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Hippolyte Violeau · Modernismo

Les Poètes du terroir T I — H. Violeau

francés

L’air était froid, la glace avait durci le sol,

Et, le long d’un sentier qui mène à Rumengol,

Cheminait une pauvre femme ;

Fervente pèlerine, avec son bâton blanc,

Elle allait les pieds nus et d’un pas chancelant

À l’église de Notre-Dame.

Arrivée à l’autel : « Sainte Vierge, je viens

Parce que je vous aime et que je me souviens

De mon premier pèlerinage.

A genoux, de ces murs j’ai fait trois fois le tour ;

Je vous priais alors, avec des pleurs d’amour,

De féconder mon mariage.

« Dix mois après, un fils, un ange du Seigneur,

Egayait ma cabane et dormait sur mon cœur ;

J’essayais mes chansons de mère.

Grand-père, au coin du feu, riait de m’écouter,

Et cependant, hélas ! j’avais tort de chanter,

Car cette vie est bien amère.

« Le roi veut des soldats, et, demain, notre enfant,

Si vous l’abandonnez, si rien ne le défend,

Va nous être pris pour l’armée ;

Et nous, tristes vieillards, que ferons-nous alors ?

Ahl l’on pourra bientôt semer l’herbe des morts

Devant notre porte fermée.

« Pour préserver mon fils, j’ai fait ce que j’ai dû.

J’ai cueilli, vers le soir, dans un sentier perdu,

Le gui, le trèfle et la verveine ;

J’ai fait bénir au bourg une bague d’étain.

J’ai lavé les habits qu’il portera demain

Dans l’eau d’une sainte fontaine.

« Il manquait un secours plus puissant et plus doux,

J’ai pris mon bâton blanc, et me voilà chez vous !

Je n’ai ni couronne ni cierge.

Nous, pauvres laboureurs, nous ne vous donnons rien,

Nous venons cependant, vous nous connaissez bien.

Et vous êtes la bonne Vierge !

« Vous sauverez mon fils ! Vous nous l’avez donné,

Et vous ne voulez point que, seul, abandonné,

On le chasse de sa montagne ;

Non, vous ne voulez point qu’on enchaîne ses pas

Dans les murs d’une ville où l’on ne parle pas

Le doux langage de Bretagne !

« Notre enfant est à nous ! Je ne croirai jamais

Que l’heure du repas arrive désormais

Sans que ma table nous rassemble !

Mais notre vie à nous, n’est-ce pas de le voir ?

On partage avec joie un morceau de pain noir

Tant qu’on peut le manger ensemble.

« Un jour, sainte patronne, — un prêtre me la dit,

S’échappant en secret, votre fils se rendit

Au temple d’une grande ville.

Vous le cherchiez partout, le pleurant, l’appelant,

Implorant de chacun ce mot si consolant :

 « Le voici ! retournez tranquille ! »

« Eh bien. Reine du ciel, ce mot tant désiré

Quand vous avez soufFert, quand vous avez pleuré,

Faites qu’aujourd’hui je l’obtienne !

Dites à votre enfant, maintenant souverain,

Que l’absence d’un fils est le plus grand chagrin

D’une pauvre mère chrétienne.

« Adieu, Marie, adieu ! mes vœux sont écoutés !

En chantant vos grandeurs et surtout vos bontés,

Je vais regagner ma demeure.

J’entrai bien faible ici, je suis forte en sortant :

Il ne partira pas !… il me reste… et pourtant,

Malgré moi, je tremble et je pleure ! »

Le chrétien, le Breton qui raconte ceci

Connaît la pèlerine et son enfant aussi,

Et le soir, au pied du Calvaire,

Le jeune homme, aujourd’hui fermier à Kerenneur,

Lui redit bien souvent qu’il doit tout son bonheur

À la patronne de sa mère.

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Por su autor
Hippolyte Violeau
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Expediente

Autor
Hippolyte Violeau
Título
Les Poètes du terroir T I — H. Violeau
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-poetes-du-terroir-t-i-h-violeau--hippolyte-violeau-4b1a90
Cita recomendada
Hippolyte Violeau, «Les Poètes du terroir T I — H. Violeau», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-poetes-du-terroir-t-i-h-violeau--hippolyte-violeau-4b1a90.html

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