CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaNicolas Flamel

Nicolas Flamel · Medieval

Le Sommaire philosophique

francés

QVi veult avoir la cognoiſſance

Des metaulx & vraye ſcience

Comment il les fault tranſmuer

Et de l vn à lautre muer,

5Premier il convient qu’il cognoiſſe

Le chemin & entiere addreſſe

De quoy ſe doivent en leur miniere

Terrestre former, & maniere.

Ainſi ne fault il point qu’on erre

10Regarder es veines de terre

Toutes les tranſmutations

D’on ſont forméz en nations.

Par quoy tranſmuer ilz ſe peuuent

Dehors les minieres, ou ſe treuuent

15Eſtans premier en leurs eſpritz :

Aſſavoir, pour n’eſtre repris,

En leur ſoulphre & leur vif argent,

Que nature ha faict par art gent.

car tous metaulx de ſoulphre sont

20Forméz & vif argent qu’ilz ont.

Ce sont deux ſpermes des metaulx

Quelz qu’ilz ſoyent, tant froids que chauldz.

L’vn eſt maſle, lautre femelle :

Et leur complexion eſt telle.

25Mais les deux ſpermes deſſuſdictz,

Sont compoſéz, ceſt sans redictz,

Des quatre elemens, ſeurement

Cela i’afferme vraiement.

Ceſt aſcavoir le premier ſperme

30Maſculin, pour ſcavoir le terme,

Qu’en philosophie, on appelle

Soulphre, par vne facon telle,

N’eſt autre choſe que element

De lair & du feu ſeulement.

35Et est le ſoulphre fix, semblable

Au feu, ſans eſtre variable,

Et de nature metalique :

Non pas ſoulphre vulgal inique :

Car le ſoulphre vulgal, n’a nulle

40Subſtance (qui bien le calcule)

Metalique, à dire le vray.

Et ainsi ie le prouveray.

L’autre ſperme, qu’eſt feminin,

C’eſt celuy, pour ſcavoir la fin,

45Qu’on ha couſtume de nomer

Argent vif, & pour vous ſommer,

Ce n’eſt ſeulement que eaue & terre,

Qui ſ’en veult plus à plain enquerre.

Dont pluſieurs hommes de ſcience

50Ces deux ſpermes la ſans doubtance,

Ont figuréz par deux dragons,

Ou ſerpens pires, ſe dict on.

L’vn ayant des ailes terribles,

L’autre ſans aile, fort horrible.

55Le dragon figuré ſans aile,

Eſt le soulphre, la choſe est telle,

Lequel ne ſen vole iamais

Du feu, voyla le premier metz.

Lautre ſerpent qui ailes porte,

60C’eſt argent vif, que vent emporte,

Qui est ſemence feminime

Faicte deaue & terre pour mine.

Pour tant au feu point ne demeure,

Ains ſen vole quand veoit ſon heure.

65Mais quand ces deux ſpermes diſjointz

Sont aſſembléz & bien conjointctz,

Par vne triumphante nature,

Dedans le ventre du mercure,

Qu’est le premier metal formé,

70Et eſt celuy qui eſt nomé

Mere de tous autres metaulx,

Philoſophes de montz & vaulx

Lont appelle dragon volant :

Pource que vn dragon, en allant,

75Qu’est enflambé avec ſon feu,

Va par lair iectant peu à peu

Feu & fumée venimeuſe

Qu’eſt une chose fort hydeuſe

A regarder telle laydure :

80Ainſi pour vray faict le mercure,

Quand il est ſur le feu commun,

C’eſt à dire, en des lieux aulcun,

En un vaiſſeau mis & posé

Et le feu commun diſposé,

85Pour luy allumer promptement

Son feu de nature aſprement,

Qu’au profond de luy eſt caché,

Alors ſi vous voulez tacher

Veoyr quelque choſe veritable

90Par feu commun dit vegetable,

L’un enflambera par ardure

Du mercure feu de nature.

Alors, ſi eſtes vigilant,

Verrez par l’air iectant, courant,

95Une fumée venimeuſe,

Mal odorante, & maligneuſe,

Trop pire, enflambe & en poyſon

Que n’est la teſte d’un dragon

Sortant à coup de Babylonne

100Qui deux ou troys lieues environne.

Autres philoſophes ſcavans,

Ont voulu chercher tant avant,

Qu’ilz l’ont figuré en la forme

D’vn lyon volant, ſans difforme.

