Quoi ! Daniel, à six ans vous faites le faux brave,
Vous insultez le chien qui dort,
Vous lui tirez l’oreille, et, raillant votre esclave
Sous ses pas endormis vous dressez une entrave.
L’esclave qui sommeille, ô Daniel ! n’est pas mort !…
Son réveil s’armera d’une dent meurtrière ;
La preuve en a rougi votre linge en lambeaux…
Oui, vous voilà blessé, mais blessé par derrière !
Malgré la nuit, j’y vois ; sauvons-nous des flambeaux ;
Sauvons-nous des témoins… Moi, je suis votre mère ;
Je cacherai ta honte, enfant, dans mon amour.
Viens ! j’ai pitié de toi, car ta honte est amère.
Bénis Dieu, sa bonté vient d’éteindre le jour !
Personne ne t’a vu, lâche et méchant !… Écoute :
Pour t’appeler méchant, sais-tu ce qu’il m’en coûte ?
C’est ton nom pour ce soir ; subis-le devant moi.
Va ! personne jamais ne l’entendra que toi.
Personne ne t’a vu d’une bête innocente
Tourmenter l’indolent sommeil,
Et, pour irriter son sommeil,
Lui simuler sa chaîne absente.
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Le printemps est si beau ! sa chaleur embaumée
Descend au fond des cœurs réveillés et surpris ;
Une voix qui dormait, une ombre accoutumée,
Redemande l’amour à nos sens attendris.
La raison vainement à ce danger s’oppose ;
L’image inattendue enivre la raison.
Tel un insecte ailé s’élance sur la rose
Et la brûle d’un doux poison.
Des jeunes souvenirs la foule caressante
Accourt, brave la crainte, et l’espace et le temps ;
Qui n’a cru respirer, dans la fleur renaissante,
Les parfums regrettés de ses premiers printemps ?
Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive,
Naguère un charme triste est venu m’attendrir.
L’écouterai-je encor, curieuse et craintive,
Ce doux accent qui fait mourir ?
Ce nom… j’allais le dire ; il m’est donc cher encore ?
Ma frayeur n’a donc plus de force contre lui ?
Toi, qui ne m’entends pas, d’où vient que je t’implore ?
N’es-tu pas loin ? n’ai-je pas fui ?
Reverrai-je tes yeux, dont l’ardente prière
Obtiendrait tout des cieux ?
Oui, pour ne plus les voir, j’abaisse ma paupière ;
Je m’enfuis dans mon ame, et j’ai revu tes yeux !
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Ondine, enfant joyeux qui bondis sur la terre,
Mobile comme l’eau qui te donne son nom,
Es-tu d’un séraphin le miroir solitaire ?
Sous ta grâce mortelle orne-t-il ma maison ?
Quand je t’y vois glisser, dansante et gracieuse,
Je sens flotter mon ame errante autour de toi ;
Je me regarde vivre, ombre silencieuse ;
Mes jours purs, sous tes traits, repassent devant moi.
Car, toujours ramenés vers nos jeunes annales,
Nous retrempons nos yeux dans leurs fraîches couleurs ;
Midi n’a plus le goût des heures matinales
Où l’on a respiré tant de sauvages fleurs ;
Le champ, le plus beau champ que renfermât la terre,
Furent les blés bordant la maison de mon père,
Où je dansais, volage, en poursuivant du cœur
Un rêve qui criait : Bonheur ! bonheur ! bonheur !
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