V.
J’ai quitté mon toit ce matin ;
Ma mère, avec une caresse,
Ma mère m’a mis dans la main
Un écu, mince richesse.
« Maintenant qui veut me nourrir ?
Qui veut me prendre en sa demeure ?
Je fais serment de le servir
Le jour et la nuit, à toute heure.
J’irai surveiller ses pastours
Et battre son blé dans la grange ;
Je ferai ses foins, ses labours,
Sa moisson et sa vendange… »
Puis, quand les gages sont donnés,
Ils s’en reviennent à la danse.
Sonnez, cornemuses, sonnez ;
Toi, vielleur, marque la cadence !
Avec leur danseuse au côté,
Ils tournent et sautent sans cesse ;
O dernier jour de liberté,
On te boit avec ivresse !
Aujourd’hui c’est l’air imprégné
D’amour, l’air natal du village ;
Mais demain c’est le pain gagné
À la sueur de son visage.
Ce soir encor, tout est plaisir ;
Mais demain il faudra connaître
L’escalier si raide à gravir,
Le dur escalier du maître !