105Et l’ont auſſi nommé lyon :

Pource qu’en toute region

Le lyon devore les bestes

Tant ſoient gentes & propretes

En les mangeant à ſon plaiſir,

110Quant d’elles il ſe peut ſaiſir,

Sinon celles qui ont puiſſance

Contre luy ſe mettre en deffence,

Et resister par grande force

A sa fureur, quand il les force :

115Ainsi que le mercure faict.

Et pour mieux entendre l’effect,

Quelque metal que vous mettéz

Avecques luy, ces motz notéz,

Soudain il le difformera,

120Devorera, & mangera.

Le lyon faict en telle sorte.

Mais sur ce point, je vous enhorte

Qu’il y a deux metaulx de priz

Qui sur luy emporte le priz

125En toutale perfection,

L’un on nonme or sans fiction :

L’aultre argent ce ne nye aulcun,

Tant est il notoire à chascun,

Que si mercure est en fureur,

130Et son feu allumé d ardeur,

Il devorera par ses faitz

Ces deux nobles metaulx perfaictz,

Et les mettra dedans son ventre.

Ce nonobstant, lequel qu’y entre,

135Il ne le consumera point.

Car, pour bien entendre ce poinct,

Ilz font plus que luy endurciz

Et perfaictz en nature aussi.

Mercure est metal imperfaict :

140Non pourtant qu’en luy ayt defaict

Substance de perfection.

Pour vraye declaration

L’or commun si vient du mercure,

Qu’est metal perfaict, je lasseure.

145De l'argent je dy tout ainsy

Sans alleguer ne cas ne sy.

Et aussi les aultres metaulx

Imperfectz, croissanz, bas & haultz,

Sont trestous engendrez de luy.

150Et pource il ny à celuy

Des philosophes, qui ne dise

Que c’est la mere sans fainctise

De tous metaulx certainement.

Parquoy convient asseurément

155Que des que mercure est formé,

Qu’en luy soit sans plus informé

Double substance metallique,

Cela clairement je replicque.

C’est tout premierement, pour l’une,

160La substance de basse lune,

Et apres celle du soleil,

Qui est un metal non pareil.

Car le mercure sans doubtance

Est formé de ces deux substances,

165Estantz au ventre en esperit

Du mercure que j’ai descript.

Mais tantost apres que nature

Haforme iceluy mercure,

De ces deux espritz desusdictz,

170Mercure, sans nulz contreditz,

Ne demande qu’a les former

Tous perfaitz, sans rien difformer,

Et corporelement les faire,

Sans soi d’iceulx vouloir deffaire.

175Puys quand ces deux espritz s’esveillent,

Et les deux spermes se reveillent,

Qui veulent prendre propre corps :

Alors il fault estre records,

Qu’il convient que leur mere meure,

180Nomé mercure, sans demeure :

Puis le tout bien, verifié,

Quand mercure est mortifié

Par nature, ne peult jamais

Se vivifier, je prometz,

185Comme il estoit premierement,

Ainsi que dient certainement

Aulcuns triomphans alchymistes,

Affermantz, en paroles mistes,

De mettre les corps imperfaitz,

190Et aussi ceux qui son perfaitz,

Soubdain en mercure ceurant.

Je ne dys pas que aulcun d’eulx ment :

Mais seulement, sauf leurs honneurs,

Pour certain ce sont vrays jengleurs.

195Il est bien vray que le mercure

Mangera par sa grande cure

L’imperfaict metal, comme plomb,

Ou estaing : cela bien scait on :

Et pourra sans difficulté

200Multiplier en quantité :

Mais pour tant sa perfection

Amoindrira sans fiction,

Et mercure ne sera plus

Perfaict: notéz bien le surplus:

205Mais si mortifié estoit

Par art, autre chose seroit,

Comme au cynabre, ou sublimé,

Je ne me veulx pas animé

Que revivifier ne se peusse.

210Telle verité ne se musse:

Car en le congelant par art,

Les deux spermes, soit tost ou tard,

Du mercure, point ne prendront

Corps fix, ny aussi retiendront

215Comme es veines ilz font de la terre.

Ains pour garder que nully n’erre

Si peu congelé ne peult estre

Par nature, à dextre ou senestre,

Dedans quelque terrestre veine,

220Que le grain fix soubdain ny vienne,

Qui produira des deux espermes

Du mercure, entier & vray germe:

Comme es mynes de plomb voyez

Si vous y estes convoyéz.

