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PoetósferaLa BibliotecaPierre Dupont

Pierre Dupont · Romanticismo

Le Tisserand

francés

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

Au chanvre, quand j’étais petit,

J’allais casser les chènevottes.

Tantôt je dénichais un nid,

Tantôt déchirais mes culottes :

C’était le beau temps du plaisir.

Le ciel depuis en fut avare.

En septembre on faisait rouir

Le chanvre dans la grande mare.

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

Le chanvre aime le plat pays,

Les oiseaux sous sa verte ombrelle

Vont becqueter le chènevis :

Il a fleur mâle et fleur femelle.

De l’une on tire le gros fil

Pour le cordage et la voilure ;

L’autre fournit le plus subtil,

Pour toile fine et pour guipure.

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

Quand l’hiver chasse les oiseaux,

À la veillée on vient en troupe ;

Les filles tournent leurs fuseaux

Et les garçons battent l’étoupe.

Chez un cordier, devenu grand,

J’ai tourné la roue à mon aise,

Et depuis je suis tisserand,

Et le serai tant qu’à Dieu plaise.

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

Tendre une chaîne et l’ajuster

Étampé contre la poitrine,

Nouer ses fils et les compter,

C’est minutieux, j’imagine :

Au fond des caves, le travail

Est plus beau, la toile est moins raide ;

On perd la vue à fin de bail,

Les lunettes sont un remède.

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

Encor, si je tissais en l’air,

Comme fait ma sœur l’araignée,

Sans ma lampe j’y verrais clair ;

Mais bah ! ma vie est résignée,

Il faut des voiles au vaisseau,

Aux morts des linceuls, aux fillettes

Qui me commandent leur trousseau

Des draps de lit et des layettes.

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

La propreté n’a pas de rang ;

Dieu donne le chanvre et l’eau vive.

Faites gagner le tisserand

Et les laveuses de lessive.

Suffit-il pour être content

De bien manger et de bien boire ?

Il faut avoir dans tous les temps

Du linge blanc dans son armoire.

Des deux pieds battant mon métier,

Je tisse, et ma navette passe,

Elle siffle, passe et repasse,

Et je crois entendre crier

Une hirondelle dans l’espace.

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Dónde vive
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Expediente

Autor
Pierre Dupont
Título
Le Tisserand
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-tisserand--pierre-dupont-5b825d
Cita recomendada
Pierre Dupont, «Le Tisserand», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-tisserand--pierre-dupont-5b825d.html

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