’effacer la promesse

De leur premier amour.

L’épine est dans la fleur et sa pointe cachée

A seule sous mes doigts osé se découvrir ;

Un éclair de bonheur ne l’a point détachée :

Son dard me fait mourir !

Mes nuit sont sans repos et la voix qui m’est chère

Ne m’a jamais redit les serments du passé ;

Ils sont restés pour moi comme un songe éphémère

Par le temps effacé.

À la félicité qu’un instant m’a ravie

Le ciel même semblait accorder un aveu,

Et pourtant aux plaisirs, aux charmes de la vie,

J’ai dit un long adieu.

Adieu… quoi ? pour toujours !… plutôt que d’être encore

Soumise aux traits cruels lancés par le destin,

Ne puis-je disparaître ainsi qu’un météore

Au souffle du matin ?

Mais quel nouveau transport me surprend et m’agite ?

Un regard du Seigneur est tombé jusqu’à moi ;

Bientôt je serai mère et mon sein qui palpite

Ne connaît pas l’effroi !

Comme l’azur des cieux brille après la tempête,

De même à la douleur succède le plaisir ;

L’avenir me promet encor des jours de fête :

Je ne veux plus mourir !

Ajoute à son bonheur le bonheur de sa mère,

Grand Dieu, dans cet enfant épuise ta bonté.

Que le cours de ses ans, pur comme une onde claire,

Ne soit point agité.

À ton ordre divin, à ta voix vengeresse,

Je reprends tous les droits que j’eus sur mon époux ;

Son cœur m’accorde enfin cette unique tendresse

Dont le mien fut jaloux.

Ah ! chantez avec moi, chantez les saints cantiques ;

Venez, mes jeunes sœurs, célébrons l’Éternel,

Et puisse la ferveur de nos accents magiques

S’élever vers le ciel !

Demandez à genoux, pour ce fils qui va naître,

La sagesse de l’âme, œuvre de la raison ;

Promettons au Seigneur qu’instruit à le connaître,

Il bénira son nom.

Les nuages du soir emportent nos louanges,

L’encens que nous offrons a traversé les airs ;

Mes sœurs, dormons en paix, le chœur sacré des anges

Répète nos concerts.

« Nul crêpe ne voile vos charmes ;

Chantez, mes compagnes, chantez.

Mais quoi ? Vous répandez des larmes…

Est-ce un fils que vous regrettez ?

« Votre peine n’est point amère,

Moi seule j’excite vos pleurs.

Si vous pleurez comme une mère,

Vos accents briseront les cœurs.

« Par vos travaux ornez vos charmes ;

Filez, mes compagnes, filez ;

C’est à moi de verser des larmes :

Mes plus beaux jours sont envolés.

« J’ai vu deux fois, dans nos campagnes,

Couper la tige des moissons.

J’ai vu deux fois, sur nos montagnes,

La neige céder au gazon.

« Et je garde, en ma rêverie,

Un souvenir infortuné ;

On meurt aux plaisirs de la vie,

Lorsque l’on perd un premier-né.

« Votre joie augmente vos charmes ;

Chantez, mes compagnes, chantez ;

Mes yeux ne trouvent plus ces larmes,

Dont vos beaux yeux sont humectés.

« Bientôt vous deviendrez épouses.

Ah ! si l’hymen vous a souri,

Que l’oubli des Parques jalouses

Protège votre fils chéri.

« Mes compagnes, devenez mères.

Filez pour vos jeunes enfants ;

Je filais comme vous, naguères,

Et le bonheur dictait mes chants.

« Laissant et la gloire et l’armée,

L’époux dont je reçus la foi

Viendra revoir sa bien-aimée ;

Hélas ! quel sera son effroi !

« Une de vous, dans sa chaumière,

Fêtera-t-elle son retour ?

Lui direz-vous qu’au cimetière

J’endors le fils de nos amours ?

« Ne chantez plus, voilez vos charmes,

La pitié sait mieux consoler ;

Alors elle essuiera les larmes

Que vos récits feront couler.

« Adieu, mes compagnes chéries ;

Je vais au champ des longs regrets ;

Pensez à moi dans les prairies,

Que je ne reverrai jamais. »

Elle traverse la bruyère,

À pas lents, les cheveux épars,

Et vers le toit de sa chaumière

Jette encore un dernier regard.

L’oiseau de sinistre présage

Soudain pousse des cris confus :

L’époux revenait au village

Où sa compagne n’était plus !

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Autor
Louise Françoise Galliot-Desperrières
Título
Madame Désormery (1784-1868)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-madame-desormery-1784-1868--louise-francoise-galliot-des-58e514
Cita recomendada
Louise Françoise Galliot-Desperrières, «Madame Désormery (1784-1868)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-madame-desormery-1784-1868--louise-francoise-galliot-des-58e514.html

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