225Car de plomb il n’est nulle myne

En lieu ou elle se confine,

Que le vray grain du fix ny soit,

Ainsi que chascun l’appercoit,

Cest ascavoir le grain de lor

230Et de largent, qu’est un thesor

En substance & nourriture:

A chascun telle chose est seure.

La prime congelation

Du mercure, est mine de plomb

235Et aussi la plus convenable

A luy la chose est veritable:

Pour en perfection le mettre,

Cela ne se doibt point obmettre,

Et pour tost le faire venir

240Au grain fix, et toujours tenir.

Car, comme paravant est dict,

Mine de plomb sans contredict

N’est point sans grain fix pour tout vray

D’or et d’argent: cela je scay:

245Lesquelz grains nature y a mis

Ainsi comme Dieu l’a permis:

Et est celuy la seurement

Qui multiplier vrayement

Se peult, sans contradiction,

250Pour venir en perfection,

Et en toute entiere puissance,

Comme scay par l’expérience,

Et cela pour tout vray j’asseure.

Luy estant dedens son mercure,

255C’est à dire non separé

De la mine, mais bien paré.

Car tout metal en mine estant

Est mercure, j’en dis autant,

Et multiplier se pourra

260Tant que la substance il aura

De son mercure en verité.

Mais si le grain fix est osté

Et separé de son mercure

Qui est sa mine, bien l’asseure,

265Il sera ainsi que la pomme

Cueillie verde, et voila comme

Dessus l’arbre en verité,

Avant quelle ayt maturité,

Quand vous voyez passez la fleur,

270Le fruict se forme, soyéz sur,

Lequel apres pomme est nommée

De toute gens, et renommée.

Mais qui la pomme arracheroit

Dessus l’arbre, tout gasteroit

275A sa prime formation :

Car homme n'a eu notion

Par art ny aussi par science

Qu’il sceusse donner la substance,

Ne jamais la peusse perfaire

280De meurir, comme pouvoit faire

Basse nature bonnement,

Quand elle estoit premierement

Dessus l’arbre, ou sa nourriture

En substance avoit par nature.

285Pendant doncques que lon attend

La saison de la pomme estant

Sur son arbre ou elle s’augmente

Et nourrist venant grosse et gente,

Elle prend aggreable saveur,

290Tirant tousjours à soy liqueur,

Jusques à ce quelle soit faicte

De verde bien meure et perfaicte.

Semblablement metal perfaict,

Qu'est or, vient à un mesme effect,

295Car quand nature a procrée

Ce beau grain perfaict et crée

Au mercure, soyéz certain

Que tousjours tant soir que matin

Sans faillir il se nourrira,

300Augmentera, et perfera

En son mercure luy estant:

Et fault attendre jusques à tant

Qu’il y aura quelque substance

De son mercure sans doubstance:

305Comme faict sur l’arbre la pomme.

Car je faiz scavoir à tout homme,

Que le mercure en verité

Est l’arbre, notéz ce dicté,

De tous metaulx, soyent perfaictz,

310Ou aultres qu'on dict imperfaictz:

Pourtant ne peuvent nourriture

Avoir, que leur seul mercure.

Par quoy je dy, pour deviser

Sur ce pas, et vous adviser,

315Que si vouléz cueillir le fruict

Du mercure, qu'est sol qui luist,

Et l’une aussi pareillement,

Si qu’ilz soyent separément

Loingtains en aucune maniere,

320L’un de l’aultre sans tarder guiere,

Ne pencéz pas les reconioindre

Ensemble, n’aussi les y joindre

Ainsi comme avoit faict nature

Au premier: de ce vous asseure:

325Pour iceulx bien multiplier

Augmenter sans point varier.

Car quand metaulx sont separéz

De la mine, à part trouveréz

Chascun comme pommes petites,

330Cueillies trop verdes et subites

De l’arbre, lesqueles jamais

N’auront grosseur je vous promectz.

Le monde à assez cognoissance

Par nature et expérience

335Du fruict des arbres vegetaulx,

Et ne font point ces motz nouveaulx,

Que des que la pomme, ou la poire

Est arrachée, il est notoire,

De dessus l’arbre ce seroit

340Folie qui la remettroit

Sur la branche pour r’engrossi

Et perfaire: folz font ainsi,

Et gens aveuglés sans raison,

Comme on veoit en maint maison.

