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Léon Séché · Modernismo

Les Poètes du terroir T I — Léon Séché

francés

Ce n’est pas une grande ville,

Elle tiendrait facilement

Dans Paris. — n’ayant que cinq mille,

Oui, cinq mille âmes seulement.

Mais c’est une ville coquette

Et mignonne à proportion.

On y trouve à discrétion

Les cancans et la femme honnête.

Les vêtements n’y sont pas chers,

Le tailleur pour rien vous habille.

Seulement gare à son aiguille :

Elle entre souvent dans les chairs.

La ville est agréable en somme.

On y boit le vin du coteau,

Lequel, sans ouvrir le couteau,

A déjà tué plus d’un homme.

C’est un tout petit vin clairet

Dont la grappe est jaune à l’automne

Et qu’on boit à même la tonne

Sur la table du cabaret.

De tous côtés sont des collines.

La ville est dans un entonnoir.

Un grand fleuve sert de miroir

À de vieilles tours en ruines.

Ce château, du temps des barons,

Etait la clef de la Bretagne.

Aujourd’hui les Sœurs de Chavagne

Y font leurs saints heptamérons.

Ancenis n’a plus de couronne,

Les seigneurs sont morts, Dieu merci !

Car elle est plus heureuse ainsi,

Que du temps qu’elle était baronne,

La Loire a cessé d’investir

Ses tours, où poussent les orties,

Depuis qu’on les a converties —

Comment dirai-je ? — en repentir !

Elle vient quand même à la rive

Échouer amoureusement,

Et coule si nonchalamment

Que son onde parait captive.

Mais, les bords anceniens franchis,

Elle emporte en mer avec elle

La silhouette et la dentelle

Des objets qu’elle a réfléchis !

J’ai parlé de tout, sauf des femmes :

Elles auront mon dernier mot !

Je crois vous avoir dit plus haut

Qu’elles étaient d’honnêtes âmes.

Chez elles la fleur de vertu

S’épanouit en pleine terre ;

Le cœur large, du caractère,

Mais la langue ! un couteau pointu

Il faut les entendre à leur porte

S’entretenir en comité :

« Et votre homme ? — Il est alité.

— Et votre voisine ? — Elle est morte

— Ah ! la pauvrette ! — Savez-vous ?…

— Quoi ! — Mathurine se marie !

— Avec qui ? — Tout le monde en crie :

Elle épouse un sac de gros sous !

— Ah ! la coquette ! ah ! la coquine !

Encore un sot d’ensorcelé.

En a-t-elle déjà volé

De ces hommes qu’elle assassine ! »

C’est ainsi, du soir au matin,

Quand on sonne un glas, un baptême.

Durant l’avent comme en carême,

On s’occupe de son prochain.

La belle ville ! allez-vous dire.

Que celle dont les habitants

Passent la moitié de leur temps

Dans les cancans et la satire !

Oui, n’en soyez pas étonné,

Je n’en sais pas de plus jolie

En France, même en Italie,

Et je l’aime, car j’y suis né !

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Por su autor
Léon Séché
Dónde vive
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Expediente

Autor
Léon Séché
Título
Les Poètes du terroir T I — Léon Séché
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-poetes-du-terroir-t-i-leon-seche--leon-seche-9314d0
Cita recomendada
Léon Séché, «Les Poètes du terroir T I — Léon Séché», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-poetes-du-terroir-t-i-leon-seche--leon-seche-9314d0.html

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