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PoetósferaLa BibliotecaClaude-Emmanuel Lhuillier

Claude-Emmanuel Lhuillier · Barroco

Lettre à M. *** pour l’inviter à revenir de la campagne

francés

Ami, dis-moi, que je le sache,

Dedans les champs ce qui t’attache,

À présent que leur vert panache

Impitoyablement s’arrache

À coup de vent, à coup de hache ;

Que le brouillard les vallons cache,

Et gèle leur rude moustache ;

Que l’air d’une obscure rondache

Couvre la terre et toujours crache

Sur le vilain plancher à vache ;

Qu’on ne peut aller sans gamache

Ou grand soulier qui crotte écache,

Que de Corbeil l’orde patache

Plus que jamais les grègues tache.

Il faut que quelque douce flèche

Dans ton estomac ait fait brèche,

Que quelque bergère t’allèche,

Comme un enfant qui sirop lèche,

Ou comme un agneau près sa crèche.

Aurois-tu la tête assez sèche

Pour prendre comme de la mèche

À cette amoureuse flammèche ?

Dans ce soupçon dis si je pèche.

Quoi donc ! pour tuer une biche

Et trouver où faisan se niche,

Ou faire au lièvre quelque niche,

Cours-tu pré, bois, montagne et friche

Avec levrier et barbiche ?

Ou, grimpé dessus la corniche

D’un rocher, tout un jour, sans miche,

Attends-tu le hasard qui triche,

Qui promet dedans son affiche

À chacun de le faire riche,

Ou quelque autre colle nous fiche,

Et de bon succès est très chiche ?

Ne souffre pas qu’on te reproche

Un pareil travers, qui s’approche

De la rage et du cœur de roche

Des animaux à l’ongle croche.

Ne prends le gibier qu’à la broche,

Comme les clercs de la bazoche ;

Tu ne craindras point la taloche

D’un cerf, ni qu’un sanglier t’accroche,

Ou qu’une branche l’œil te poche,

Qu’un chicot déchire ta poche,

Qu’il te vienne au pied quelque cloche,

Que le trot d’un cheval te hoche,

Qu’il tombe, qu’il bronche ou qu’il cloche,

Ou qu’il ait quelque fer qui loche.

Viens donc, et que nulle anicroche

N’embarrasse plus ta caboche ;

Tu seras gras comme une coche

Cent ans, sans faire sonner cloche,

Sans que pour toi fosse on pioche,

Et sans humer suc de bouroche.

Viens, te dis-je, prends la galoche,

Vite comme un trait qu’on décoche,

À cheval ou dedans un coche.

Assis là tout près d’une huche,

Sur qui maint garnement se juche

Pour mieux hausser gondole et cruche,

Pendant qu’autour mainte guenuche

Toutes les nouvelles épluche,

En bourdonnant comme une ruche,

Emmitoufle-toi dans ta pluche ;

Cet an l’almanach de Coluche

Nous menace de coqueluche.

Adieu, ton valet je me huche.

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Por su autor
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Autor
Claude-Emmanuel Lhuillier
Título
Lettre à M. *** pour l’inviter à revenir de la campagne
Lengua
francés
Época
Barroco
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-lettre-a-m-pour-linviter-a-revenir-de-la-campagn--claude-emmanuel-lhuillier-75cf13
Cita recomendada
Claude-Emmanuel Lhuillier, «Lettre à M. *** pour l’inviter à revenir de la campagne», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-lettre-a-m-pour-linviter-a-revenir-de-la-campagn--claude-emmanuel-lhuillier-75cf13.html

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