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Gabriel Marc · Modernismo

Les Poètes du terroir T I — Gabriel Marc

francés

Dans les âges lointains, mystérieux et sombres,

Tout remplis de clartés fulgurantes et d’ombres

Où notre œil effrayé se perd,

Dans ces temps oubliés qui sans cesse reculent,

Sur lesquels, entassés, les siècles s’accumulent,

Où tout semble morne et désert ;

Un grand lac, dont on voit la trace indélébile.

Recouvrait ce pays de sa nappe immobile,

Où le pied du Sancy baignait ;

Et sur ce réservoir de l’onde originelle,

Que parfois un oiseau frôlait seul de son aile,

Un vaste silence régnait.

Tout à coup l’eau parut sourdement agitée,

Et, dans le sein profond de la terre irritée,

Un bruit courut lugubrement,

Pareil aux roulements d’un tonnerre invisible,

Et le monde sentit, à ce défi terrible,

Un immense tressaillement.

Les feux intérieurs, emprisonnés au centre.

Semblaient se révolter pour sortir de leur antre,

Au souffle d’un fauve ouvrier.

Les montagnes tremblaient du sommet à la base,

Et le lac bouillonnait, comme l’eau d’un grand vase

Au-dessus d’un ardent brasier.

Le sol lutta longtemps contre la flamme intense,

Echauffé, remue, fier de sa résistance

À l’assaut du gouffre tonnant ;

Puis, sous la pression des cavernes profondes,

Céda sans se briser, et soudain sur les ondes

Un cône s’éleva géant.

Mais après tant d’efforts, la terre enfin lassée,

Autour de la montagne en plein ciel élancée,

Entrouvrit son énorme flanc,

Et la flamme et le feu, sortant par cent fissures,

Jaillirent dans les airs, ainsi que des blessures

On voit couler des flots de sang.

Et ce fut un spectacle étrange et formidable.

Les combattants, avec un bruit épouvantable,

La terre, l’eau, l’air et le feu,

Se croisant en tous sens comme une immense armée,

Et mêlant leurs débris, leurs éclairs, leur fumée,

Hurlaient sous le regard de Dieu.

Bientôt l’eau recula tremblante vers la plaine ;

Mais les volcans jaloux et sans reprendre haleine,

Insultant le Dôme hautain,

Crachaient des blocs ardents du fond de leurs abîmes,

Acharnés, flamboyants, faisant rougir les cimes

Blanches de neiges au lointain.

Ils rugissaient autour du sommet qui les brave.

Ils écumaient de rage, et leur brûlante lave

Se répandait comme un torrent ;

Et tous, sans se lasser, effrayant l’étendue.

Recommençaient toujours leur attaque éperdue

Aux pieds du cône indifférent.

Pareils à des Titans armés de catapultes,

Bien longtemps ces lutteurs vomirent leurs insultes,

Incendiant le ciel vermeil ;

Et lorsque fut éteint le feu qui les dévore.

Bien longtemps leur fumée obscurcissait encore

L’azur céleste et le soleil.

Un jour tout s’apaisa. La funèbre nuée

Se dissipa. La terre affreuse, bossuée.

Referma ses flancs entr’ouverts,

Froids sous le dur granit et les rouges scories ;

Et les volcans éteints, ces mamelles taries.

Blanchirent par les longs hivers.

La plaine se couvrit de frondaisons superbes.

Mais du sol calciné les arbres ni les herbes

N’osaient parer la nudité ;

Et le Puy, dont le front portait plus d’une entaille,

Muet contemplateur de ce champ de bataille,

Se dressait dans sa majesté.

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Autor
Gabriel Marc
Título
Les Poètes du terroir T I — Gabriel Marc
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
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Cita recomendada
Gabriel Marc, «Les Poètes du terroir T I — Gabriel Marc», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-poetes-du-terroir-t-i-gabriel-marc--gabriel-marc-df95d3.html

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