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PoetósferaLa BibliotecaClaude-Emmanuel Lhuillier

Claude-Emmanuel Lhuillier · Barroco

Lettre à Monsieur Carré, pendant la Fronde

francés

La belle et galante manière 

Dont vous mettez vers en lumière

Nous fait bien voir, Monsieur Carré,

Que, lorsque vous serez curé,

Vous direz peu votre bréviaire.

Bien plutôt aurez soin et cure,

Quand vous serez à votre cure,

D’avoir toujours force poulets,

Et de vin savoureux et frais

Très suffisante fourniture.

Aussi ne verra-t-on chez vous

Hypocrites ni loups-garous,

Torts-cols à grimaçante mine,

Ni cagots de telle farine,

Mais bien des gens faits comme nous.

Maintenant, quant au Panégire

Que sans rougir je n’ai pu lire,

Fort vraiment vous m’obligerez

Si, lorsque vous nous écrirez,

Il vous plaît de n’en pas tant dire.

Eh quoi ! là dedans mon éloge

Dure plus d’une heure d’horloge,

Et pas un ne voit le pourquoi,

Car je ne suis prince ni roi,

Et vertu nulle en moi ne loge.

Ce n’est pas que si grande lettre

Ne m’obligeât bien à vous mettre

Un bel et beau remercîment ;

Mais écrivons sans compliment,

Puisque nous écrivons en mètre.

Vous saurez donc qu’ici la peste

Et la guerre, encor plus funeste,

A ravi la moitié des gens.

Je ne sais si les Allemands

Voudront bien épargner le reste.

Le Nord nous a rendu visite,

Suivi d’un nombreux exercite

De Lorrains, Croates et Goths,

Le tout pour nous mettre en repos,

Ainsi que gazette débite.

Cependant ils ne laissent pas

De charger leurs chevaux de bâts

De mainte belle et bonne harde,

Et tout ce qu’aux champs on hasarde

Est le butin de leurs soldats.

Toutes ces troupes étrangères

Font qu’on ne se promène guères.

Hélas ! comment le pourroit-on,

Puisque Chaillot et Charenton

Sont à présent places frontières ?

Je suis renfermé dans la ville,

En grand chagrin, sans croix ni pile.

Nous buvons mal, et, qui pis est,

Boirons long-temps mal, s’il ne plaît

Aux gens d’armes de faire gille.

Car à Melun une grand’chaîne,

Qui tient la pauvre Seine en gêne,

Empêchant nos fameux voisins

D’amener ici leurs bons vins,

Nous réduit à ceux de Surêne.

Encore en avons-nous bien peu,

Car, sur ma foi, ce n’est pas jeu

D’en entreprendre la voiture ;

Et qui le fait sans aventure

En doit belle chandelle à Dieu.

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Autor
Claude-Emmanuel Lhuillier
Título
Lettre à Monsieur Carré, pendant la Fronde
Lengua
francés
Época
Barroco
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-lettre-a-monsieur-carre-pendant-la-fronde--claude-emmanuel-lhuillier-c47e74
Cita recomendada
Claude-Emmanuel Lhuillier, «Lettre à Monsieur Carré, pendant la Fronde», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-lettre-a-monsieur-carre-pendant-la-fronde--claude-emmanuel-lhuillier-c47e74.html

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