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Pierre-Antoine-Augustin de Piis · Romanticismo

L’Inutilité des Prêtres

francés

Air du vaudeville des Visitandines.

Ô mon épouse, ô ma compagne !

Tu vois combien j’avais raison ;

Tu sentiras tout ce qu’on gagne

À régler seule sa maison.

Était-il un guide plus traître

Que ce qu’on nommait directeur ?

Il te suffira de mon cœur ;

Nous n’aurons pas besoin de prêtre.

Viens, mon fils, viens aussi, ma fille

Ne craignez plus qu’un précepteur,

En se glissant dans ma famille,

Vous souffle un venin corrupteur.

Pour vous faire à tous deux connaître

Les vrais principes de l’honneur,

Il me suffira de mon cœur,

Je n’aurai pas besoin de prêtre.

Ô vous que j’aime et que j’honore,

Des campagnes bons habitans,

On voudrait vous tromper encore ;

Mais attendez jusqu’au printemps :

Quand vous verrez les blés renaître,

Quand vous verrez la vigne en fleur,

Avec nous vous direz en chœur :

Et tout ça vient pourtant sans prêtre.

Je suis homme, et de mon semblable

Rien ne saurait m’être étranger ;

Dès que j’entends un misérable

Demander à boire, à manger,

Pour l’abreuver, pour le repaître,

Sans mettre à cela de valeur,

Je ne consulte que mon cœur,

Et je n’ai pas besoin de prêtre.

Examinez ce fin lévite

Et ce gros docteur de la loi,

Tous les deux comme ils passent vite,

Près d’un blessé qui crie : À moi !

Mais il survient un pauvre rêtre

Qui le secourt dans son malheur ;

Jésus veut dire qu’un bon cœur

N’est ni d’un riche, ni d’un prêtre.

Engeance adroite et fanatique

Qui viviez jadis de l’autel,

Voulez-vous de la République

Obtenir un pardon formel ?

En uniforme, en casque, en guêtres.

Armez vos bras d’un fer vengeur,

Et perdez, en prenant du cœur,

Votre caractère de prêtres.

Adieu psaumes, prières vaines,

Faites place à nos chants guerriers ;

Loin des troupes républicaines

Les capucins, les aumôniers !

Pour ne pas recevoir de maître

Et pour nous battre avec valeur,

Il nous suffit de notre cœur,

Nous n’avons pas besoin de prêtre.

Liberté, pour sauver la terre

Tu mis au jour l’Égalité :

De l’Égalité, sans mystère,

Procède la Fraternité.

Ô Trinité de nos ancêtres,

Vaudrais-tu celle aux trois couleurs !

Son culte est fait pour tous les cœurs,

Les Français sont ses premiers prêtres.

Alors qu’il me faudra descendre

Au champ d’un éternel repos.

Ô mes amis, portez ma cendre

Sous l’herbe des rians coteaux.

Et puisse l’écorce d’un hêtre,

Près de là, dire au voyageur :

En ces lieux repose un bon cœur,

Qui n’y fut pas mis par un prêtre.

Et si l’on connaît l’existence

Par-delà ce terme fatal ;

Si Dieu, contre toute apparence,

Me traduit à son tribunal,

Je ne craindrai point d’y paraître

Et de lui dire en ma faveur :

Jamais je ne t’ai, dans mon cœur,

Cru semblable au dieu d’aucun prêtre.

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Autor
Pierre-Antoine-Augustin de Piis
Título
L’Inutilité des Prêtres
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-linutilite-des-pretres--pierre-antoine-augustin-de-p-3e8777
Cita recomendada
Pierre-Antoine-Augustin de Piis, «L’Inutilité des Prêtres», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-linutilite-des-pretres--pierre-antoine-augustin-de-p-3e8777.html

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