345Car lon scait bien certainement

Et à parler communément,

Que tant plus elle est maniée

Tant plus tost elle est consommée.

Cest ainsi des metaulx vrayement:

350Car qui vouldroit prendre l’argent

Commun et l’or, puis en mercure

Les remettre, feroit stulture.

Car quelque grand subtilité

Qu’on aye, aussi habilité

355Ou regime qu’on penseroit,

Abusé on si trouveroit:

Tant soit par eau ou par ciment

Ou aultre sorte infiniment

Que lon ne scauroit racompter

360Tousjours se seroit mescompter

Et de jour en jour à refaire

Comme auscuns folz sur cest affaire

Qui veullent la pomme cueillie

Sur la branche estre rebaillée

365Et retourner pour la perfaire:

Dont s’abusent à cela faire.

Nonobstant que aucuns gens se avans

Philosophes et bien parlans

Ont tres bien parlé par leurs dictz,

370Disantz sans aucuns contredictz

Que le soleil, avec la Lune,

Et mercure, qu’est oportune,

Conjoinctz, tout metaulx imperfaictz

Rendront en œuvre bien perfaictz:

375Ou la plus grand part des gens erre

N’ayant aultre chose sur terre

Soyent vegetaulx, animaulx,

Ou pareillement mineraulx,

Que ces trois estans en un corps.

380Mais les lisantz ne font records

Que iceulx philosophes entenduz

N’ont pas telz motz dictz ny renduz

Pour donner entendre à chascun

Que ce soit or n’argent commun,

385Ny le vulgal mercure aussi:

Ilz ne l’entendent pas ainsi.

Car ilz scavent que telz metaulx

Sont tous mortz, pour vray, sans defaulx,

Et que jamais plus ne prendront

390Substance: ainsi demoureront

Et l’un à l’autre n’aydera

Pour le perfaire, ains demeurera.

Car il est vray certainement

Que ce sont les fruictz vrayement

395Cueilliz des arbres avant saison

Les laissant la pour tel raison:

Car dessus iceulx en cherchant

Ne trouvent ce qu’ilz vont querant.

Ilz scavent assez bien, que iceulx

400N’ont aultre chose que pour eulx:

Parquoy sen vont chercher le fruict

Sur l’arbre qui à eulx bien duict,

Lequel s’engrosse et multiplie

Dejour en jour, tant qu’arbre en plie.

405Joye ont de veoir tele besongne.

Par ce moyen l’arbre on empoigne,

Sans cueillir le fruict nullement,

Pour le replanter noblement

En autre terre, plus fertile,

410Plus triumphante, et plus gentille,

Et que donner a nourriture

En un seul jour par adventure

Au fruict, qu’en cent ans il n’auroit

Si au premier terrover estoit.

415Par ce moyen donc fault entendre,

Que le mercure il convient prendre,

Qui est l’arbre tant estimé,

Veneré, clamé, et aimé,

Ayant avec luy le soleil

420Et la lune d’un appareil,

Lesquelz separéz point ne font

L’un de l’autre, mais ensemble ont

La vraye association:

Apres sans prolongation

425Le replanter an autre terre

Plus pres du Soleil, pour acquerre

D’iceluy merveilleux prouffit,

Ou la rosée luy suffist.

Car la ou planté il estoit,

430Le vent incessamment battoit

Et la froidure, en telle sorte

Que peu de fruict fault qu’il rapporte:

Et la demeure longuement,

Pourtant petitz fruictz seuleument.

435 Les philosophes ont un jardin

Ou le Soleil soir et matin

Et jour et nuict est à toute heure

Et incessament y demeure

Avec une doulce rosée,

440Par laquelle est bien arrosée

La terre pourtant arbres et fruictz

Qui la font plantéz et conduictz

Et prennent deue nourriture

Par une plaisante pasture.

445Ainsi de jour en jour s’amendent

Recepvuantz fort doulce prebende,

Et la demeurent plus puissantz

Et fortz, sans estre languissantz

En moins d’un an, ou environ,

450Qu’en dix mil, cela nous diron,

N’eussent faict la ou ilz estoyent

Plantez ou les froictz les battoyent.

Et pour mieux la matiere entendre,

C’est à dire qu’il les fault prendre,

455Et puis les mettre dens un four

Sur le feu ou soyent nuict et jour.

