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Albert Mérat · Modernismo

Les Trente-six Dédicaces pour les trente-six quatrains à Madame

francés

Ne cherche, dans aucun cas,

À charmer un imbécile :

C’est presque aussi difficile

Que de plaire aux délicats.

Nié poète, c’est ton lot ;

Tous les temps ont mêmes allures :

On a pris pour des gravelures

Ces vignettes de Gravelot.

Par le sourire et le baiser

Grandis ton rôle de poète,

Et qu’en un ciel clair se reflète

Ta devise : ne pas raser.

Dans les Trianons bocagers

Feuilletez-moi d’un doigt paisible,

Plutôt que de lire la Bible

À l’ombrage des Bérengers.

Cet hommage m’eût été doux :

Je voulais par humeur badine

Vous offrir ces quatrains, Claudine ;

Mais ils sont bien fades pour vous.

Ma muse n’est pas refroidie,

Elle s’échauffe même un peu.

Buvons, Champagne et Normandie,

Et vive le trou du milieu !

J’eus peur d’avoir suivi la trace

Des poètes licencieux :

Le suffrage m’est précieux

D’un homme d’esprit et de race.

C’est moi qui prends en défaut,

Ô critique, vos sornettes :

Pour regarder des vignettes

Vous n’avez pas l’œil qu’il faut.

Ne prenez pas, Monsieur, ces mines de bégueule ;

Le talon rouge est ma chaussure, tous mes mots

Sont choisis, même quand je m’adresse à des sots

Ne me contraigniez pas à vous dire… ta bouche !

Le poète des chats, vous l’êtes, et j’envie

Cette appellation qui plait aux délicats.

Heureux si je parus, un instant dans ma vie,

Être, autrement que vous, le poète des chats.

Ami cocu, je te dédie

Ce frivole onzième quatrain ;

Tu demeures le boute-en-train

De notre humaine comédie.

Cet hommage, je vous le dois,

Mais ce sont des feuilles légères ;

Elles vous seraient étrangères :

Vous êtes un homme de poids.

Certains vers me font aboyer,

J’excepte les miens et les vôtres…

Tout est là : ne pas ennuyer,

Ne pas faire aboyer les autres.

Les lilas tardent à fleurir,

Nous n’avons que des fleurs de givre ;

L’air sourit en ce petit livre :

Permettez-moi de vous l’offrir.

Ma muse a l’air d’être endormie,

Elle veille tout en dormant :

J’ai fait ces vers évidemment

Pour être de l’Académie.

Puissiez-vous, vous plaisant à l’art

Des petits livres d’étagères,

Trouver dans ces feuilles légères

Une esquisse de Fragonard !

Les vers ennuyeux, c’est la pluie :

On a beau paraître endurant.

Il pleut déjà six mois durant !

Que ce petit livre t’essuie !

Mon ami, qui m’avez donné

Le joli titre de ces pages,

Souriez à leurs badinages

Sur un sopha capitonné.

Un joli siècle qui fut grand

Aima ces légères escrimes…

Votre esprit m’est un sûr garant

Que vous vous plairez à ces rimes.

En ce temps d’ennui souverain

Où si peu de France surnage,

Sois clément à plus d’un quatrain

Que j’écrivis par badinage.

À vous qui comprîtes ce jeu,

J’offre ces quatrains à Madame ;

Entre l’hommage et l’épigramme

Ils gardent un juste milieu.

Vers qu’on peut lire

Sans ennuis longs ;

Pièces à dire

Dans les salons.

Certes, la chair ne vaut pas cher,

Mais ne dis pas qu’elle est infâme.

Sais-tu même où serait ton âme

Sans la guenille de ta chair ?

Cherchant les vieux amis, pas tous,

Demeurés indulgents pour elle,

Par une pente naturelle

Ma pensée est allée à vous.

À ce blâme je me résigne

Si vous trouvez, mon cher ami,

Que ce livre est chaste à demi,

Vous mettrez la feuille de vigne.

Docteur, je vais être jaloux :

(Je pense aux œillets de Marcelle) ;

Ma muse, sans être pucelle,

N’ose rester seule avec vous.

À ce petit livre il fallait

Une toilette bien plus fine.

Caressez-le malgré sa mine :

Il est joli, bien qu’il soit laid.

Tout en allant et venant,

Trouvez à ces vers frivoles

Des oreilles bénévoles :

« Pas un mot inconvenant ! »

Sans que s’offense d’un autre art

La majesté de votre ancêtre,

En lisant ces vers, veuillez être

Mademoiselle Fragonard.

Bien qu’on puisse avec quelque honneur

Me recevoir dans les familles,

Ce livre n’a pas ce bonheur

D’être écrit pour les jeunes filles.

Où sont les petites Mousmés,

La fleur d’ambre de leur haleine,

Et leurs lèvres de porcelaine

Aux coins roses et parfumés ?

Jadis, férus du même amour,

Nous allâmes en Italie :

À Trianon que l’on oublie

Venez avec moi faire un tour.

De grâce, n’allez-pas, mon cher, grossir le chœur.

À jeu léger main lourde ou sotte, c’est tout comme ;

Vous savez ce qui dort dans le cœur de tout homme :

N’éveillez pas celui qui dort en votre cœur.

La vie atroce serait pire

Si l’on ne souriait un peu ;

J’accepte que le ciel soit bleu,

Et je m’efforce de sourire.

Soyez mes anges tutélaires,

Les autres ne me sont pas doux ;

Je crains de manquer d’exemplaires :

Dites-moi, combien êtes-vous ?

Ils sont trop ! qu’es-tu malheureux

Contre ces flots intarissables ?

Ô tous les grains de tous les sables,

Vous n’êtes pas aussi nombreux.

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Por su autor
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Autor
Albert Mérat
Título
Les Trente-six Dédicaces pour les trente-six quatrains à Madame
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-trente-six-dedicaces-pour-les-trente-six-qua--albert-merat-1d8d41
Cita recomendada
Albert Mérat, «Les Trente-six Dédicaces pour les trente-six quatrains à Madame», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-trente-six-dedicaces-pour-les-trente-six-qua--albert-merat-1d8d41.html

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