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Jules Lemaître · Modernismo

Les Mouettes

francés

I

Par les couchants sereins et calmes, les mouettes

Vont mêlant sur la mer leur vol entrecroisé :

Tels des gris souvenirs pleins de douceurs secrètes

Voltigeant dans un cœur souffrant, mais apaisé.

L’une, dans les clartés rouges et violettes

D’un coucher de soleil, fend le ciel embrasé ;

Une autre comme un trait, plonge aux ondes muettes

Ou se suspend au flot lentement balancé.

Nul oiseau vagabond n’a de plus longues ailes,

De plus libres destins, ni d’amours plus fidèles

Pour le pays des flots noirs, cuivrés, bleus ou verts.

Et j’aime leurs ébats, car les mouettes grises

Que berce la marée et qu’enivrent les brises

Sont les grands papillons qui butinent les mers.

II

Vers le grand soleil d’or qui, par l’ombre insulté,

Ramène sur son front sa pourpre qu’il déploie,

Là-bas, vers l’incendie énorme qui flamboie

Sous l’écran violet de l’âtre illimité,

Il vole, il vole, épris d’un désir indompté,

L’oiseau gris qui du gouffre et des flots fait sa joie ;

Dans cette pourpre ardente il s’enfonce, il se noie,

Et qui le voit du bord le voit dans la clarté.

Jamais il n’atteindra l’astre divin : qu’importe ?

— Ainsi vers l’Idéal un saint amour m’emporte,

Heureux si je pouvais, dans mes rapides jours,

Loin des réalités et des laideurs humaines,

Sans l’atteindre jamais m’en approchant toujours,

Apparaître baigné de ses lueurs lointaines !

III

Couchant bizarre. En haut le ciel couleur de brique ;

Plus bas, rayant le mur de l’éternel palais,

Luisent sur une nacre aux chatoyants reflets

De minces traits de feu, d’un éclat phosphorique.

Avec une rigueur quasi géométrique

Se prolongent tout droit ces lumineux filets,

Parallèles entre eux, rouges et violets,

Réglant le ciel ainsi qu’un papier à musique.

Des mouettes là-bas, esprits des flots amers,

Nouant et dénouant des gammes à travers

Cette portée immense aux lignes purpurines,

Dans leur vol cadencé la sèment de points noirs

Et notent le chant triste et divin des beaux soirs,

Lentement déchiffré par les brises marines.

IV

L’eau, répète

Le ciel mat.

Calme plat,

Mer muette.

La mouette,

Qui s’ébat

Sur le mât,

Le complète,

Simulant

D’un vol lent

Et perplexe

Un accent

Circonflexe

En passant.

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Por su autor
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Expediente

Autor
Jules Lemaître
Título
Les Mouettes
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-mouettes--jules-lemaitre-0d319d
Cita recomendada
Jules Lemaître, «Les Mouettes», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-mouettes--jules-lemaitre-0d319d.html

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