Mais le feu de bois ne doibt estre

Ny de charbon: mais pour cognoistre

Quel feu te sera bien duisant,

460Fault que soit feu clair et luisant,

Ny plus ny moins que le Soleil.

De tel feu feras appareil:

Lequel ne doibt estre plus chauld

Ny plus ardent, sans nul default,

465Mais tousjours une chaleur mesme

Fault que soit, notez bien ce théme:

Car la vapeur est la rosée,

Qui gardera d’estre alterée

La semence de tous metaulx.

470Tu vois que les fruictz vegetaulx

S’ilz ont chaleur trop fort ardente

Sans rosée en petite attente

Sec & transy demourera

Le fructit sur la branche, et mourra,

475Ou en nulle perfection

Ne viendra, pour conclusion.

Mais sil est nourry en chaleur

Avec une humide moisteur,

Il sera beau et triumphant

480Sur larbre ou prent nourrissement.

Car chaleur et humidité

Est nourriture en verité

De toutes choses de ce monde

Ayant vie, sur ce me fonde,

485Comme animaulx et vegetaux

Et pareillement mineraux.

Chaleur de boys et de charbon,

Cela ne leur est pas trop bon.

Ce sont chaleurs fort violentes

490Et ne sont pas si nourrissantes

Que celle qui du Soleil vient:

Laquelle chaleur entretient

Chascune chose corporelle,

Pour autant quelle est naturelle.

495Parquoy philosophes scavans

Et de nature cognoissans,

Nont autre feu voulu eslire

Pour eulx, à la verité dire,

Que de nature aulcunement

500Laquelle ilz suivent mesmement.

Non pas que philosophe face

Ce que nature fait et trace

Car nature ha toupte chose

Crée, comme ici je lexpose,

505Tant vegetaulx que mineraulx,

Semblablement les animaulx,

Chascun selon son vray degré

Generante ou elle à priz gré

Comme s’estend sa dominance.

510Non pas que je donne sentence

Que les homes par leurs artz font

Choses natureles et perfont.

Mais il est bien vray quand nature

A formé par sa grande facture

515Les choses devant dictes, l’home

Luy peut ayder, et entendz comme,

Apres par art, à les perfaire

Plus que nature ne peut faire.

Par ce moyen les philosophes

520Scavans et gens de grosse estoffe,

Pour du vray tous vous informer,

Autrement n’ont voulu œuvrer,

Qu’en nature avec la lune

Au mercure mere opportune,

525Duquel apres en general

Font mercure philosophal,

Lequel est plus puyssant et fort,

Quand vient à faire son effort.

Que n’est pas celluy de nature.

530Cela scavent les creatures

Car le mercure devant dit

De nature sans nul desdit,

N’est bon que pour simples metaulx

Perfaictz imperfaictz froids ou chaulds.

535Mais le mercure du scavant

Philosophe, est si triumphant,

Que pour metaulx plus que perfaictz

Est bon, et pour les imperfaictz

A la fin pour les tous perfaire

540Et soubdainement les refaire,

Sans y rien diminuer

Adjouster mettre ny muer.

Comme nature les à mis

Les laisse sans rien estre obmitz.

545Non que je dye toutefoys

Que les Philosophes tous troys

Les conjoignent ensemble pour faire

Leur mercure, et le perfaire

Comme font un taz d’alchymistes

550Qui en scavoir ne sont trop mistes,

Ny aussi beaucoup sage gent

Qui prenent lor commun, largent,

Avec le mercure vulgal,

Puis apres leur font tant de mal

555Les tourmentant de tele sorte,

Qu’il semble que fouldre les porte:

Et par leur folle fantasie

Abusion et resverye,

Le mercure en cuydent faire

560Des philosophes et perfaire:

Mais jamais pervenir ny peuvent,

Ainsi abusez ilz se trouvent,

Qui est la premiere matiere

De la pierre, et vraye miniere.

565Mais jamais ilz ny parviendront

Ne aulcun bien y trouveront

S’ilz ne vont dessus la montaigne

Des sept, ou n’y a nulle plaine

Et par dessus regarderont

570Les six que de loing ilz verront:

Et au dessus de la plus haulte

Montaigne, cognoistront sans faulte

L’Herbe triomphante royale

Laquelle est nommé minerale

575Aulcuns philosophes et herbale.

