Riez, les poupons potelés
Aux bouchettes de lin sauvage !
Riez vos rires étoilés !
Rossignolets, rossignolez
Votre printanier babillage !
— Ô les blonds poupons potelés
Aux bouchettes de lin sauvage !
Mieux qu’un chamaillis aprilin,
Riez bien, les belles enfances !
Avec vos bouchettes de lin,
De lin sauvage et purpurin. —
Les chamaillis sont sans offenses
Qui rient au taillis aprilin.
— Riez bien, les belles enfances !
Oui ! laissez rire, les chéris,
Le lin vermeillet sur vos bouches ;
Vous qu’un sein joyeux a nourris
De lait blanc, de rêves fleuris,
D’amour, sans mélanges farouches
De sang ni de fièvre, ô chéris,
Sur le lin rose de vos bouches !
Riez bien, les frais innocents,
Émerveillez-vous bien des choses ;
Riez aux oiselets naissants,
Au ciel, aux astres fleurissants,
Aux arbres, aux moissons, aux roses,
À tout ! — Vous êtes innocents
Et ne connaissez rien des choses !
Trop tôt votre cœur n’aura plus
— Défeuillé de ses ignorances —
De nids pour les rires joufflus !
Et les rappels sont superflus
Des sereines indifférences,
Quand, tout brumeux, le cœur n’a plus
Son fouillis feuillu d’ignorances !
Riez, les poupons potelés
Aux bouchettes de lin sauvage !
Riez vos rires étoiles !
Rossignolets, rossignolez
Votre printanier babillage !…
Ô les blonds poupons potelés
Aux bouchettes de lin sauvage !
(Aux Bords du Lez.)
Je veux, assise emmi les blondes amarines,
Subir l’enchantement des extases divines
Au bord des eaux,
Et, dans l’ambre fluide et frais des crépuscules,
Laisser vibrer mon âme avec les libellules
Et les roseaux ;
Car le rêve, tandis que s’anuitent les prées
En la calme tiédeur de ces belles vêprées,
Devient lueur,
Et quand, pour les regards, les formes se font vaines,
Alors l’essaim charmant des visions sereines
S’éveille au cœur ;
Candides, et menant les rondes cadencées,
Qu’elles chantent en moi les intimes pensées
Ou, mieux encor,
Que très, très lentement se dissolve ma vie
Au pur embrasement de votre poésie,
Ô clairs soirs d’or !
(Aux Bords du Lez.)