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André de Guerne · Modernismo

Les Flûtes alternées — En Flandre

francés

Fuyons ! Voici le temps des roses,

Belle fuyons ! Voici l’été

Qui sème au seuil des portes closes

La poussière de la cité.

Partout où Juillet nous exile,

Si nous aimons, nous trouverons

Un peu d’ombre pour notre asile,

Un reflet d’azur pour nos fronts.

Allons où le veut la fortune

De notre insoucieux essor.

Regarde, ici la terre est brune,

Les filles ont des cheveux d’or.

Ici la plaine humide et noire

S’épanouit et livre au vent

L’inépuisable et chaste gloire

Des lins bleus et des blés mouvants.

Les arbres que les lointains groupent,

Ormes, chênes, grands peupliers

Majestueusement découpent

Des formes droites de piliers.

Mais quand la tempête qui gronde

Mêle leurs rameaux on dirait

Qu’il tombe de la nuit profonde

Moins d’ombre que de la forêt.

Le frisson miroitant des branches

Palpite au bord des lents canaux

Et des scintillations blanches

Moirent les ailes des vanneaux.

Puis là-bas, quand soufflent les brises

Sur les horizons opalins

Vois s’ouvrir d’autres ailes grises,

Les ailes grises des moulins.

La meule grince entre les cerches ;

Les chars gémissent dans les champs ;

Le houblon vert s’enroule aux perches

Et la fumée aux toits penchants.

C’est la grave et forte nature,

La mère aux seins démesurés

Qui fait lever de l’emblavure

Tout l’orgueil des labeurs sacrés,

Et qui, sentant sous les éteules

Frémir la mine aux longs couloirs,

Oppose aux dômes blonds des meules

Des montagnes de charbons noirs.

C’est la terre aux sonores villes

Où s’éveillèrent autrefois

Vos appels, libertés civiles !

Et vos révoltes, ô beffrois !

Dont les cloches semblaient épandre,

Sur les cités et les sillons,

L’âme héroïque de la Flandre

Dans la rumeur des carillons.

Aimons ici, près des eaux mornes

Et sous les saules argentés.

Confions nos rêves sans bornes

À ces pâles sérénités.

Aimons sous le ciel qui s’irise.

Au ciel du Nord frileux et doux,

Ô belle ! apportons la surprise

Du clair soleil qui luit en nous.

Que notre joie, aube inconnue

De feux, de splendeurs, de rayons,

Colore l’indécise nue

Qui flotte aux froids Septentrions.

Ayons nos cœurs, ayons nos lyres,

Nos chants, nos baisers, nos amours,

Pour égayer de nos délires

La grande plaine et les bois sourds.

Oublions l’azur et la Grèce,

L’Attique et les sacrés ravins.

La terre est douce, enchanteresse

Et divinisée où tu vins.

L’horizon partout où l’on aime

Est clément, radieux, vermeil.

L’illusion fait le poème

Et le sourire, le soleil.

La Thrace était sauvage et sombre ;

Mais lorsque, sous le ciel noirci,

Eurydice eut passé dans l’ombre,

La Thrace fut divine aussi.

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Autor
André de Guerne
Título
Les Flûtes alternées — En Flandre
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-flutes-alternees-en-flandre--andre-de-guerne-30158a
Cita recomendada
André de Guerne, «Les Flûtes alternées — En Flandre», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-flutes-alternees-en-flandre--andre-de-guerne-30158a.html

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