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PoetósferaLa BibliotecaGuillaume Amfrye de Chaulieu

Guillaume Amfrye de Chaulieu · Ilustración

Les louanges de la vie champêtre

francés

Désert, aimable solitude,

Séjour du calme et de la paix,

Asile où n’entrèrent jamais

Le tumulte et l’inquiétude,

Quoi ! j’aurai tant de fois chanté

Aux tendres accords de ma lyre

Tout ce qu’on souffre sous l’empire

De l’amour et de la beauté ;

Et, plein de la reconnaissance

De tous les biens que tu m’as faits,

Je laisserai dans le silence

Tes agrémens et tes bienfaits !

C’est toi qui me rends à moi-même ;

Tu calmes mon cœur agité ;

Et de ma seule oisiveté

Tu me fais un bonheur extrême.

Parmi ces bois et ces hameaux,

C’est là que je commence à vivre ;

Et j’empêcherai de m’y suivre

Le souvenir de tous mes maux.

Emplois, grandeurs tant désirées,

J’ai connu vos illusions ;

Je vis loin des préventions

Qui forgent vos chaînes dorées.

La cour ne peut plus m’éblouir :

Libre de son joug le plus rude,

J’ignore ici la servitude

De louer qui je dois haïr.

Fils des dieux, qui de flatteries

Repaissez votre vanité,

Apprenez que la vérité

Ne s’entend que dans nos prairies

Grotte d’où sort ce clair ruisseau,

De mousse et de fleurs tapissée,

N’entretiens jamais ma pensée

Que du murmure de ton eau.

Bannissons la flatteuse idée

Des honneurs que m’avaient promis

Mon savoir-faire et mes amis,

Tous deux maintenant en fumée.

Je trouve ici tous les plaisirs

D’une condition commune ;

Avec l’état de ma fortune

Je mets de niveau mes désirs.

Ah ! quelle riante peinture

Chaque jour se montre à mes yeux

Des trésors dont la main des dieux

Se plaît d’enrichir la nature !

Quel plaisir de voir les troupeaux,

Quand le midi brûle l’herbette,

Rangés autour de la houlette,

Chercher le frais sous ces ormeaux,

Puis sur le soir à nos musettes

Ouïr répondre les coteaux,

Et retentir tous nos hameaux

De hautbois et de chansonnettes !

Mais, hélas ! ces paisibles jours

Coulent avec trop de vitesse ;

Mon indolence et ma paresse

N’en peuvent suspendre le cours.

Déjà la vieillesse s’avance ;

Et je verrai dans peu la mort

Exécuter l’arrêt du sort,

Qui m’y livre sans espérance.

Fontenay, lieu délicieux

Où je vis d’abord la lumière,

Bientôt au bout de ma carrière,

Chez toi je joindrai mes aïeux.

Muses, qui dans ce lieu champêtre

Avec soin me fîtes nourrir,

Beaux arbres, qui m’avez vu naître,

Bientôt vous me verrez mourir !

Cependant du frais de votre ombre

Il faut sagement profiter,

Sans regret, prêt à vous quitter

Pour ce manoir terrible et sombre

Où de ces arbres dont exprès,

Pour un doux et plus long usage,

Mes mains ornèrent ce bocage,

Nul ne me suivra qu’un cyprès.

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Autor
Guillaume Amfrye de Chaulieu
Título
Les louanges de la vie champêtre
Lengua
francés
Época
Ilustración
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-louanges-de-la-vie-champetre--guillaume-amfrye-de-chaulieu-bccff8
Cita recomendada
Guillaume Amfrye de Chaulieu, «Les louanges de la vie champêtre», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-louanges-de-la-vie-champetre--guillaume-amfrye-de-chaulieu-bccff8.html

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