Appellée est saturniale:

Alias.lecter.Mais laisser le marc il convient

Et prendre le jus qui en vient

Pur et nect: de cecy t’advise

580Pour mieux entendre ceste guyse:

Car d elle tu pourras bien faire

La plus grand part de ton affaire.

C’est le vray mercure gentil

Des philosophes tressubtil,

585Lequel tu mettras en ta manche.

En premier toute l’œuvre blanche,

Et la rouge semblablement,

Si mes ditz entends bonnement.

Esliz celle que tu vouldras

590Et soyez seur que tu lauras.

Car des deux n’est qu’une pratique

Qu’est souveraine et authentique.

Toutes deux se font par voye vue,

C’est ascavoir soleil et lune.

595Ainsi leur practique raporte

Du blanc et rouge, en telle sorte.

Laquelle est tant simple et aysée,

Qu’une femme fillant fuzée

En rien ne s’en destourbera

600Quand telle besogne fera,

Non plus qua mettre elle feroit

Couvez des œufz quand il fait froit

Soubs une poulle sans laver

Ce que jamais ne fut trouvé.

605Car on ne lave point les œufz

Pour mettre couver vielz, ou neufz

Mais ainsi comme ilz sont faict

Soubs la poulle on les met de faict.

Et ne fait on que les tourner

610Tous les jours et les contourner

Soubs la mere sans plus de plait

Pour soubdain avoir le poullet.

Le tout je l ay declaré ample.

Puis apres se met un exemple

615Premierement ne laveras

Ton mercure mais le prendras

Et le mettras avec son pere,

Qui est le feu ce mot t appere,

Sur les cendres, qui est la paile

620C est enseignement je te baille,

En un voyrre seul qu’est le nid

Sans confiture ny avyz

En seul vaysseau, comme dit est:

De l habitacle, entens que cest

625En un fournel faict par raison,

Lequel est nommé la maison,

Et de luy poullet sourtira

Qui de son sang te guerira

Premier de toute maladie,

630Et de sa chair, quoy que lon dye

Te repaistra, pour ta viande:

De ses plumes, affin que entende,

Il te vestira noblement

Te gardant de froid seurement:

635Dont prieray l’hault createur

Qu’il doint la grace à tout bon cœur

Dalchymistes qui sont sur terre,

Briefvement le poullet conquerre,

Pour en estre alimenté,

640Nourry et tresbien substanté.

Comme ce peu que Icy declare

Me vient du hault Dieu nostre pere,

Qui pour sa benigne bonté

Le m’a donné en charité:

645Dont vous faiz ce present petit,

Affin que meilleur appetit

Ayez cherchantz et fuyuantz train

Qu’il vous monstre soir et matin:

Lequel j’ay mis soubs un sommaire,

650Affin qu’entendiez mieulx l’affaire

Selon des philosophes sages

Les dictz, qu'entendez d avantage.

Je parle un peu ruralement:

Parquoy ie vous prie humblement

655De m’excuser & en gré prendre,

Et à fort chercher tousjours tendre.

En mercure est ceque querons:

De luy eſprit & corps tyrons

Et ame auſsi, d’ou ſort teincture

Sur toutes aultres nette & pure.

C'eſt une humeur treſprecieuſe,

Rendant la personne Ioyeuſe.

Faicte est de terre, eau, air, & feu:

Le corps purgé, leſprit conceu

Apres vient la fontaine claire,

Que ne tient en ſoy choſe amere.

Au fond del’giſt le verd ſerpent,

Ou lyon verd, qui la s’ſspand.

Si on l’eſueille, il monte en hault:

Apres chet quand le cœur luy fault.

Tant il ſe laue & tant ſe baigne,

Que comme rouge appert ſa trongue:

Tant est laué d’eaue de vie,

Qu’apres on ne le cognoist mye.

Puis ſe tourne en pierre treſdigne,

Blanche premier, & puis citrine.

Tant amoreuſe eſt à la veoir,

Qu'on peut priſer ſon auoir.

Sigue explorando

Por su autor
Nicolas Flamel
Dónde vive
La Biblioteca

Expediente

Autor
Nicolas Flamel
Título
Le Sommaire philosophique
Lengua
francés
Época
Medieval
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-sommaire-philosophique--nicolas-flamel-342797
Cita recomendada
Nicolas Flamel, «Le Sommaire philosophique», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-sommaire-philosophique--nicolas-flamel-342797.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.