Dans le manteau ducal, aux plis pleins d’opulence,
Sur le marbre pompeux, dernier lit conjugal,
Entourés des Vertus, cortège triomphal,
Les deux nobles époux reposent en silence.
La Sagesse au compas règle sa vigilance ;
La Tempérance tient le mors et le fanal ;
La Force au bras puissant brise l’effort du Mal ;
La Justice, en ses mains, porte glaive et balance.
Nul ne sait où placer ta tombe et ton berceau.
Dieu le sut, c’est assez… Mais de ton fier ciseau
Le chef-d’œuvre immortel a traversé les âges.
Quel monument superbe, orgueil du genre humain,
Ferait plus pour ton nom que l’œuvre de ta main,
Ô grand Michel Columb ! ô vieux tailleur d’images !
Les deux sœurs aux yeux bleus, fleurs de l’Adriatique,
Se sont assises là, contemplant à loisir
Les pigeons de Saint-Marc, qui sur le blanc portique
Roucoulent tout le jour leur amoureux désir.
Non loin d’elles, pourtant, le bas-relief antique
Cache un beau jouvencel, haletant de plaisir,
S’enivrant de leur vue, et, d’un air extatique,
Disant : « Entre elles deux qui donc pourrait choisir ?
« À leurs pieds les oiseaux viennent à tire d’ailes…
« Laure aux cheveux dorés est belle entre les belles,
« Mais plus charmante encor (si l’on peut dire ainsi)
« La brune Béatrix à la bouche de rose !
« Ô bienheureux oiseau, qui sur sa main se pose !
« Que ne suis-je un pigeon, pour m’approcher aussi !
Canclaux a parlé… Les bleus ont surpris
Les chouans armés, qui, dans la chapelle,
Avant le combat que leur zèle appelle,
Veillaient et priaient, sans peur du mépris.
Désespérément, sous les saints lambris,
Résiste et se bat le groupe fidèle…
Le nombre a vaincu… Le dernier rebelle
Tombe et meurt enfin, parmi les débris.
Le sanglant combat dure à peine une heure…
Les morts gardent seuls la sainte demeure ;
Tous ils sont tombés, martyrs de leur foi.
Héros ignorés, sans apothéose,
Gloire à vous, soldats d’une noble cause,
Mourant sans regret, pour Dieu, pour le Roi !